Love, Death & Robots : Du meilleur et au pire de l’anthologie SF de Netflix

27 Mar 2019 à 15:00

Si David Fincher n’est pas l’un des réalisateurs les plus prolifiques au cinéma ces dernières années, il a trouvé chez Netflix une plateforme d’expression qu’il entend utiliser. Après Mindhunter, il s’associe à Tim Miller pour Love, Death & Robots, une série d’animation anthologique.

Les 18 épisodes qui composent la saison s’organisent plutôt comme 18 courts-métrages avec comme unité de thème le titre de la série et une certaine obsession pour les chats (parfois très drôle). Bien que l’animation ne soit pas un terrain de jeu qu’ils vont utiliser pleinement, restant souvent dans deux ou trois styles similaires, il y a une ambition narrative et visuelle palpable, à leurs risques et périls. Lesquels sont passables, lesquels sont des chefs-d’œuvre ? Quelques éléments de réponse.

Zima Blue (1.14)

Et s’il n’y avait plus de limite à l’art ? Zima, un artiste reconnu pour faire du bleu la dominante de ses œuvres plus gigantesques les unes que les autres, accorde une interview. Le sens du dialogue, l’approche philosophique de la machine, de l’univers et de l’art et son adéquation avec l’animation : Zima Blue est un travail fugace, mais excellent, jouant sur l’idée de récit et de ce qui est passé de voix en voix. Dix minutes d’une maîtrise exceptionnelle. L’œuvre d’art et sa désintégration jusqu’au plaisir le plus simple.

Three Robots (1.02)

Trois robots font une croisière sur une Terre dévastée où il n’y a plus âme qui vive. Dans ce buddy movie où la civilisation se regarde comme un musée d’erreurs et de stupidités, le message écologique est fort et vient surtout par des dialogues hilarants, vraiment hilarants. Et ce second épisode fait de son twist final, motif récurrent de la série, l’apogée de son propos.

Ice Age (1.16)

Gail (Mary Elizabeth Winstead) et Rob (Topher Grace) emménagent dans un nouvel appartement et découvrent une civilisation perdue dans leur congélateur. Mêlant images réelles et animation, Ice Age nous montre en accéléré toute l’évolution d’un peuple à travers des millénaires, sous les yeux des deux humains. De l’horreur de la guerre nucléaire aux possibilités données par le progrès, cet épisode déroule son récit en deux temps (la civilisation et le couple) de manière vraiment intéressante, avec une écriture précise et une économie de moyens parfaite.

Suits (1.04)

Des fermiers armés de robots se retrouvent sous le feu d’une attaque d’extra-terrestres. Le point de départ est simple, mais se révèle être diablement efficace quand il s’agit de créer de la tension et de l’émotion dans un court-métrage dont l’animation n’a rien à envier aux plus grands et qui pourrait être le début d’une formidable série. Une vraie réussite frustrante par sa durée.

Fish Night (1.12)

C’est le coup de la panne en plein terrain vague. Deux hommes vont alors philosopher et découvrir au cœur de la nuit un monde onirique où les esprits sont des poissons. Cet épisode tient sur un fil, celui de l’animation magistrale, jouant des couleurs pour émerveiller. Il n’y a alors pas besoin d’histoire quand on explore les fantômes d’un autre monde par le dessin. Évanescent, mais magnifique.

The Secret War (1.18)

Le chapitre final de Love, Death And Robots nous entraîne dans l’armée soviétique en suivant un bataillon qui mène une guerre acharnée. Sauf que cette fois-ci, l’ennemi est bien plus fourbe et bien moins humain. Écrit et construit comme un long-métrage avec une animation poussée de jeu vidéo, cet épisode joue parfaitement des codes des films de guerre pour surprendre une fois que l’ennemi est découvert, n’affaiblissant pas pour autant son esthétique, ses plans ou son scénario. Une fin en apothéose.

Good Hunting (1.08)

Dans ce conte sur plusieurs années, un jeune s’amourache d’une entité mystérieuse, mais, lorsqu’il part à la ville et qu’elle le suit, leur lien va être mis à rude épreuve, notamment celui de la technologie et de la folie des hommes. L’homme, la machine et le mythe : comment la magie s’est diluée dans le monde moderne, détournant les fantasmes de l’homme et les pervertissant par la même occasion.

Shape-shifters (1.10)

L’armée engage des “shapeshifters“ pour combattre un mal inconnu. Le probable parallèle créé ici avec l’homosexualité et la transsexualité dans l’armée se construit par analogie avec les métamorphes et leur traitement, montrant que face au danger et à la mort, il n’y a pas de sexualité ou de genre qui tienne. Malheureusement, le propos semble se diluer dans le spectacle final là où il aurait pu donner plus d’émotions.

Behind the Aquila Roft (1.07)

Le voyage dans l’espace d’un équipage qui se retrouve à des années-lumière de la vie qu’il a connu et doit gérer cela. La paranoïa les prend quand l’un d’entre eux pense que tout ceci n’est qu’une simulation. Même si le scénario n’a pas assez d’espace pour se développer, il y a ici un potentiel réellement intéressant qui trouve une explication usant une nouvelle fois du twist, peut-être pas de la manière la plus judicieuse, mais surprenant pourtant.

Sonny’s Edge (1.01)

Ouvrir le bal est un exercice difficile et pourtant, Sonny’s Edge réussit à captiver par son combat entre deux bêtes qui sont contrôlées par des humains et dont l’une des “maîtresses” se trouve harcelée par un vieux riche et sa larbine. Ce premier opus nous introduit pleinement au concept de la série : du sexe (lesbien, peut-être un peu racoleur), de la mort (sans détour et filmé de manière très graphique) et des robots (enfin des monstres, mais la notion est étrange dans cette série).

When the yoghurt took over (1.06)

Love, Death & Robots prend l’avantage quand elle s’attaque à l’absurde. Ici, un yaourt génétiquement modifié va peu à peu diriger le monde. Le postulat de départ ne sera pas nécessairement dépassé, mais c’est aussi dans cette économie de moyens que la série peut se révéler efficace et drôle, délivrant un message simple et porteur.

Sucker of souls (1.05)

Une exploration du mythe de Dracula qui est un peu trop courte et frustrante qui prend la forme d’un slasher où le démon-vampire est réveillé par une équipe de recherche qu’il va chercher à décimer. Si le scénario est un peu trop linéaire, il fonctionne bien grâce au rythme donné par l’animation et des personnages sympathiques en peu de temps.

Lucky 13 (1.13)

Porté par Samira Wiley (à la voix comme au personnage animé), ce récit SF voit un vaisseau spatial soupçonné d’avoir une volonté propre partir à la guerre et se sacrifier pour son équipage. Malheureusement, le récit ne délivre pas ce qu’il faut pour que l’émotion prenne sur la fin, manquant de temps et de consistance pour se déployer et créer le lien pour lequel il demande de nous investir.

The Witness (1.03)

Une jeune strip-teaseuse SM assiste à un meurtre lors d’une journée de travail. Elle est alors poursuivie par le supposé meurtrier dans ce qui semble être un Tokyo futuriste où deux sortes d’animation interagissent tout au long de l’épisode. Sous cette esthétique intéressante de manga, l’épisode peine à faire monter une réelle tension tant il se déroule comme bon nombre de courses-poursuites, sans surprise si ce n’est la toute fin, appelant à une suite. Frustrant.

Alternate Stories (1.17)

Que se passerait-il si Internet pouvait nous donner les versions alternatives de l’Histoire ? Ce court s’y attelle avec la mort d’Hitler, changeant bien entendu la face du monde. Le concept de l’épisode ainsi que son animation légère sont intéressants, mais peinent à dépasser le point de départ, étant un peu redondant et sans surprise. Un acte manqué.

Helping Hand (1.11)

Et si on se refaisait Gravity ? Les scénaristes en charge de cet épisode ont choisi les prémisses du film pour en faire leur épisode et cela ne fonctionne pas. Si l’animation est magnifique, cela ne rattrape pas une histoire faible et copiée/collée où la peur et l’horreur de la situation et du sacrifice ne prennent jamais réellement forme.

Blindspot (1.15)

Avec cet épisode, on est dans le divertissement pur, efficace à un certain niveau, mais qui se révèle, au bout de cette course effrénée, totalement oubliable. Un épisode de remplissage comme celui-ci montre bien que l’entreprise de David Fincher et Tim Miller est bancale, ayant besoin de trous d’air pour en faire apprécier les pépites, mais qu’il aurait pu également être plus concentré pour être plus efficace.

The Dump (1.09)

Ce slasher horrifique dans une décharge où deux petits vieux affrontent une créature est parfaitement anecdotique. S’il existe en tant que respiration entre deux épisodes, l’animation ne sauve pourtant pas l’ensemble qui peine à intriguer ni même à faire rire le temps des dix minutes qu’il dure.


En définitive, comme dans toute série anthologique de ce type, le résultat est fluctuant, inégal, mais révèle assez de potentiel et de véritables réussites pour que l’on passe sur ses faiblesses et apprécie la pertinence de son existence. Si suite il y a à Love, Death & Robots, Fincher et Miller devront peut-être faire moins pour faire mieux, mais ils ont déjà fait quelque chose de bien.

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