
Il y a du remue-ménage à Sterling-Cooper depuis le rachat par les Anglais. Promotion, départ, renvoi et statu quo animent l’entreprise dans laquelle Don Draper est encore le créatif le plus ingénieux, mais où les égo et les ambitions se confrontent à toute heure. Et si la vie professionnelle est mouvementée, les relations conjugales ne le sont pas moins.
La construction et déconstruction de la vie selon Matthew Weiner. Une façon simple de résumer cette troisième saison de Mad Men, et qui pourtant dit quasiment tout ce qu’il y a à savoir.
La construction de Sterling-Cooper. Entrainé par le rachat anglais. Il sera à l’image de Lane Pryce, symbole de l’intrusion. Fort, intéressant, et charismatique. Un bouleversement pour certains quasi invisible, entrainant de la stagnation (une absence de promotion pour Don, un manque de reconnaissance pour Peggy), tandis qu’il apportera son lot de déception à d’autres (l’éternel rejeté Pete Campbell, la lente perte de pouvoir). Entre les murs de l’agence de publicité, une guerre interne passive a lieu. Car les deux fronts ne sont pas l’un en face de l’autre, et l’incompréhension finira par s’immiscer, jetant le doute et créant une division.
La déconstruction de Sterling-Cooper. Un écho à la fin de la saison 2. Un rappel de l’histoire que nous n’avons pourtant pas encore oubliée. Car il ne s’agit alors que des conséquences de la première déstructuration invisible qui a eu lieu dans les locaux. Parfois, alors que des pierres sont posées, on ne voit pas forcément celles qui sont retirées. Sans qu’on s’en rende réellement compte, l’agence a elle aussi perdu un pied (Guy Walks Into an Advertising Agency – 3.06), et a vacillé. Il suffira d’un déclic, d’un ras le bol pour pousser Don à faire ce qu’il ne lui avait jamais traversé l’esprit : bâtir à son tour son propre empire publicitaire. A force de taper, les murs s’écroulent tout seul, pour que l’on puisse recommencer de nouveau ailleurs.
Pendant que la vie professionnelle connaît des remous toujours captivants, où chaque évènement semble être orchestré pour mieux nous conduire vers sa conclusion, la vie privée des employés de Sterling-Cooper sera elle aussi ballotée par les courants de la mer, emportée et rejetée. En même temps que nous, par moment singulièrement fatigué par la répétition de l’existence.
Coincés dans une boucle, Don et Betty s’aiment, cohabitent, s’éloignent. Au besoin. Quand la femme immature recherche un confort qu’elle ne trouve pas chez elle. Quand Don semble s’égarer et ne plus se rappeler ce qui l’a de nouveau poussé dans les bras de sa femme. Comme nous, finalement. Car s’il y a tromperie, c’est bien là qu’elle se trouve, sur les errements inexpliqués, sur les va-et-vient sentimentaux des protagonistes qui se répètent sans cesse. Qui ne font que nous redire quelque chose que nous savons déjà . Alors que l’on croyait avoir surmonté cet obstacle. Pour Don ou pour Betty. Finalement pour Pete aussi, qui se perd en l’absence de l’incroyable Trudy. Pour Peggy, cherchant à s’affirmer en tant que femme, loin de l’image de Joan, qui elle, est prise dans une union insatisfaisante. Tout le monde peut bien regarder Roger Sterling d’un regard en coin, il a trouvé avec Jane le bonheur que tant d’autres n’ont pas. Et pourtant, on sent déjà les premières fissures. Car si la famille s’agrandit, elle se brise aussi. Tout ce que bâtit Matthew Weiner semble destiné à être au mieux abimé, voire écorché, au pire, détruit.
C’est finalement dans un champ de ruines que cela se termine, alors que Sterling-Cooper s’effondre, que le mariage de Don atteint son point de non-retour, des évènements précipités par l’histoire, ayant mis un terme à la lente décomposition, poussant à l’action plus qu’à la réflexion. C’est de nouveau l’heure de la reconstruction qui se devra d’être unique et inédite pour réellement s’imposer et fonctionner dans un monde en mutation.
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