Nathan Barley : Les idiots sont parmi nous

En cette période estivale, l’équipe de Critictoo profite du calme dans l’actualité des séries pour se tourner vers un sujet primordial : nos incontournables, ces séries à côté desquelles on ne voudrait surtout pas être passées et on ne peut que les recommander.


Comédie de Charlie Brooker (Black Mirror) et Chris Morris (We Are Four Lions) qui fut proposée en 2005 sur Channel 4, Nathan Barley a suivi le chemin classique d’une véritable série culte. Elle est passée relativement inaperçue lors de sa première diffusion, mais a progressivement conquis un public qui y fait encore référence aujourd’hui.

Il faut dire qu’elle était légèrement en avance sur son temps à son arrivée et apparait à présent être tristement devenue intemporelle. Mais revenons au point de départ. Nathan Barley nous parle de Dan Ashcroft qui est un journaliste travaillant pour le magazine Sugar Ape. Il méprise les idiots qui font pourtant de lui une idole du cool. Sa sœur, Claire, partage ses idéaux, mais cherche surtout à faire un documentaire que personne ne semble vouloir comprendre. Leurs vies vont être chamboulées par une rencontre avec Nathan Barley, DJ/auteur/réalisateur/webmaster et, surtout, représentant de ce que Dan déteste le plus.

Le personnage principal de la série n’est donc pas celui qui lui donne son nom, mais bien Dan Ashcroft — incarné par Julian Barratt. Ce dernier est un journaliste qui essaie de faire véhiculer ses idéaux, mais ceux qu’ils critiquent le plus, ceux qui l’entourent, voient en lui une sorte d’icône de ce qu’il méprise plus que tout. L’introduction sur son article The Rise of the Idiots donne une idée claire et précise de son état d’esprit, et il est d’autant plus sidérant de le voir tenter de survivre dans un monde où l’idiot est roi.

De son côté, le fameux Nathan Barley (Nicholas Burns) se perçoit comme étant à la pointe de tout ce qui est cool. Avec son site trashback.co.ck, il propage sa non-créativité, assisté par son designer (et victime préférée), Pingu (Ben Whishaw). Il y a d’ailleurs quelque chose d’assez ironique à voir comment un personnage né avant l’avènement des réseaux sociaux peut incarner à la perfection tout ce qui ne va pas avec eux aujourd’hui. Nathan était à sa façon un pionnier dans son utilisation des médias pour promouvoir sa propre personne et ses idées, aussi terriblement stupides qu’elles puissent être. Le pire étant qu’il était célébré pour cela.

Ainsi, plus Nathan avance et plus Dan recule, comme si la guerre que le journaliste mène contre l’abrutissement n’était qu’une suite de batailles perdues. À chaque fois qu’il pense être enfin armé pour combattre, le vent tourne et Barley se retrouve glorifié.

Claire (Claire Keelan), la sœur de Dan, sera elle aussi confrontée à ce monde ahurissant dans lequel ses idées sont souvent incomprises, quand elles ne sont pas simplement tournées en blagues. Elle parvient malgré cela à faire son chemin dans ce microcosme que la série développe. Sa plus grande mission est de boucler son documentaire. Pour y arriver, elle a besoin d’argent et de matériel, mais tous ceux qui peuvent lui venir en aide semblent être motivés par une chose : coucher avec elle. Claire doit donc éviter tous les pièges qu’on lui tend, tout en gérant un frère toujours fauché et limite instable.

Si les idiots de Nathan Barley ont l’air de caricatures, il est dommage de constater que, en réalité, ils ne le sont pas. La critique est explicite et tristement réaliste, mais cela n’atteint pas l’humour de cette comédie. Après tout, même si toute cette stupidité nuit à Dan, elle est un bon moteur pour la satire que Brooker et Morris nous proposent.

Dans ce sens, l’histoire nous emmène dans un voyage assez dépaysant où l’on découvre que tout est question de perception et d’interprétation. Comme l’explique le rédacteur en chef de Sugar Ape à Dan, les débiles trouvent ça cool et les autres trouvent ça hilarant. Ce qui pour l’un est une nullité d’une débilité affligeante est du pur génie pour l’autre.

Bien entendu, on aimerait que Dan réussisse à se sortir de cet antre de la cool attitude où l’idiotie est portée à l’état d’art, mais on sait très bien qu’il n’y parviendra pas.

Et Nathan là-dedans ? Et bien lui, il erre en affichant fièrement son air candide avec ses deux oreillettes Bluetooth, son téléphone DJ et ses flyers et autres stickers Trashback.co.ck. Le monde va dans son sens et il ne semble pas vraiment toujours saisir ce qui lui arrive, mais il retombe quand même sur ses pieds.

Nathan Barley construit en une saison un univers consistant articulé autour de l’apogée des idiots. Elle nous offre une mise en relief de cette idée avec ses personnages à la fois excentriques et réalistes. De plus, selon que l’on soit un idiot ou non, tout son sens change — ce qui est quelque chose qui n’a vraiment pas évolué après toutes ces années, comme la propagation des idiots.

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