Nip/Tuck - Abigail Sullivan (6.05)

Avec la disparition de Teddy et l’hospitalisation de Matt, Julia revient à Los Angeles et constate que Sean est au plus mal. Conscient d’avoir été un mauvais père, Sean refuse de livrer son fils à la police contrairement à Christian. La police retrouve le corps de Teddy et informe Sean que son tueur a des révélations à lui faire.

Alors que je reprochais à la série la semaine dernière de ne pas savoir maîtriser les relations père/fils, ce nouvel épisode vient me contredire en beauté. La série n’a jamais été aussi juste dans son constat sur la difficulté d’être parent que ce soit les réflexions froidement pragmatiques de Christian sur l’inné et l’acquis ou celles plus douloureuses de Sean, rongé par les regrets.

Car c’est véritablement Sean qui est au centre de cet épisode : Sean dont la nouvelle femme vient d’être victime d’un psychopathe, Sean dont le fils aîné est devenu un minable braqueur de supérette, Sean dont l’ex-femme ne lui fait plus suffisamment confiance pour lui laisser leurs deux plus jeunes enfants. Rien ne lui est épargné et on assiste à l’effondrement d’un homme qui n’a plus rien à quoi se raccrocher. C’est d’autant plus difficile et cruel que Sean a toujours été celui qui aspirait à la stabilité, à une vie de famille simple et épanouie. Comme souvent, Dylan Walsh fait un travail impeccable.

Sean, à l’inverse de Christian, est un naïf dans l’âme et sa nature confiante se heurte finalement à la dure réalité des choses. Teddy n’était pas celle qu’il croyait et son aveuglement a failli coûter la vie à ses enfants, Matt a sombré dans la criminalité sous ses yeux sans qu’il s’en rende compte. Confronté à ses erreurs, Sean en vient logiquement à croire que sa vie est un échec. Lui qui malgré ses faiblesses et sa fragilité a toujours été présenté comme le centre moral de la série est aujourd’hui un homme complètement brisé. Nip/Tuck semble vouloir aller jusqu’au bout dans la destruction de ses personnages.

Sean n’est pourtant pas plus responsable des actions de Teddy, dont on découvre à quel point elle était monstrueuse, que de celles de Matt. Le fils McNamara, après des années d’errance, atteint le point de non-retour. Blessé, abandonné et trahi par les siens, Matt cherche à fuir une nouvelle fois ses responsabilités, aidé par un père qui se refuse à avouer son impuissance. Dans un dernier face-à-face émouvant, le père et le fils comprennent que pour grandir, chacun doit reconnaître et accepter les conséquences de leurs erreurs. En un épisode, Matt se rachète pour des années d’intrigues absurdes et insipides. Dans une série où chacun semblait pouvoir faire ce qu’il voulait sans avoir à en payer le prix, l’arrestation de Matt sonne comme un retour à la réalité. Le temps de l’impunité touche à sa fin.

L’épisode se fait au final sur la thématique du deuil, la perte d’un être cher, la perte de l’homme qu’on aurait aimé voir son fils devenir, la perte de ses illusions. Même le cas médical de la semaine illustre ce propos, celui d’une pianiste qui porte en elle les traces d’une jumelle qui n’a jamais éclos et qui refuse pourtant de s’en séparer. Le sang qui s’écoule sur sa robe blanche alors que ses doigts glissent sur le clavier illustre à merveille la métaphore.

On peut malgré tout reprocher à l’épisode la sous-utilisation de Joely Richardson, visiblement marquée par ses récents drames personnels, qui joue une Julia assez passive et insupportable d’hypocrisie. Sa visite est surtout un prétexte pour enfoncer davantage le personnage de Sean. Tout comme on peut reprocher la résolution bancale du cas Teddy, mais les scénaristes n’ont jamais vraiment maîtrisé cette partie là de l’histoire, que ce soit dans les motivations du personnage ou son recasting sauvage.

La dernière scène, entre suicide symbolique et purification poétique, clôt un épisode à l’émotion intense qui nous rappelle que Nip/Tuck a été autrefois une série intelligente et audacieuse. On en viendrait presque à regretter qu’il reste autant d’épisodes avant le rideau final tant celui-ci sonne douloureusement juste dans sa résolution.

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