Nip/Tuck - Benny Nilsson (6.09)

Christian croule sous les dettes et demande de l’aide à Sean qui préfère s’occuper de son frère qu’il vient de retrouver alors qu’il le croyait mort. Un jeune suédois demande au cabinet de lui refaire le visage pour qu’il ressemble davantage à son père adoptif, mais la véritable raison est bien plus sordide.

Plus que toute autre relation, le lien qui unit Sean et Christian est ce qui fait l’essence même de la série. Et comme Nip/Tuck a décidé cette année d’absolument tout déconstruire, il n’y a rien de surprenant à ce que l’amitié des deux chirurgiens y passe. En soi l’idée est bonne, elle est même vitale, mais la façon de s’y prendre laisse clairement à désirer.

Ainsi donc, Sean a un frère. Première nouvelle. On découvre donc ce Brendan, ancien toxico complètement fauché, le visage ravagé par des années d’addiction à la meth, un frère que Sean a passé des années à chercher avant qu’il soit déclaré décédé. Une tragédie qui n’a pas dû le marquer énormément vu que personne n’en a jamais parlé. Les scénaristes se foutent de nous, ce qui fait qu’on a un peu de mal à adhérer à l’intrigue. Parce que ce frère miraculeusement ressuscité n’est qu’une excuse pour se mettre entre Sean et Christian et le scénario accumule les poncifs du genre, rien que n’importe quel récit sur l’addiction n’a déjà traité en certainement beaucoup plus convaincant.

D’un point de vue médical, la série fait dans la surenchère en exploitant les dégâts physiques causés par la meth. Si Brendan ressemble à un type qui s’est fait tabasser, son copain Jay a, quant à lui, un trou purulent à la place du nez. Il y a bien longtemps que Nip/Tuck ne nous avait pas montré une opération aussi visuellement repoussante.

Christian, de son côté, reçoit un jeune homme qui veut ressembler à son père adoptif. Dans le discours, c’est émouvant, mais quelque chose cloche et comme le résumé qui précède l’épisode a mentionné de façon très intelligente les abus sexuels dont Christian a été victime enfant, on se doute bien où les scénaristes veulent en venir. Et ça ne loupe pas ! Christian se prend d’affection pour le gosse et découvre que papa organise des soirées spectacles dans lesquelles il s’envoie en l’air avec son fiston pour égayer la galerie et que ce serait mieux s’ils se ressemblaient vraiment. La perversion a le sens du détail. Le traumatisme de Christian est ici très mal exploité et sert de prétexte à quelques platitudes sur le rôle de la famille et à prouver que Christian a du cœur. Non seulement il casse la tête du méchant papa, mais il préfère donner la somme qu’il lui a extorquée au pauvre gamin plutôt qu’au Fisc. L’écriture est à son niveau le plus bas et il n’y a bien que les acteurs pour sauver la situation.

Mais le cœur de l’épisode réside principalement dans le lien quasi fraternel qui unit nos deux chirurgiens et leur nature profonde, schématisée ici à l’extrême : Sean est le pigeon généreux, Christian l’égoïste opportuniste. Face à la réaction de Sean qui lui préfère ce frère toxico sorti de nulle part, Christian développe une jalousie presque hystérique et a recours à un stratagème mesquin pour se débarrasser de son rival. Des deux, Christian s’est toujours montré le plus résolu à ne pas perdre l’autre, quoi qu’il en coûte, au point de douter de sa propre sexualité. Rien d’étonnant à ce que son comportement ici s’apparente davantage à celui d’une petite-amie trompée. Ce qui l’est plus, en revanche, et qui me fait dire que les scénaristes commettent une erreur, c’est de voir Christian trahir la confiance de son ami pour une simple question d’argent.

L’un dans l’autre, ce nouvel opus de Nip/Tuck passe complètement à côté de son propos ou s’y prend tellement mal qu’elle le dénature complètement. Sans fil rouge, la série manque d’unité et semble enchaîner les épisodes sans but précis.

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