Party Down : Starz d’un jour (série complète)

4 Juin 2014 à 16:38

Party Down

Henry Pollard est un acteur n’arrivant pas à percer à Hollywood. Fatigué des castings ratés, il revient travailler en tant que barman chez « Party Down », une entreprise de restauration. La petite société enchaîne les services pour des soirées de gens riches, connus, huppés, ou des cérémonies hollywoodiennes. En travaillant pour ceux qu’ils voudraient être, chaque journée ne cesse de ramener Henry et ses collègues, tous acteurs ou auteurs en soif de reconnaissance, à leur propre situation.

Créée par Rob Thomas (Veronica Mars), Paul Rudd (comédien vu dans Friends et dans quelques productions Judd Apatow), John Enbom et Dan Etheridge, Party Down fut diffusée sur Starz en 2009 et 2010. Quatre ans après son annulation, elle conserve sa grande fraîcheur et sa pertinence. Courte, mais passionnante, cette comédie se révèle être plus intelligente qu’elle ne s’en donne l’air.

Le show manie l’ironie avec un talent assez rare à la télévision. Ces acteurs et auteurs « ratés » qui rêvent d’Hollywood essuient de nombreux échecs et humiliations durant leurs heures de service. Néanmoins, le show-business, comme tous les business, subit tout autant les ravages de la crise économique. En faisant de la compagnie Party Down le traiteur des gens riches, la série observe par le prisme de ces serveurs la vacuité, la lâcheté et la vulgarité de la bourgeoisie californienne qui désire plus que tout s’accrocher à son mythe : les excès, les fêtes orgiaques, les amitiés superficielles,… S’affiliant assez facilement à The Office et Parks & Recreation, mais sur un sujet (à première vue seulement) plus glamour, Party Down joue à fond la carte comédie de bureau.

Chaque épisode du show se déroule donc dans le cadre unique des réceptions pour lesquelles l’entreprise a été embauchée. Nous ne voyons les personnages évoluer que durant leur travail pour lequel ils n’éprouvent aucun respect ni passion. Entre les coups de téléphone avec les agents, les beuveries ou la drague avec les clients (ou entre employés), tout est bon pour masquer les apparences, et éviter d’admettre que leur situation est plus pathétique encore que leur impossibilité à devenir des stars. Si ce constat pourrait donner une série malade et dépressive au possible, les scénarios de Party Down offrent aux personnages des (petits) espaces de respiration et d’amusement ; c’est ainsi que la romance entre Casey (Lizzy Caplan) et Henry (Adam Scott)permet de créer des séquences dignes des comédies romantiques modernes où se mélangent le sarcasme et humour un peu graveleux, sans être dénuées de tendresse. On retrouve là l’esprit Apatow, définitivement présent à sa façon tout au long de la série.

Ce parti pris d’unité de lieu et de temps fait donc beaucoup penser au théâtre, avec entrées et sorties d’acteurs, quiproquos en pagaille et dialogues hyper soignés. Ça joue beaucoup sur le comique de situation, poussant le concept du show à son paroxysme dans un épisode (Not On Your Wife Opening Night – 2.06) totalement vaudevillesque, se déroulant… dans un théâtre. Un coup de génie. La série en profite de chaque occasion qu’elle a pour égratigner le monde du spectacle et plus largement la haute société hollywoodienne. On croise alors des producteurs orduriers qui se croient tout permis, des groupies prêtes à tout pour coucher avec des célébrités, d’anciens amis devenus stars se carapatant au premier coup de Trafalgar ou encore des rock stars fatiguées d’être des rock stars. En adoptant le point de vue de ces serveurs qui veulent passer de l’autre côté de la barrière, Party Down nous montre – si on simplifie – que des ratés sont au service d’autres ratés ; elle le démontre dès son ouverture de saison 2 en proposant littéralement d’échanger les rôles entre un serveur raté et un chanteur raté. La démonstration par l’inverse fonctionne très bien, et chacun retrouvera, sitôt la mascarade terminée, sa vie.

Côté comédiens, l’ensemble est au diapason. Les acteurs interprètent de formidables acteurs qui n’arrivent pas à être acteurs. On regrettera le départ de Jane Lynch en fin de saison 1 (partie faire sa désormais culte Sue Sylverster dans Glee) dont les remplaçantes Jennifer Coolidge et Megan Mullaly ne réussiront pas à combler le vide. Ryan Hansen (Veronica Mars) et Martin Starr (croisé il a 14 ans dans Freaks & Geeks, série de Judd Apatow, et qui fait des merveilles dans la récente Silicon Valley) forment un duo parfait qui passe son temps à s’envoyer des vannes et se faire des coups bas. Leur mécanique, très précise, renvoie aux slapstick comedies américaines, type Laurel et Hardy. Entre le mannequin/chanteur/acteur naïf et l’auteur geek/névrosé/désabusé, les échanges révèlent des perles de dialogues. Ron, le responsable, interprété par Ken Marino, est celui qui semble récolter toutes les humiliations possibles. Il faut beaucoup de talent pour assumer toutes les saloperies préparées par les scénaristes. Seul personnage à ne pas avoir de prétentions artistiques, mais qui nourrit cependant un rêve (ouvrir un magasin de soupes…), sa foi dans son objectif impose la fascination, à défaut du respect. Lizzy Caplan, aussi dans Freaks & Geeks et actuellement dans Masters of Sex, incarne la seule comique de Stand Up du lot. Posture stoïque face au machisme ambiant, Casey représente un féminisme déterminé, mais pas vengeur, la fille cool, sexy, indépendante, détachée, mais faillible et attachante. La girl next door par excellence quoi…

Il reste cependant impossible de faire de l’ombre à Adam Scott, qui campe Henry. Le visage blasé, le regard est presque vide, et les quelques restes de sa courte carrière sont déjà aux oubliettes. Incarnation réaliste et magnifique du gosse qui rêvait d’Hollywood, mais qui a été à peine mâché avant d’être recraché par la « machine à rêves », Henry Pollard semble avoir pour seul horizon la limite de son bar. Du spleen en veux-tu en voilà, Scott impose sa cadence lancinante et son style incomparable en restant droit et stoïque, dans une série qui manie chaud et froid en permanence. Loser romantique (figure que l’on retrouve largement dans son rôle de Ben Wyatt dans Parks & Rec, tiens, tiens,…), clown triste et figure emblématique de Party Down, Henry mériterait son salut. Salut qui se présentera dans les toutes dernières secondes de l’ultime épisode, et qui résonne comme un chant du cygne pour l’ensemble du show (l’épisode fut diffusé avant l’annonce officielle de l’annulation). Une façon parfaite de conclure une série brillante qui interroge de la meilleure des manières sur l’industrie du spectacle, sur ceux qui la font et ceux qui la regardent, avec cette simple question : Are We Having Fun Yet ?

Cet article a été originellement publié le 18 décembre 2010. À l’occasion de sa republication, il a connu quelques modifications pour s’accorder avec les années qui ont passé.
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