Peaky Blinders saison 3

Tommy Shelby est un homme ambitieux qui ne craint pas la mort, comme les deux précédentes saisons de Peaky Blinders nous l’auront montré. Les actions du clan Shelby ont cependant un impact et il était évident qu’à un moment ou un autre, ils allaient devoir en payer le prix.

On replonge dès lors dans l’univers de la famille Shelby qui a continué son ascension sociale durant les deux ans qui se sont écoulés depuis la fin de la saison 2. Nous voilà en 1924 au plus proche de la haute société au moment où Tommy est sur le point de se marier.

Si l’on ouvre ainsi la saison sur une célébration, il faudra peu attendre pour que la noirceur prenne le dessus et que Tommy se retrouve aux prises avec de multiples démons. En fait, son épouse se révèle n’être au final qu’un accessoire narratif pour pousser le personnage à ne pas voir aussi clair qu’il le devrait et à ne pas être au sommet de son art.

Le créateur Steven Knight voit en tout cas plus gros au sein de cette troisième saison de Peaky Blinders, délaissant quelque peu l’environnement industriel de Birmingham au profit de la campagne – où vit Tommy. C’est une sorte de déracinement qui s’applique à plus d’un Shelby dans le sens où il sera question pendant une majorité de la saison de creuser comment leur évolution sociale les impacte.

You’re fucking about with Russians, in’t you? You silly boy.

Le parti travailliste est donc au pouvoir, ce que l’élite voit sous un mauvais œil (souvenez-vous, ce fut un coup dur pour Lord Grantham !) ; cela pousse alors Tommy Shelby en plein cœur d’une intrigue politique où réfugiés russes et l’Economic League se côtoient, tout le monde cherchant à employer Tommy à son avantage et celui-ci s’exerçant à tirer profit de ce qui se passe. La situation se complique naturellement au fil des épisodes par les différentes positions de chacun et autres retournements.

C’est donc un récit surchargé que nous livre cette saison 3 de Peaky Blinders où les enjeux n’ont jamais été aussi importants. Pourtant, ces derniers ne possèdent pas l’intensité qui se retrouvait dans les deux saisons précédentes.

L’origine du problème se trouve en partie dans les nouveaux adversaires de Tommy, avec qui il doit travailler pour toucher à son but. Les Russes nous sont dépeints comme des personnes plus qu’instables, avec en tête Tatiana qui est utilisée pour mieux mettre à plat les tourments du leader des Peaky Blinders. Sa forte personnalité et ses exubérances reposent sur des stéréotypes qui peuvent autant fasciner qu’agacer – les deux se confondant quasiment d’un bout à l’autre.

En plus des Russes, Tommy doit collaborer avec Father John Hughes, qui est le représentant de la section D (l’Economic League) dans le gouvernement britannique. Le rapport de force est bien différent de ce qui nous a été offert avec Chester Campbell et si Knight trouve avec Michael – le fils de Polly – le moyen de rendre la confrontation plus personnelle, il lui manque étrangement du relief. Hughes est avant tout terrifiant pour ce qu’il représente et par l’interprétation sans faille de Paddy Considine. Il aura une belle occasion de confirmer l’angoisse qu’il suscite, mais il ne possède cependant pas suffisamment de temps de présence pour transcender le rôle qui lui a été attribué dans l’histoire.

Malgré de nouveaux personnages qui ne peuvent pas laisser indifférents, cette saison 3 de Peaky Blinders ne parvient donc pas vraiment à donner à ces gros enjeux la dimension nécessaire et la cohérence pour rendre le récit aussi fluide que fascinant d’un bout à l’autre. Sa conclusion se révèle par contre plus qu’à la hauteur, avec le retour bienvenu d’Alfie Solomons (Tom Hardy) qui donne finalement à la dernière partie de saison l’élan dont elle avait besoin pour que l’histoire finisse en beauté. L’homme est définitivement une sorte de symbole qui est là pour mieux aider à reconnecter avec ce que le clan Shelby représente vraiment.

Si cette saison 3 de Peaky Blinders ne parvient pas avec les Russes à donner le jour à un contexte aussi fort que voulu, la série reste brillante dans son exploration de la psychologie de ses personnages. Il est légèrement regrettable que cela soit fait à travers différentes sous-intrigues qui réduisent quelque peu les interactions familiales. La violence quotidienne, le poids des crimes qu’ils commettent, le fardeau du passé, les liens familiaux ou encore la corruption poussent quoi qu’il arrive cette saison 3 de Peaky Blinders dans des directions plus fascinantes. Elle s’attèle d’ailleurs à mieux interroger sur les multiples formes de criminalité qui existe et laquelle est la plus dangereuse.

Cillian Murphy excelle dans la peau de Tommy qui est plus que jamais ébranlé au cours de cette saison et qui va devoir tirer des conclusions difficiles pour pouvoir redresser la barre. Helen McCrory continue également de délivrer une prestation tout en subtilité, explorant les forces et les faiblesses de Polly.

Si cette saison 3 appartient à l’un d’eux, c’est peut-être à Paul Anderson qui aura donné corps aux dilemmes moraux d’Arthur avec une intensité inégalable ; de même sa relation avec son frère John (Joe Cole) aura pris une nouvelle dimension, aidé de manière indirecte par la place occupée par Michael (Finn Cole) dans la dynamique familiale.

Au bout du compte, cette saison 3 de Peaky Blinders délivre une intrigue principale ne possédant pas le cachet de ce qui nous a été fourni précédemment, mais qui trouve dans sa conclusion toute sa symbolique pour mieux impacter la famille Shelby. Toujours électrisante sur un plan visuel et musical, la série de Steven Knight reste une œuvre avec une personnalité indéniable qui a certainement encore beaucoup à dire – et que l’on pourra ainsi retrouver pour deux saisons.

La troisième saison de Peaky Blinders est disponible en DVD depuis le 7 juin. Cet article a été publié une première fois en juin 2016 et il est remis en avant à l’occasion de la diffusion française sur Arte ce jeudi 8 juin à 20h50.