Billions : que vaut le thriller financier de Showtime ?

Billions saison 1

Déjà publié en février 2016 , cet article a été mis à jour pour couvrir l’intégralité de la saison 1 de Billions.

Retranscrire avec fidélité et rendre accessible l’univers de la haute finance n’est pas aisé. C’est un exercice auquel se frotte Billions, la dernière série en date de Showtime qui a trouvé le succès sur la chaine payante.

Le show a déjà été renouvelé pour une saison 2, nous assurant ainsi que le combat opposant le Procureur des États-Unis Chuck Rhodes et l’ambitieux gestionnaire de hedge funds Bobby Axelrod est destiné à durer.

Le combat de deux Titans

Avant tout, Billions se veut donc être l’affrontement entre deux hommes haut placés. Si Axelrod incarne le rêve américain, étant parti de rien et fait fortune, il ne s’agit pas d’un combat entre David et Goliath, mais de deux géants aussi ambitieux l’un que l’autre et déterminé à démontrer qu’il est le plus fort.

Le conflit au cœur de Billions est un de ceux qui se mesurent en millions – pardon, en billions. Rien en vérité qu’un énorme chèque et une fierté remise au placard n’auraient pu résoudre. Si ce n’est que les gens concernés sont tout sauf prompts à laisser leur égo de côté.

Que ce soit Chuck Rhoades ou Bobby Axelrod, ni l’un ni l’autre n’est posé comme le bon ou le méchant de l’histoire. Si on ne peut pas blâmer l’équipe de Billions de vouloir dépeindre son univers avec toutes ces nuances de gris, il est légèrement regrettable que leur besoin d’éviter de stigmatiser Axelrod finisse par affaiblir Rhoades.

Les scénaristes ont passé plus de temps au cours de cette saison 1 à déchiffrer la personnalité et les motivations de Bobby – quitte à ressasser – en évitant d’illustrer les conséquences de ses actions professionnelles. Alors que Damian Lewis se montre plus à l’aise dans le rôle et plus imposant au fil des épisodes, Paul Giamatti se retrouve quelque peu coincé à jouer la même partition, trop définie par ses penchants sexuels et ses grands discours.

Rhoades est une personne ambitieuse qui croit fortement en la justice, mais pour l’éloigner du bon rôle, Billions offre un portrait étrangement rigide et très opportuniste pour noyer les possibles idéaux professionnels du personnage. Il en ressort un homme qui semble presque agir plus pour prouver qu’il peut et doit le faire vis-à-vis des rumeurs et autres critiques qu’il reçoit. Il faut définitivement attendre la fin de la saison pour que Chuck se voie offrir des motivations moins abstraites — et par extension, plus accrocheuse.

Billions Saison 1 Episode 11 (Damian Lewis et Maggie Siff)

Vulgarité et Sexe, les ingrédients de Showtime

Des milliards ont beau être en jeu, la haute finance n’a rien de sexy au fond. Au contraire, c’est plus sale dans son genre, surtout si on pense un peu trop aux dégâts que cela cause et aux dérives même de notre système qui vont avec. Si le pilote pouvait laisser supposer que Billions développerait d’ailleurs une réflexion sur le sujet, celle-ci est bien trop noyée dans les artifices propres à Showtime pour réussir à émerger – soit beaucoup trop de vulgarité et du sexe. Rien de mieux en fait n’exprime la dualité de Billions, une série pleine de promesses qui s’égare dans ses excès pour tenter de séduire alors qu’elle n’a pas besoin de tout cela.

Les dialogues à sous-entendus sexuels (terriblement grossiers le plus souvent) se révèlent trop nombreux et rien n’est moins attractif qu’un langage cru juste pour une sorte de provocation ou de style. Dès que Billions calme légèrement le jeu, cela semble déjà plus naturel.

Billions a le mérite de ne pas tomber dans les clichés relationnels avec ses deux couples phares, et de dépeindre avec Chuck et sa femme une relation dominant/dominé comme n’importe quelle autre. Reste que la plupart du temps, cela est un peu trop gratuit et ne parvient pas à nous immerger dans la psyché de son protagoniste masculin – comme cela parait être le but recherché. Si cela finit par jouer un rôle important dans l’intrigue à la fin, cela n’efface pas pour autant la gratuité dans son langage et ses échanges sexuels qui ne servent pas très bien le propos.

Maggie Siff, l’arme secrète de Billions

Si Billions reste une série s’intéressant à l’opposition entre deux mâles, c’est sans aucun doute Wendy Rhoades, incarnée par Maggie Siff qui s’impose comme le personnage le plus intéressant de cette saison 1.

Elle occupe une place ambiguë en étant l’épouse de Chuck et la thérapeute de Bobby. Elle est une connexion particulière entre les deux univers, nous offrant la possibilité d’aller finalement dans l’intimité des deux figures masculines pour mieux saisir la personnalité de chacun.

Wendy n’existe cependant pas que pour mettre en valeur ses deux partenaires, se présentant comme une femme intelligente et indépendante que Maggie Siff interprète avec grande classe, tirant plus les cordes en coulisses que les deux hommes ne l’imaginent même si cela n’aboutit pas forcément. Elle permet aussi d’interroger sur le pouvoir de l’argent sous un angle différent, de par ce que l’on peut choisir d’ignorer par pur confort personnel.

Une gestion des enjeux chancelante, un final plein de promesses

Comme plus d’une série Showtime, Billions utilise des artifices peu inspirés pour pimenter ses premiers épisodes en attendant de trouver son rythme. Dès lors que l’équipe créative se détache de ses excès narratifs, les qualités se font plus visibles et laissent voir une série qui pourrait être plus agréable à regarder.

Au fil des épisodes, le casting trouve définitivement ses marques et s’affirme, mais les scénaristes ont fait un peu trop progresser le récit à coup de dilemmes aux enjeux trop superficiels. Les manœuvres employées n’ont pas forcément été habiles ou percutantes, que ce soit Axerold cherchant à s’éloigner de son business ou encore des négociations dont l’issue est évidente dès le début. Dans un univers où des millions sont échangés et des vies brisées en un simple clic, Billions a besoin de bien illustrer ses enjeux pour que ces derniers puissent vraiment prendre de l’ampleur et donner envie qu’on s’investisse dedans.

C’est un problème qui s’étend d’ailleurs à la majorité des personnages secondaires qui ont des difficultés à exister par eux-mêmes. David Costabile dans la peau de Mike « Wags » Wagner reste cantonner à sa fonction de bras droit d’Axe, présent avant tout pour délivrer des injures à l’écran et insuffler du rythme à une scène. Toby Leonard Moore occupe une place mieux définie auprès de Rhoades, sa moralité étant parfaitement exposée, mais il est malheureusement coincé dans une histoire sentimentale avec sa collègue qui n’a tout simplement aucun intérêt. Au vu du talent des deux acteurs en question, c’est un pur gâchis que l’on peut espérer être corrigé en saison 2.

Si Billions délivre une première saison qui se sera cherché, ne sachant trop comment articuler ses enjeux, exposer convenablement les motivations de tous ses personnages et les mettre à l’épreuve, la série se révèle définitivement dans un final qui se montre plein de promesses, car assumant finalement le point de départ du show. Billions a été présenté comme une confrontation entre deux hommes représentant deux formes de pouvoir, illustration d’une Amérique moderne où l’argent et les idéaux entrent en collision. Ils se sont surtout tournés autour au sein de ces 12 épisodes, développant une haine palpable l’un pour l’autre, mais il fallait mettre du feu sur l’huile pour justifier que cela se poursuive. C’est exactement ce qu’accomplit le final avec panache, laissant supposer que Billions pourrait bien devenir la série qu’elle promettait d’être au départ dans sa saison 2.

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