Raison et sentiments : amour, trahison et convenances avec les sœurs Dashwood

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22 août 2015 à 12:59
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Raison et Sentiments (Sense and Sensibility)

Après Orgueil et Préjugés (1995), Emma (1996) et Northanger Abbey (2007), le scénariste Andrew Davies poursuit dans les adaptations des romans de Jane Austen, peut-être dans le but de nous délivrer des adaptations de chacun de ses romans. Quoi qu’il en soit, il signe le scénario de la mini-série Sense and Sensibility pour BBC One en 2008, connue en France sous le titre Raison et Sentiments et diffusée par chez nous sur Arte il y a quelques années.

L’histoire nous ramène dans l’Angleterre du XIXe siècle auprès des Dashwood. Suite à la mort de leur père, les sœurs et leur mère sont contraintes de changer de style de vie. Leur demi-frère né d’une précédente union hérite de la demeure et, influencé par son épouse, abandonne la promesse faite d’aider sa famille. Les femmes Dashwood se retrouvent alors dans une situation financière difficile et vont devoir quitter le Sussex pour Devon où un généreux parent, Sir John Middleton, leur a proposé de s’installer dans un cottage qui se trouve sur ses terres.

Composée de trois épisodes, Raison et Sentiments aborde — entre autres — la question du mariage et de l’argent à travers les multiples personnages. Pour traiter ses thématiques, le récit se centre sur Elinor et Marianne Dashwood, chacune d’elle représentant ainsi une manière différente d’aimer et donnant son sens au titre de l’œuvre.

It is not what we say or feel that makes us what we are, it is what we do or fail to do.

Rapidement, Marianne Dashwood s’impose comme celle que l’on associe aux sentiments. Plus jeune qu’Elinor, elle se laisse aisément consumée par ses émotions. Guidée par sa vision du romantisme, elle se révèle idéaliste, naïve et surtout représentative de son âge. Marianne se montre passionnelle, plongeant dans des excès et un égoïsme auxquels son interprète Charity Wakefield donne parfaitement vie.

À ses côtés, on vire dans la satire du roman sentimental que l’on trouvait dans l’œuvre original, alors même que l’histoire se déroule pour mieux détourner les clichés où les silences et les secrets offrent différents retournements de situations lorsqu’ils sont exposés.

La vision romantique de Marianne et son évolution prend corps à travers ses deux prétendants : John Willoughby (Dominic Cooper) et le colonel Brandon (David Morrissey) qui sont aussi opposés – ou presque – que les sœurs Dashwood. Ils incarnent deux avenirs possibles, l’un étant jeune et séducteur, l’autre étant plus discret et dévoué – sans oublier la différence de situation financière.

Si Marianne représente les sentiments, Elinor est alors l’incarnation de la raison. Si sa sœur aimerait oublier certaines conventions, le monde d’Elinor se construit en fonction des codes sociaux dans le but de ne pas être blessé. Plus consciente de la réalité économique de sa famille, Elinor rappelle l’importance de l’argent et des apparences dans la société dans laquelle elle évolue et le poids que cela peut avoir. Derrière l’image qu’elle projette se cache un être qui possède une sensibilité plus importante qu’on peut imaginer. Hattie Moharan délivre une subtile prestation, laissant les expressions de son visage nous signifier ce que la jeune femme ressent. Moins emportée que Marianne, Elinor se révèle être touchante que fragile. Sa relation avec Edward Ferrars (Dan Stevens) se déroule alors avec beaucoup de retenue et de tendresse.

Raison et Sentiments nous offre aussi une palette de personnages secondaires réussis qui enrichit la représentation de la société et injecte une dose d’humour, de sarcasme ou de sensibilité. Margaret, la plus jeune des sœurs Dashwood, fait preuve d’espièglerie ; Mrs Jennings est la grande bavarde de l’histoire, oubliant parfois la bienséance ; Sir John Middleton est un bon vivant et un homme généreux ; les deux irritantes sœurs Steele viennent ajouter de la malice et des notes comiques au récit.

Les émotions peuvent se bousculer dans Raison et Sentiments qui trouve aussi grâce à la réalisation de John Alexander un moyen de prendre vie. L’œuvre se veut par moment peut-être trop sensuel sans parvenir à totalement fonctionner sur ce plan-là, mais cela ne vient aucunement casser le rythme de ces trois épisodes qui se regarde avec beaucoup de plaisir.

Cette mini-série donne ainsi vie à l’histoire des sœurs Dashwood avec efficacité. Si chacune est présentée au départ pour représenter deux opposés, il est surtout question de trouver un juste équilibre pour laisser la place aux sentiments sans pour autant rejeter la raison ou vice versa. Les deux femmes suivent alors un parcours sentimental qui connait une évolution naturelle et bien menée pour nous conduire à une belle conclusion.

Raisons et Sentiments est disponible en DVD et vient d’arriver sur Netflix.

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