Rubicon : L’espionnage par excellence

Rubicon (James Badge Dale)

En 2010, Mad Men et Breaking Bad avaient déjà aidé AMC à s’établir une excellente réputation. La chaine était rapidement devenue synonyme de qualité. Son slogan était d’ailleurs Story Matters Here et le restera jusqu’en 2013. Les histoires avaient probablement de l’importance, mais les audiences commençaient également à jouer un rôle. C’est pour cela que Rubicon est importante dans le développement de la chaine.

Création de Jason Horwitch, cette série d’espionnage s’inscrit donc qualitativement dans la lignée des dramas qui l’ont précédé, mais le succès ne sera pas au rendez-vous.

Clairement inspiré par les thrillers majeurs d’Alan J. Pakula des ‘70s, Rubicon nous entraine dans le monde de Will Travers (James Badge Dale), un analyste qui travaille pour API, une agence gouvernementale de renseignements. Quand son mentor décède, il découvre qu’il s’agit d’une exécution et commence à mener une investigation qui le pousse rapidement à apprendre l’existence d’une conspiration à grande échelle dont il ignore la finalité.

À partir de là, nous pénétrons dès lors dans un univers où les apparences sont toujours légèrement trompeuses, même si, une fois que l’on est familiarisé avec toutes ses composantes, Rubicon n’essaie pas de jouer sur la place des personnages dans l’équation, mais plus sur ce qui les anime.

Cette première et unique saison a donc un grand mystère en son centre. Qu’est-ce qui a motivé l’assassinat de David, le mentor et supérieur de Will ? Certes, l’introduction nous offre un bout d’explication, mais il ne faut pas longtemps pour réaliser que l’ampleur de la conspiration s’étend bien plus loin qu’un code caché dans des journaux.

Cette saison nous entraine ainsi dans une chasse aux indices et nous pouvons dès lors voir sous nos yeux le puzzle qui se complète lentement. L’idée est alors de suivre Will qui doit maintenir les apparences et partager son temps entre ses recherches privées et son travail, un angle qui permet à l’intrigue de développer une complexité à la hauteur de ses ambitions.

Rubicon s’affirme donc à travers une dose de paranoïa qui lui donne l’opportunité d’utiliser son univers fermé à son avantage. Ainsi, l’API (American Policy Institute) s’installe à une place de première importance et les membres de l’équipe de Will – Miles (Dallas Roberts), Grant (Christopher Evan Welch) et Tanya (Lauren Hodges) – auront progressivement le droit à leurs propres storylines. Il ne s’agit pas seulement d’offrir au show un environnement crédible en y implantant des protagonistes nuancés, car les évènements même les plus anodins auront une influence sur le grand jeu qui se déroule et qui est bien camouflé. Donc, pendant que Miles, Grant et Tanya chassent un dangereux terroriste, Will tente d’identifier des conspirateurs.

En suivant cette approche mettant en valeur l’analyse de l’information, Rubicon s’éloigne naturellement des poncifs entretenus par les séries d’espionnages contemporaines. Tout est question d’ambiance avec une maitrise impressionnante de la tension. L’écriture du show se retrouve alors dépendante de la qualité – irréprochable – du casting pour nous immerger pleinement dans la paranoïa rampante qui envahit rapidement chaque pan de la vie de Will et altère sa façon de percevoir ceux qui l’entourent. L’effet est d’ailleurs amplifié par des éléments extérieurs à l’API qui joueront des rôles clés dans l’intrigue, en plus d’éviter que la série ne devienne qu’un huis clos nous plongeant dans la claustrophobie – ce qu’elle est tout de même à l’occasion.

On peut probablement déplorer que quelques personnages sont au bout du compte négligés par faute de ne pas pouvoir trouver une place pertinente dans l’ensemble. Néanmoins, Rubicon n’en souffre pas et nous délivre sans accroc ou presque une intrigue dense. Son angle d’approche rafraichissant pour une histoire d’espionnage traitée dans ce format réussit ainsi à faire rapidement oublier ses premiers égarements pour offrir du drama de haute qualité qui captive autant qu’il divertit. Le seul gros reproche que l’on puisse formuler est au sujet de la conclusion. Elle nous délivre les clés du mystère, mais introduit également une conjoncture hautement prometteuse. Plus que laisser un goût d’inachevé quand elle se termine, la série nous abandonne dans l’expectative, affichant un potentiel remarquable qui ne sera pas exploré.

Peut-être que les audiences n’étaient pas à la hauteur de ce qu’AMC espérait, mais Rubicon était indéniablement du niveau de ce que l’on était en droit d’attendre à l’époque. Son annulation marqua en tout cas un tournant qui explicite la direction prise par la chaine par la suite, et donc, ce qu’elle est aujourd’hui.

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