Dévasté par la perte de Mary, Sherlock replonge dans sa consommation abusive de drogues. Il devient alors obsédé par l’idée que le magnat Culverthon Smith est un tueur en série et met en place un plan pour l’envoyer derrière les barreaux.

Inspiré par Le Détective agonisant écrit par Arthur Conan Doyle, The Lying Detective est l’exemple le plus flagrant du meilleur et du pire de ce que peut faire Steven Moffat. Il faut dire que comme Sherlock Holmes, Moffat n’est pas dénué d’une confiance en lui qui le pousse parfois à en faire plus qu’il devrait. Cependant, il est indéniable que le scénariste maîtrise l’art du retournement de situation et n’est pas effrayé à l’idée de bousculer les codes conventionnels de la création du récit.

Ainsi, cet épisode de Sherlock reprend peu de temps après les derniers événements du précédent. Sherlock (Benedict Cumberbatch) et Watson (Martin Freeman), séparés depuis la mort de Mary (Amanda Abbington), s’enfoncent progressivement dans un gouffre de dépression même si leur façon de le vivre est complètement différente. Il n’est alors pas étonnant que l’addiction de Sherlock reprenne les devants de la scène ; si le traitement n’en reste pas moins plus trivial qu’il ne le devrait, cela offre à l’équipe créative l’opportunité de s’amuser visuellement. La caméra de Nick Hurran (His Last Vow, Childhood’s End) réussit sans grand mal à décrire la confusion qui habite le détective et retranscrit ainsi une vision dynamique, voire psychédélique, de cette aventure.

Il ne faut d’ailleurs pas s’attendre à une enquête conventionnelle tant tout est fait pour que l’on perde nos repères. Tout l’intérêt réside dans cette quête un peu folle dans laquelle se lance Sherlock qui oscille jusque dans les derniers instants entre vérités et mensonges. Bien qu’il soit désormais établi que Sherlock ne se trompe jamais, son état tout au long de l’épisode et les erreurs qu’il commet sont des points qui aide grandement à se laisser prendre au jeu. En fait, le spectateur est clairement dans la même position que Watson. Jamais réellement dupé par les manigances de Sherlock et du scénario, mais assez surpris pour ne pas se douter des retournements de situations qui jalonnent la route.

C’est d’ailleurs à ce niveau que le bât blesse. En voulant à tout prix rendre son récit inattendu et sombre, Moffat en fait trop. The Lying Detective aurait pu se contenter de n’être qu’une transition importante mettant en scène la reconstruction difficile de la relation entre Sherlock et Watson. Cela aurait peut-être été frustrant en terme d’arc narratif, mais aurait au moins donné l’impression qu’il ne s’agit pas d’une immense farce dans le seul but de créer une tension dramatique pour la fin de cette saison 4. L’épisode aurait en fait dû s’arrêter sur la résolution incertaine de la relation Watson-Sherlock.

Cela ne veut pas dire que le retournement de situation final n’est pas surprenant. Il arrive simplement comme un cheveu sur la soupe et comme une justification à l’arrogance de Sherlock qui n’était pas franchement nécessaire.

Finalement, The Lying Detective relève sans conteste le niveau après la décevante reprise qu’était Les Six Thatcher. Plus qu’un exercice de style, l’épisode s’amuse avec son sujet et peut compter sur des prestations d’acteurs sans fausses notes. Si Benedict Cumberbatch et Martin Freeman continuent de délivrer quand il s’agit d’offrir de la substance à leur personnage, Una Stubbs (Madame Hudson) et Toby Jones injectent respectivement énergie et malaise dans leur interprétation. Avec un constat aussi positif, les attentes sont hautes pour le dernier épisode de cette saison de Sherlock. Il n’y a plus qu’à espérer que la direction empruntée n’explose pas comme un pétard mouillé.

Publié lors de la diffusion anglaise, cette critique est remise en avant à l’occasion de sa diffusion sur France, ce 23 mars 2017 à 20h50 sur France 4.

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