Il y a des séries qui viennent de nulle part et vous emporte. Skam, production norvégienne composée de trois saisons diffusées en Norvège sur NRK P3, est de celle-là. Elle nous propose de suivre le quotidien de lycéens en proie avec des problèmes d’amour, d’amitié ou de construction personnelle comme tout jeune de leur âge. Pleinement dans son temps, la série se développe également sur les réseaux sociaux, tous les éléments postés dans la semaine sur Instagram ou Facebook étant compilés pour apparaître dans l’épisode du vendredi.

À la manière de Skins, la célèbre série britannique auquel on la compare, Skam choisit de concentrer son récit sur un personnage particulier pendant toute une saison. Ainsi la première nous introduit à l’univers du lycée Hartvig nissens skole à travers Eva et les problèmes qu’elle rencontre avec son petit-ami Jonas alors qu’elle doit se faire de nouvelles amies. La seconde saison poursuit le récit des amours compliquées de Noora tandis qu’elle doit gérer les vexations possibles de ses amies face à cette relation. Puis, la troisième et dernière fournée en date suit Isak, jeune homme déjà vu dans les deux précédentes, dans son acceptation de son homosexualité et sa relation naissante avec Even.

Ce qui pouvait ressembler à une série de plus sur des adolescents ou à une pâle copie de Skins se révèle dès sa première saison bien plus simple et spontanée. S’adressant à un public qui recherche toujours l’immédiat, Skam porte une ambition aussi contemporaine qu’universelle. Chaque épisode met en scène de la manière la plus simple et directe la pression sociale qui s’exerce sur les jeunes : les textos qui s’affichent, se suppriment, s’écrivent et se raturent ; les demandes d’amis Facebook qui tardent à être acceptées ; etc.

Très épurée, la réalisation est à l’image du scénario : réaliste, authentique. Chaque épisode suit Eva, Noora, Isak, Vilde et leurs amis tout au long de la semaine avant de se retrouver autour de « pre-drinks » le vendredi, point d’orgue où se nouent et se dénouent toutes les tensions engendrées. Loin d’être le seul moment important d’un épisode, cela permet de dérouler le fil rouge de la saison et de révéler leurs doutes et leurs échecs. Chaque sentiment est passé au microscope pour mieux mettre en valeur le temps qui défile et les force à grandir.

Skam adresse un certain nombre de sujets touchant cette jeunesse désabusée dont Noora, éternelle cynique, est la représentante : l’alcool, la drogue, le sexe… Autant de problèmes vieux comme le monde, mais qui préoccupent toujours autant les chères têtes blondes. Mais ce sont eux-mêmes qui se posent les questions, qui font leur cheminement de conscience, les adultes étant quasiment absents. En résulte un message sans fioritures, mais qui ne se donne pas qu’aux adolescents, qui peut trouver écho en chacun.

Ainsi, quand Jonas dit à Eva qu’elle doit ouvrir les yeux sur sa solitude eet se faire de nouvelles amies, on découvre une personne rongée par la culpabilité. En seconde saison, Noora, voit ses illusions sur sa pseudo-indépendance d’esprit mises à mal par sa rencontre avec le playboy du lycée, Skam adressant un discours sur l’image que l’on renvoie en contradiction avec ce que l’on veut ou ressent. La troisième saison se centre sur Isak et son homosexualité, déroulant avec un brio exceptionnel toutes les étapes d’acceptation de la sexualité en parallèle de celle d’une relation naissante, mais compliquée.

Cette dernière est probablement l’apogée de la série tant elle atteint une justesse de ton, d’interprétation et de représentation assez formidable. Les amours d’Isak et Even, même si elles peuvent faire romancées sur la fin, paraissent d’une véracité vertigineuse, notamment par ce fait marquant où Isak traque sur les réseaux sociaux tous les hobbies et goûts de son « crush ». Par ailleurs, la révélation de son homosexualité à ses parents ou son meilleur ami est faite avec une telle bienveillance et simplicité qu’elle emporte le cœur immédiatement.

Succès sans précédent en Norvège, Skam va nous revenir pour une quatrième saison se concentrant sur un nouveau personnage sans oublier les autres. C’est cette continuité qui permettra probablement encore une fois à la série d’offrir une des meilleures représentations de la jeunesse contemporaine. Ce portrait sans concession met en scène des personnages immédiatement attachants qui ont du mal à nous quitter une fois leur récit achevé.