Le period drama britannique peut parfois avoir une image un peu lisse, nous renvoyant le reflet d’une époque légèrement idéalisé auprès d’une classe aisée. Ce n’est cependant pas tout ce que le genre a à offrir, comme des adaptations des romans de Dickens nous le rappellent par exemple.

Prenant place en 1814, Taboo se déroule dans un Londres sombre et sale où les abus et la corruption règnent. Au cœur du récit se trouve James Delaney, une figure dérangeante et menaçante, qui est de retour dans la capitale pour venger la mort de son père.

Londres Gothique

Après Penny Dreadful, c’est au tour de Taboo de s’orienter vers le gothique — sans les personnages issus de la littérature. La série scénarisée par Steven Knight (Peaky Blinders) qu’il a développée avec Tom Hardy et le père de ce dernier mise sur certains clichés du genre et un sens prononcé de la mise en scène pour créer du divertissement.

Taboo s’affirme alors comme une de ses œuvres qui s’appuie sur son esthétisme pour créer une forme de fascination et un certain nombre de non-dits pour créer de la curiosité. Si Kristoffer Nyholm pose les bases de l’univers dans la première partie de saison, Anders Engström transcende le sujet en délivrant les plans les plus impressionnants dans la suite.

Tout au long de ses 8 épisodes, la première saison de Taboo éblouit de scènes dignes de peintures et de costumes à tomber. Tom Hardy avec son chapeau et son long manteau sur son cheval blanc est ce qui synthétise Taboo à la perfection : une série un brin théâtrale qui choisit d’en dire beaucoup par ce qu’elle montre pour mieux garder une part de danger et de secrets.

La vengeance dans la peau

Derrière son esthétisme, Taboo déroule le récit classique d’un fils de retour chez lui pour venger son père. James Delaney (Tom Hardy) est une figure peu loquace qui crée des alliances et se montre impitoyable envers toutes personnes se mettant sur sa route.

Sans surprise, il n’est pas le genre à dévoiler ses plans et n’est pas le seul à garder des secrets. Un léger sentiment de confusion en ressort, épaulé par le fait que l’intrigue parvient à garder une part de mystère quant à la direction qui sera emprunté.

À cela, on peut ajouter un élément répétitif qui alourdit le récit, à savoir la représentation de la Compagnie Britannique des Indes Orientales — l’ennemi de Delaney — et celle du Prince Régent. Heureusement que Jonathan Pryce dans la peau de Sir Stuart Strange délivre les « Fuck Off » comme personne !

Arrivé au bout de sa première saison, Taboo ne se révèle pas être tant une histoire de vengeance qu’un récit sur la liberté. On jongle alors entre ceux qui la possèdent, ceux qui la recherchent, ceux qui ne peuvent l’avoir et le prix à payer pour l’obtenir.

L’ensemble prend alors son temps pour examiner la condition humaine et son rapport avec la liberté, des horreurs du colonialisme à la corruption du pouvoir en passant par la condition féminine et les valeurs morales de la société. Il y a évidemment des tabous, certains plus évidents que d’autres, mais ceux-là viennent surtout mettre en avant les chaines qu’imposent la société et qu’un homme comme Delaney refuse de porter.

Cet angle entraine alors l’intrigue dans des directions parfois imprévus, embrassant les conventions pour mieux les délaisser et défier les attentes par la suite.

Les Joyeux Compagnons de James Delaney

On peut toujours craindre qu’une série en apparence plus focalisée sur le style que le contenu ne parvienne à donner le jour à des personnages intéressants. Comme il l’a fait dans Peaky Blinders, Steven Knight excelle dans cet exercice.

James Delaney sait donc s’entourer. D’abord du touchant Brace, le fidèle serviteur de son père. Ensuite d’Atticus, son informateur ou encore du chimiste Cholmondeley – les deux bénéficiant d’être incarnés par Stephen Graham et Tom Hollander, respectivement.

Lorna Bow, la veuve du père Delaney, vient à la fois injecter une dose de féminité bienvenue et aider à mettre en perspective les errements psychologiques de James. Elle devient un élément essentiel au récit, gagnant légitimement sa place dans cet univers au point d’en devenir presque indispensable. Et après Guerre et Paix, Jessie Buckley continue d’impressionner. Sans oublier l’excellent Chichester (Lucian Msamati), un avocat noir et représentant de la justice dans un univers qui en manque.

Tous ne sont pas traités également : l’histoire de Zilpha (Oona Chaplin), la sœur de James est tout simplement tragique dans le fait qu’elle représente une femme prisonnière de son mari et des codes sociaux.

Reste que Taboo est une série avec une palette de personnages secondaires qui fait toute la différence.

***

Au final, James Delaney demande à ceux qui le suivent de le faire aveuglément ou presque dans l’espoir d’obtenir leur libération — si on peut dire. Il réclame la même chose du téléspectateur par moment, l’homme n’étant pas du genre à expliciter son plan et ses actions avant de les mettre en œuvre. Taboo est le genre d’œuvres qui repose sur la volonté de se laisser porter par le courant avant l’explosion finale. C’est avant tout l’immersion dans un univers qui subjugue par ses images, attire par son époque et ses problématiques, séduit à l’aide d’une galerie de personnages et divertit grâce à un certain sens de la répartie et une capacité à créer des situations dangereuses.

Enfin, James Delaney et ses joyeux compagnons seront de retour, la série a été renouvelée pour une saison 2.

Un air de déjà vu ? Cet article a déjà été publié en mars dernier. Il est remis en avant à l’occasion de la diffusion de la saison sur Canal+, à partir de lundi 7 août à 21h00. Cette première saison de Taboo est disponible en DVD.

Taboo
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