The A Word : une famille face à l’autisme

The A Word- Saison 1

Parler d’enfant et de maladie est un sujet délicat à aborder tant il demande une justesse et une sobriété dans son traitement, une véritable représentation de ce que celui-ci traverse. De plus, cela implique de prendre en compte l’impact sur l’entourage, victime collatérale et pourtant souvent oubliée. Création de Peter Bowker (D’une vie à l’autre) pour BBC One, The A Word tente de faire cela par le prisme de l’autisme d’un enfant et sa difficile appréhension.

Vivant dans une petite bourgade anglaise, Joe (Max Vento) est un enfant plutôt renfermé, obsédé par les morceaux de rock qu’il écoute inlassablement. Ses parents, Alison (Morven Christie) et Paul (Lee Ingleby), ne semblent pas s’inquiéter outre mesure de l’isolement de l’enfant. Mais Eddie (Greg McHugh), l’oncle de Joe, et sa femme Nicola (Vinette Robinson) débarquent et remarquent que quelque chose ne va pas avec le petit, suggérant un problème plus important.

Le diagnostic tombe dès le premier épisode. Si Joe ne répond pas aux questions, si Joe n’écoute pas en classe, s’il ne se fait pas d’amis, c’est qu’il est atteint d’autisme, altérant alors sa compréhension du monde et de la société. La mise d’un mot sur ce qui ne semblait qu’un comportement un peu étrange, mais surmontable provoque un séisme dans la famille. Cette découverte expose une vérité incontournable et bouleverse alors le quotidien d’Alison et Joe, mais aussi de toute la famille – de la fille Becky (Molly Wright) au grand-père Maurice (Christopher Eccleston). Leur conduite avec l’enfant, leurs rêves personnels, leurs relations sociales… Tout est à reconsidérer.

Si The A Word prend pour point nodal l’autisme de Joe, c’est surtout pour faire de son récit une exploration des conséquences sur l’entourage de l’enfant. La série ausculte une cellule familiale en crise où chacun doit réapprendre à se définir face à l’enfant, mais aussi en tant qu’individu dont l’existence est contrainte à un nouveau mode de vie. Plus qu’une routine qui change, c’est une autre manière de penser l’éducation de l’enfant que la série suggère, une redéfinition du fonctionnement familial que l’on peut voir notamment avec Maurice qui peine à retrouver sa place auprès de son petit-fils, mais aussi de ses enfants.

L’autisme – et Joe, par extension – se retrouve rapidement au second plan et c’est en cela que The A Word rate le coche avec ce qu’elle veut raconter. Montrer les changements que la maladie implique est un parti-pris plus qu’intéressant s’il garde en perspective l’enfant. Cependant, peu d’occasions seront données pendant ces six épisodes pour réellement approfondir la situation de Joe, son propre point de vue. La série le représente à travers les yeux de ses proches ou par son isolement dans la musique, mais rien de plus.

Le petit se trouve être alors un accessoire, un faire-valoir à la radiographie des dysfonctionnements de sa famille, leurs petits égoïsmes. Personne ne s’écoute et ne veut remettre en question sa conception de la vie alors que la normalité n’est plus une option. Le casque vissé aux oreilles, Joe se coupe du monde comme ses parents ne prennent pas en compte le sien. La métaphore est belle, mais s’applique aussi à la série en elle-même qui ne parvient pas à se sortir de son cahier de charges pour réellement explorer l’autisme. On est alors rapidement mis en position de distance envers Joe, ce qui bloque alors l’empathie que le récit veut insuffler.

Il y a pourtant quelques tentatives heureuses, mais minimes, pour étoffer le récit avec l’intervention d’une pédopsychiatre ancienne camarade d’Alison nous montre un aperçu du monde de Joe, mais cela ne sera pas plus approfondi. Avec Becky et son école ou sa seconde famille, Maurice et sa maîtresse mère d’un handicapé ou le restaurant de Joe, The A Word tente parfois d’élargir son univers, mais ses tentatives sont rapidement avortées par l’incapacité de Peter Bowker à donner du corps aux enjeux qui sont esquissés. Que cela manque d’ampleur n’est pas un souci, la maladie est quelque chose d’intime, mais que cela manque de cœur est plus problématique.

Par son sujet The A Word promet beaucoup, mais réussit peu de choses. Bien jouée, aux intentions louables, elle manque cependant de nombreuses opportunités pour creuser le rapport de la société face à l’autisme et pour dépeindre avec précision le bouleversement que cela représente pour la famille comme pour l’enfant atteint. Il reste six épisodes qui se laissent suivre, mais ne laisseront pas une marque indélébile.

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