The Crown : Entre prise de pouvoir et modernité, retour sur le règne royal de Claire Foy

Netflix a récemment mis en ligne la saison 2 de The Crown — qui se trouve également être la dernière avec Claire Foy. L’actrice, qui a prêté ses traits à la reine Elizabeth II durant 20 épisodes, sera succédée par Olivia Colman dès la saison 3.

Avec un changement de casting en perspective, un chapitre de l’histoire de la série se tourne. Durant cette période, l’équipe créative a analysé le pouvoir, la famille et l’image publique – du mariage d’Elizabeth en 1947 à l’affaire Profumo en 1963.

Le pouvoir et ses ministres

Lorsque The Crown commence, George VI (impeccable Jared Harris) est encore sur le trône. La Seconde Guerre mondiale a naturellement mis à l’épreuve la Couronne qui trouve en Elizabeth une Reine investie et déterminée à préserver les vieilles institutions.

Le créateur Peter Morgan — scénariste de tous les épisodes — écrit sur la Reine d’Angleterre depuis 2006 maintenant (avec le film The Queen). Durant ses deux premières saisons, il revient sur les grandes pages d’histoire pour mieux mettre en perspective la place et le rôle de la royauté en Angleterre.

Elizabeth: The Prime Minister always has the sovereign’s support.

Car Elizabeth se trouve à la tête d’une monarchie constitutionnelle (son pouvoir est donc limité), c’est à travers le Premier ministre que la partie politique de The Crown prend vie. Et les grandes pages d’histoire n’offrent pas à tous la même importance.

Il est alors peu étonnant que Winston Churchill —  Premier ministre en saison 1 — s’impose comme la figure la plus notable après la Reine. Entre sa personnalité et la prestation de John Lithgow, la série retrace le grand smog de 1952 ou la création du portrait de Churchill par Graham Sutherland avec une fascination palpable. L’homme, lorsqu’il est quelque part, occupe l’espace et attire naturellement les regards.

L’histoire étant ce qu’elle est, la suite n’est pas aisée pour Anthony Eden et Harold Macmilan qui ne brilleront pas par leurs choix professionnels. Ils profiteront tout de même de l’interprétation de deux acteurs de talents — Jeremy Northam et Anton Lesser — qui donnent le jour à quelques scènes nous les ancrant dans notre mémoire (même si ce n’est pas forcément pour les bonnes choses).

Si les crises pour Elizabeth s’enchainent en saison 2, ces dernières n’auront que très rarement l’amplitude politique de celle de la première (même avec le canal de Suez). Cela, en partie causée par des Premiers ministres moins marquants, mais aussi avec la perte d’influence progressive de l’Empire britannique. Conscient de cet état de fait, Peter Morgan tourne d’ailleurs son attention vers la modernisation de l’image et Philip, l’époux de la reine.

L’image à travers les médias

Comment une institution représentante d’une tout autre époque peut-elle perdurer ? La modernisation est la clé, un terme omniprésent au cours des deux saisons de The Crown qui verront la Couronne s’adapter pour mieux survivre.

Cela commence en partie avec Philip (Matt Smith) et son idée de filmer le couronnement, et cela se poursuit entre les mains de différentes figures dont Lord Altrincham qui a osé critiquer un discours d’Elizabeth dans la presse.

The Crown revient habilement sur les liens entre la famille royale, les médias et le public. Entre allocution à la radio (le message de Noël en saison 2 restant en mémoire), mariage et cérémonies officielles, les apparences comptent plus qu’ailleurs. L’évolution des mœurs, les attentes d’après-guerre, la place de la femme et plus encore sont observées, abordées, parfois confrontées directement, mais toujours présentes d’une façon ou d’une autre.

En tant que Reine, Elizabeth brille par son dévouement admirable, son sens des responsabilités et de la place de sa famille. De sa gestuelle à l’intonation de sa voix en passant par son expression faciale et son regard, Claire Foy délivre une performance aussi subtile qu’envoûtante. Elle trouve le parfait équilibre entre la Reine et la Femme, faisant exister en continu ces deux positions qui entrent plus souvent que de raison en collision.

Lord Altrincham: Her Majesty has a seemingly impossible task. She has to be ordinary and extraordinary, touched by divinity and yet one of us, but being ordinary doesn’t have to mean bland or ineffectual. Or forgettable.

L’image de la reine est mise à l’épreuve par les années, Elizabeth devenant la représentante — autant par son comportement que par son apparence — d’un style dépassé qui peut pourtant encore porter ses fruits lorsqu’il est bien utilisé.

En vérité, si Peter Morgan échoue dans cette représentation ambivalente de l’image de sa reine, c’est lorsqu’il utilise le couple présidentiel que forment les Kennedy en optant pour l’exagération en saison 2. Ni Michael C. Hall (en John F. Kennedy) ni Jodi Balfour (Jackie) ne réussissent à renvoyer cette image complexe des Kennedy, entre le glamour médiatique et l’horreur des coulisses. Le temps imparti peut l’expliquer, mais les raccourcis scénaristiques pris pour y parvenir sont bien trop visibles.

La famille royale

Dans tous les cas, The Crown reste avant tout l’histoire de la famille royale. Une histoire d’héritage et de succession qui définit la place de chacun et ses devoirs envers son peuple.

L’admiration de Peter Morgan pour Elizabeth est palpable (au point de se refuser à l’égratiner) au même titre que l’ambivalence que représente son époux Philip. Prenant les devants en saison 2 (près de la moitié est tournée vers lui), le duc d’Édimbourg « pleurniche comme un enfant » plus que de raison. Le créateur refuse néanmoins de simplement condamner l’immaturité de Philip et veut lui donner du sens. Cela passe par une réflexion sur la masculinité, mais surtout sur un passé compliqué et des problèmes émotionnels en découlant. Le tout sans perdre de vue que Philip possède du caractère et n’a pas forcément sa langue dans sa poche — quelque chose qui a de quoi poser quelques problèmes au vu de son statut social.

Si Philip est difficile par moment à aimer, la série s’attache à explorer ses multiples facettes pour aider à mieux cerner cet homme à travers lequel les responsabilités royale et familiale prennent un autre relief. Et plus que tout autre personnage dans la série, il est bel et bien celui où il faut attendre le dernier épisode pour avoir la vision complète de Morgan à son sujet.

Philip n’est bien évidemment pas le seul à lutter face à sa position sociale, c’est aussi le cas de Princesse Margaret (Vanessa Kirby) que le créateur affectionne — avec un penchant pour la romanisation de son histoire pour mieux la placer en victime des circonstances. Sœur de la reine et Princesse jet-setteuse déconnectée d’une certaine réalité, Margaret se cherche en tant que personne, mais surtout recherche l’amour. D’abord auprès du sympathique Group Captain Peter Townsend (Ben Miles), puis avec le — soyons honnêtes —  bien plus divertissant Anthony Armstrong-Jones (Matthew Goode, né pour être un aristocrate sur le petit écran). Présentée comme le mouton noir de la famille, elle en ressort surtout nombriliste et souvent bel et bien d’être dans l’ombre des autres. Elle se retrouve bien trop définie par ses intérêts amoureux.

En termes de problème, elle reste dans l’ombre d’Edward (Alex Jennings) et Wallis Simpson (Lia Williams), deux personnes vaines, régulièrement exécrables, mais délicieusement divertissantes. En abdiquant, le frère de George a laissé son empreinte sur l’histoire royale — mais ce n’est pas que par ce moyen qu’il l’a fait. La figure la plus controversée de la famille Windsor jette une ombre sur ses proches et vient perturber à l’occasion une sorte de tranquillité. La visite d’Edward est au fond une sorte de crise à elle toute seule, l’homme apportant toujours dans son sillage un douloureux passé à gérer et son lot de problèmes actuels. Indirectement, il aide ainsi à mieux cerner les enjeux entourant la Couronne.


Au sein de ces deux premières saisons de The Crown, Peter Morgan a ainsi exploré la prise de pouvoir de la reine et l’évolution de la monarchie au cours de la première décennie de son règne. Entre sa place en tant que souveraine, les responsabilités familiales et un monde en ébullition, la série nous fait parcourir l’histoire (réelle ou inventée) sous différents angles – jonglant entre évènements bien connus et d’autres plus oubliés – en pouvant toujours s’appuyer sur une magistrale Claire Foy d’un bout à l’autre et soutenue par un casting parfait même dans ses rôles les plus anecdotiques.

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