The Handmaid’s Tale Saison 1 : La liberté est une notion relative (sur TF1 Séries Films)

Parfois présenté comme une version féminine de 1984, The Handmaid’s Tale ou la Servante écarlate est au point de départ un roman de Margaret Atwood publié en 1985. Devenu un classique dans son genre, une première adaptation cinématographique voit le jour en 1990 sur laquelle son auteure n’est pas impliquée.

Nous voilà 32 ans après sa publication face à une nouvelle adaptation, cette fois-ci sous la forme d’une série télévisée pour Hulu, déjà diffusée sur OCS et qui arrive ce week-end sur TF1 Séries Films. L’histoire nous entraine dans un futur dystopique où un régime totalitaire se reposant sur le fondamentalisme religieux a pris le pouvoir de force. La république de Gilead a orchestré un coup pour « sauver l’Amérique », le tout sur fond de problématique environnementale.

À la place des États-Unis se trouve maintenant le gouvernement de Gilead où les femmes se sont vues dépouillées de tous leurs droits. Elles sont divisées en trois classes : les Épouses sont à la tête de la Maison ; les Marthas entretiennent la maison et s’occupent de la cuisine ; enfin, les Servantes écarlates (ou les handmaids en VO) sont les reproductrices habillées tout de rouge. Lorsqu’une femme ne remplit pas son rôle, elle est torturée ou tuée pour faire un exemple ou déportée dans les Colonies où elles manipulent des déchets toxiques.

Développée par Bruce Miller pour le petit écran, The Handmaid’s Tale est d’abord l’histoire d’Offred (de son véritable nom June), qui est une servante écarlate venant d’être affectée à la maison du Commandant Fred Waterford (Joseph Fiennes). Nous plongeant dans un système oppressif, le récit est alimenté de flashbacks qui nous révèlent en partie comment Gilead a émergé.

Cette première saison couvre l’intégralité du roman d’Atwood. Des changements ont été effectués, à commencer par le choix créatif d’éviter la problématique raciale. L’équipe créative dépasse également le point de vue de June (Elisabeth Moss) pour poser les bases d’une histoire destinée à se poursuivre au-delà du matériel d’origine.

De l’exploitation du corps de la femme pour la reproduction au dépouillement de tout agenda personnel en passant par la manipulation de la foi pour servir ses propres intérêts, The Handmaid’s Tale se développe autour de la figure féminine pour explorer l’assujettissement et les moyens qui existe pour retrouver indépendance et individualité. Gilead possède des codes idéologiques qui se répercutent sur l’apparence de ses personnages. Une esthétique marquante en ressort, participant à rendre l’univers de Gilead aussi authentique que possible, pour mieux nous immerger dans les épreuves, souffrances et coup de révolte de ses personnages.

La série illustre rapidement, à travers l’histoire d’Emily (Alexis Bledel), autre servante écarlate, la manière dont Gilead fonctionne. Il faudra quelques épisodes pour que la série parvienne ensuite à retrouver ce niveau d’intensité.

La Servante écarlate
List Price: EUR 11,50
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Ce n’est pas foncièrement un mal, même si le récit en lui-même souffre de déséquilibre dans sa gestion de la tension sur la saison. Reste qu’au vu de l’univers, il est toujours appréciable de voir que l’équipe créative ne cherche pas qu’à provoquer des réactions vives et parvient même à injecter des notes d’humour là où on ne l’attend pas forcément. Et bien évidemment, un soupçon d’espoir. Malgré le contexte et le sentiment d’étouffement qui peut en ressortir, la série délivre un récit particulièrement riche qui pousse inexorablement à vouloir en savoir plus.

La plus grande réussite de The Handmaid’s Tale se situe dans ses portraits de personnages complexes. June est notre point d’entrée et s’impose alors comme une figure féminine qui gagne en détermination à chaque nouvelle épreuve qu’elle surmonte.

Cependant, la série excelle auprès de ses personnages féminins les plus ambivalents, suscitant une fascination indéniable pour Serena Joy (Yvonne Strahovski), l’épouse du Commandant, ou pour Aunt Lydia (Ann Dowd) qui supervise les handmaid. Il aurait été facile de les dépeindre comme des personnages malveillants, mais l’équipe créative se refuse à prendre une position réductrice.

Le propos n’est jamais simplifié, que ce soit dans ses portraits féminins ou dans la manière dont un tel régime peut émerger puis perdurer. En s’attaquant à l’oppression, la série interroge sur la notion de liberté. Elle explore ainsi les multiples pans (parfois conflictuels) du féminisme, du pouvoir et de la manipulation, la question identitaire, notre définition de la famille et du foyer, le pouvoir de la lecture, de l’écriture –  et tout simplement d’une histoire.

Il est légèrement regrettable de voir l’équipe de The Handmaid’s Tale utiliser des artifices pour créer un effet de style sur un plan esthétique, par exemple avec le slow-motion. C’est totalement superflu alors même que la série n’en a pas besoin. Elle brille bien plus dans le soin apporté aux détails, dans les échanges qui nous éclairent sur les lois régissant cette théocratie, dans les réactions vives de ses personnages.

Cette première saison de The Handmaid’s Tale nous plonge dans un univers angoissant qui décortique passé et présent pour tenter d’expliquer où tout à mal tourné et mieux contempler l’oppression qui en résulte. La série ne tombe jamais dans une forme de diabolisation simpliste, même lorsqu’elle illustre la cruauté pure et simple, et une résilience palpable s’insinue progressivement pour mieux orienter vers l’espoir et le futur. Il en ressort une saison déstabilisante, poignante et ambitieuse.


Déjà publiée en juin 2017, cet article consacrée à la première saison de The Handmaid’s Tale (disponible en DVD,) est remis en avant à l’occasion de l’arrivée de la série à partir du dimanche 30 septembre à 21h00 sur TF1 Séries Films. La saison 2 a été mise en ligne sur Hulu en 2018 et une saison 3 a été commandée.

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