The Innocents Saison 1 : Une métamorphose sans conséquence

Durant un morose été niveau nouveautés, Netflix lance en catimini The Innocents, une série fantastique britannique en huit épisodes créée par Hania Elingkton et Simon Duric. Alors que June (Sorcha Groundsell) et Harry (Percelle Ascott) fuient deux situations familiales étouffantes, la jeune fille se découvre de mystérieux pouvoirs qui pourraient expliquer la disparition de sa mère trois ans auparavant.

Dès lors, leur fuite aura pour but non pas de vivre leur jeune amour, mais de trouver des réponses à ce qui arrive à June, ce qui les mène à déterrer bien plus de secrets qu’ils auraient voulu en découvrir. En parallèle de cela, alors que John, le père adoptif de June, veut la retrouver, la mère d’Harry mène l’enquête des Pennines Five, du nom de cinq personnes étant tombées dans le coma le même soir où Elena, la mère de June, a disparu.

Le pilote réussit une mise en place vraiment intrigante en éludant presque tout ce qui va caractériser le récit. Seules quelques billes de compréhension nous sont données ici et là, mais c’est surtout de l’histoire d’amour entre June et Harry dont il est question.

The Innocents se veut alors être une sorte de Bonnie & Clyde moderne et fantastique – sous l’influence évidente de The End of The Fucking World et se terminant avec Romeo et Juliette en tête. Toute cette première saison tente alors de nous vendre cette bluette adolescente comme un amour indestructible malgré les adversaires extérieurs et intérieurs. Elle ne parviendra jamais à être aussi épique qu’elle le veut, par manque d’alchimie, et ce, malgré une fin plutôt forte.

Elle devient alors surtout vectrice des mouvements des personnages qui, de Londres à la Norvège en démarrant par la banlieue britannique, va nous faire voyager à la recherche des origines du pouvoir de changement de corps (shapeshifter) de June. Mais courir à travers le monde ne donne pas pour autant l’impression que le récit avance aussi vite qu’il aurait pu et paraît alors être un artifice pour combler un récit assez fin.

Le concept de la série, bien qu’intéressant, manque clairement d’enjeux clairs et importants. S’il permet un questionnement sur l’identité et le corps à un âge où il est le plus pressant, le shapeshifting n’est jamais exploité pleinement. Que ce soit dans les motivations de Ben Halvorsen (Guy Pearce), la détresse de ses patientes et « amies » ou l’étendue des possibilités de ce pouvoir, rien ne sera vraiment fait pour que l’on ait le sentiment que quelque chose d’important se joue ici, contrairement à ce qu’a pu faire maladroitement Sense8 dans le registre.

Les personnages secondaires, eux aussi, sont ici pour remplir du temps d’antenne avant de passer à la prochaine étape du récit. Christine Polk (Nadine Marshall) avale bien trop vite l’aspect surnaturel de son enquête de police pour que cela soit crédible ; Steinar (Jóhannes Haukur Jóhannesson) et Ryan McDaniel (Andrew Hughes) ne sont que des accessoires à l’utilisation vraiment floue ; et Runa (Ingunn Beate Øyen) et Kam nous livrent une tragédie familiale superflue par rapport à celle qui se joue déjà chez June. Il n’y a que la dynamique entre le père de Harry et son fils qui aurait mérité plus d’attention, étant intéressante par la coupable responsabilité du fils envers lui.Quand arrive la fin de la saison, les fils se dénouent, le masque tombe pour Bendrik et… c’est tout. Le climax n’en est pas un, le méchant ne l’a jamais vraiment été, caractérisé ainsi dans les dernières minutes et avec des motivations tellement floues que l’on ne comprend pas comment cela a pu se terminer ainsi. Il faut attendre les dernières secondes pour que quelque chose de réellement intéressant se joue, mais l’empathie pour les personnages à ce stade est totalement absente.

Ce qui aide The Innocents à se démarquer des autres productions Netflix, c’est sa réalisation, à mi-chemin entre le drame britannique dans sa façon de filmer la famille et la jeunesse, et le polar nordique pour son ambiance et ses paysages. Ce serait parfois à s’y méprendre si l’accent anglais n’était pas là pour nous rappeler où nous nous trouvons. Farren Blackburn (The Fades, Doctor Who) et Jamie Donoughe (The Last Kingdom) font un excellent travail pour emballer leur aventure adolescente et la démarquer du genre, aidés par une B.O. plutôt bien pensée et pour une fois, assez discrète.

En ne sortant jamais des sentiers battus, The Innocents peine à dépasser l’intérêt que suscite son épisode pilote, aussi bien emballée soit-elle. La paresse de son écriture se fait sentir tout au long d’une saison sans enjeu ni passion. Ce sont huit épisodes durant lesquels le destin de June et Harry importe peu et laisse sur plus de frustrations qu’autre chose.

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