The L Word : leur monde à elles

Elles sont belles, intelligentes, volages, pénibles, rancunières, cruelles, amies, ennemies, amantes, sœurs. Elles, ce sont Bette, Tina, Alice, Dana, Shane, Helena, Kit, Jenny, les héroïnes de The L Word.

Lancée en 2004 par la chaîne Showtime, The L Word venait palier une double absence : un manque réel dans le paysage télé américaine de personnages lesbiens qui se dépeignent comme tels et une série traitant d’homosexualité féminine et seulement de cela pour faire face à Queer as Folk, la série gay en fin de carrière de la chaîne (2000-2005).

Aux commandes de ce produit glam’ et provoc, Ilene Chaiken, une obscure scénariste dont le maigre CV affiche le très mauvais Barbwire avec Pamela Anderson. Pourtant, Chaiken a pour elle de savoir de quoi elle parle (elle est une lesbienne assumée, en couple avec enfants) et s’entoure d’un casting brillant dont la tête d’affiche n’est autre qu’une vedette des années 80 presque tombée dans l’oubli après Flashdance, Jennifer Beals dont la série finira par révéler tout le sex-appeal. Elle fait également appel à Pam Grier (égérie du cinéma de blaxploitation), remise brièvement au goût du jour par Tarantino et sa Jackie Brown. À part ces deux-là, le reste de la distribution est constitué d’inconnus ou presque (Laurel Holloman, aperçue dans Angel, Kate Moenning dans Young Americans, Mia Kirschner chez Atom Egoyan).

Pari risqué pour Chaiken qui se révèle toutefois payant, la saison 1 étant une complète réussite à tout point de vue. Non sans se départir de son côté clairement provocateur, la série fait sens dans la mesure où les situations dépeintes sont aussi bien adaptables aux hétéros qu’aux homos. En couple depuis 7 ans, Bette (Beals) et Tina (Holloman) décident d’avoir un enfant. D’où parcours du combattant entre recherche de donneur et rendez-vous médicaux frustrants jusqu’à ce que les fondations du couple s’en ressentent. Kit (Grier), sœur de Bette, chanteuse sur le retour et alcoolique semi repentie combat ses démons alors que Dana (Erin Daniels), joueuse de tennis professionnelle vit dans le placard de peur de perdre ses sponsors. De son côté, Alice (Leisha Hailey) la journaliste bisexuelle cherche l’amour des deux côtés alors que Shane (Moenning), l’androgyne passe de filles en filles en brisant les cœurs. Mais c’est finalement grâce au personnage de Jenny que le téléspectateur pénètre dans l’univers L wordien. Jeune écrivain provinciale, elle monte à L.A. pour rejoindre Tim (Eric Mabius, Ugly Betty), son petit ami qui se trouve être le voisin de Bette et Tina. Au détour d’une soirée de quartier, Jenny fait la connaissance de toute la bande et tombe sous le charme de Marina (Karina Lombard, Suspectes). C’est là le début d’une histoire d’amour contrariée qui révélera à Jenny sa vraie nature.

Malheureusement The L Word ne restera pas très longtemps fidèle à elle-même avec des saisons de moins en moins rigoureuses où les scénaristes oublient la notion même de mythologie et de continuité, et ce, malgré l’ajout de deux personnages très intéressants en début de saison 2, Helena (Rachel Shelley) et Carmen (Sarah Shahi). Certaines actrices s’en vont (Karina Lombard, Erin Daniels), remplacées par d’autres qui détalent tout aussi vite (Janina Gavankar, Sarah Shahi) et Chaiken fait de plus en plus appel à des guests pour palier au manque d’imagination de ses scénaristes : Cybill Shepperd, Marlee Matlin, Rosanna Arquette, Camryn Manheim, Kristanna Loken, Kelly Lynch, Elodie Bouchez (!).

Malgré quelques bonnes décisions scénaristiques (une maladie, un deuil), les saisons 3 et 4 sombrent dans le médiocre et vont même jusqu’à faire régresser certains personnages à l’image de Shane, passablement pathétique.

La saison 5, diffusée en janvier dernier, laissait poindre une lueur d’espoir avec une trame narrative traduisant un certain recul. Jenny décide d’adapter le roman de la vie de ses copines sur grand écran et les personnages se retrouvent donc à cohabiter avec leurs vrais/faux doubles. Une très bonne idée traitée avec plus ou moins d’intérêt, mais qui laisse augurer du mieux, si ce n’est du meilleur pour cette ultime saison 6 qui démarre dans quelques jours.

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