L’heure du départ approchant, Michael adresse ses adieux à ses collègues de bureau.

Michael Scott quitte The Office, un évènement de taille qui méritait bien qu’on s’y arrête.

La conclusion du dernier épisode montrait une volonté claire de faire naître l’émotion. À travers une improbable chanson intitulée sobrement 9 986 000 minutes, les employés résumaient leur attachement à Michael et leurs aventures vécues auprès de lui. Loin du temps où l’ultime récompense était de ne pas participer aux Dundies, cérémonie montée de toutes pièces par et pour le patron, toute la troupe mettait en valeur une affection difficilement dissimulable même pour ceux qui paraîtraient d’emblée moins enthousiastes (Stanley, Angela, Toby…). Le but pas si caché que cela étant de rassembler tout ce petit monde, devant et derrière l’écran, autour d’une même émotion largement visible sur le visage de Steve Carell.

Contrairement à ce que l’on pouvait attendre, cet épisode s’oriente dans la direction inverse. Prenant tout effet larmoyant à contrepied, il propose une sobriété peu en accord avec le personnage du boss. En annonçant dès le début au comité des fêtes reformé pour l’occasion qu’il ne veut pas de drame, Michael se tire une fléchette dans le pied. Alors qu’il devrait ajouter de l’huile sur le feu du comité bouillonnant, il s’efface littéralement de la fête prévue en son honneur.

Pourtant, si le départ n’est évoqué clairement qu’à peu de reprises, il est présent partout, sur les santiags que porte Michael au tout premier plan jusque dans la gêne ressentie face au comportement du nouveau manager.  La tension est sans cesse sous-jacente, surtout par ce paradoxe construit grâce à sept années de travail : alors que les employés n’ont jamais voulu d’une intervention d’un patron hyperactif dans leurs sphères personnelles, ils l’invitent ici à déjeuner ou lui courent après à l’aéroport. Représentée par le jet de sa tasse fétiche dans la poubelle, l’affection de ses employés est enfin gagnée grâce à ce départ soudain. Tous les doutes du monde n’y peuvent rien, le mauvais timing est partout, comme ces gants que Phyllis ne peut finir. La gêne, les larmes qui ne sortent pas, les mots qui se dérobent, les regrets et les espoirs difficilement formulés, tout ça n’est pas très télévisuel, mais affiche une très juste sensibilité.

Le fil rouge des différents adieux était bien sûr inévitable, tout comme sa construction, les personnages plus neufs pour les téléspectateurs sont traités avec légèreté, tandis que Jim, Pam ou Dwight, véritables pionniers qui auront la lourde tâche de faire subsister l’esprit des débuts, constituent les sommets des montagnes russes de l’épisode. Il est donc assez émouvant de voir l’habituel cynisme de Dwight mis en pièce par la lettre de recommandation de Michael, cette étrange relation entre vrai camaraderie et rivalités ponctuelles peut alors se terminer dans la projection de billes de peinture, sans effets tire-larmes inappropriés. Les adieux en forme de faux suspens avec Pam restent le point culminant, où là encore notre attention est attirée pendant tout l’épisode avant une résolution pleine de retenue. Des pétards alors que l’on attendait des feux d’artifice.

Michael Scott : Hey, will you guys let me know if this ever airs ?

En interrogeant pour la première fois directement les types qui sont derrière les caméras, Steve Carell s’offre une envolée efficace. Ainsi après sept années de filmage en continu faussement utile, un personnage questionne enfin les conditions d’existence du show. L’effet est également pertinent pour la suite, qui n’est jamais perdue de vue par les scénaristes, et cela permet de rappeler au téléspectateur que The Office, ce n’est pas seulement Michael Scott, mais un dispositif complet au service de ses personnages.

Nul doute que la série aura du mal à se remettre pleinement de ce départ. Pourtant, l’accent est clairement mis sur la suite avec les deux storylines placées en parallèle. Si le triangle amoureux entre Erin, Gabe et Andy peine à trouver un intérêt face au tsunami du départ de Steve Carell, il permet de focaliser l’intérêt sur un après, de limiter le sentiment d’apocalypse que l’on pourrait ressentir vis-à-vis de la série au moment où Michael pose un pied dans l’aéroport. Le principe est encore plus visible lors de la visite à un client d’Andy et Deangelo, ce dernier reprend clairement le rôle du boss, il devient ici le boulet incompétent et pathétique que les employés, plus doués, doivent laborieusement traîner. La saison n’est pas finie malgré ces allures de fin de série, le personnage de Ferrell doit encore trouver une place qui reste pour l’instant bien semblable à celle de Scott. Pas assez différent pour éclipser la marque quasi indélébile laissée par l’ancien patron, il reste du travail pour  tenter de renouveler les effets comiques sans les oublier complètement.

Finalement, le défi était risqué : diminuer le tragique du départ, faire échouer la caricature au dernier moment après sept ans de bons et loyaux services n’était pas la voie la plus facile à emprunter. Reste enfin cet ultime pied de nez fait par Michael au téléspectateur, plaçant clairement ses collègues de bureau en dessous d’Holly, eux qui ont cohabité pendant autant de temps. Le patron qui s’était agité tant de fois pour trois fois rien, faisant remuer tout son corps pour des clopinettes, ne bouge pas d’un poil pour son départ définitif, ne le fête pas en faisant des figures de gymnastiques improbables et ratées, voilà sa dernière pirouette.

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