The Society Saison 1 : La société américaine pour les nuls

18 Mai 2019 à 15:00

Quoi de mieux pour étudier les comportements des êtres humains que d’en enfermer un petit nombre dans une situation de crise ? Petite astuce : cela fonctionne encore mieux avec des adolescents bourrés d’hormones et d’orgueil, prêts à partir en vrille à la moindre contrariété. En reprenant ces bases, directement inspirées par le classique de la littérature Sa Majesté des Mouches, Netflix propose The Society, une série pour ados aux airs d’expérience sociale.

Pas d’île déserte, mais une petite bourgade bourgeoise du Connecticut amputée de l’intégralité de ses habitants à l’exception d’un bus scolaire de jeunes lycéens qui doivent alors s’organiser pour survivre. Avec cette création originale, Christopher Keyser, papa de La Vie à Cinq, revient de manière détournée à ce qui avait fait son succès, l’isolement adolescent. À la réalisation, on retrouve le talentueux Marc Webb qui ne manque pas de s’autoréférencer avec un petit extrait de (500) jours ensemble.

Un faux départ qui a bien failli être létal

Disons-le franchement, le pilote de The Society est une catastrophe. Les dialogues sont ridicules, les acteurs n’ont aucune idée de ce qu’il se passe, tout va très vite et l’ensemble est excessivement saccadé. Ce serait pourtant dommage de s’arrêter là, car ce début terrible est suivi d’une inattendue reprise en main. Pas d’épiphanie, mais plutôt une appropriation tardive du potentiel du script et des personnages qui rendent le propos de plus en plus cohérent et prenant.

Les scénaristes prennent des risques, notamment avec l’épisode 3 qui recadre The Society et instaure une tension beaucoup moins artificielle. Dès lors, l’intrigue se déroule de façon étonnamment fluide et particulièrement bien rythmée. En plus du fond qui gagne en intensité au fils des épisodes, on ne s’ennuie jamais. Les événements s’enchaînent sans précipitation, alternant habillement rocambolesque et temps de battement. On en sort rarement surpris, mais jamais avec un arrière-goût d’arnaque.

D’un mauvais soap, The Society se transforme en survival intelligent et trouve son ton. Majoritairement grave et sombre, elle s’autorise d’excellents moments d’ironie, signe d’un recul bienvenu sur la situation. Pour désamorcer les lourdeurs et apporter un peu de fraîcheur, on se moque gentiment de ses gringalets qui jouent aux médecins ou aux policiers. Si la réalisation reste froide et classique de bout en bout, la musique rattrape le tout et offre un supplément d’âme aux épisodes.

Des adolescents au cœur de l’apocalypse

L’une des grandes forces de The Society est son casting, globalement composé de jeunes brillants et prometteurs. Même lorsque l’intrigue dérape, les personnages et leurs interprètes portent la série et conservent notre intérêt. Dans la bande, on retrouve le quarterback mignon, la fille timide, les leaders, les petits cons, le gay refoulé, le geek… mais ces derniers s’émancipent vite des archétypes qui leur sont attribués. Miracle notable pour le genre, les ados ne sont pas trop détestables.

L’analyse des relations, notamment le rapport complexe d’admiration et de jalousie entre sœurs ou les injonctions sociales dans un groupe de mecs supposément virils, est surprenante de pertinence. La prouesse en la matière revient à l’établissement de la relation toxique entre les personnages d’Elle (Olivia DeJonge) et de Campbell (Toby Wallace). La façon avec laquelle ce sociopathe avéré choisit sa victime, l’isole et la manipule pour mieux la violenter est criante de réalisme. On en vient à se demander si ce sont bien les mêmes scénaristes qui ont écrit Will (Jacques Colimon) et Allie (Kathryn Newton), dont les réactions, pourtant plus standards, manquent souvent de cohérence.

Un sous-texte politique passionnant et plutôt fin

Malgré des indices semés çà et là pour expliquer le pourquoi du comment de la situation, The Society délaisse le côté fantastique pour se concentrer sur les aspects pratiques. Pour éviter l’anarchie, il faut très vite trouver des réponses aux questions qui secouent le monde politique depuis la nuit des temps. Comment mettre en place une société cohérente avec une place pour chacun ? De quelle façon forcer des gosses de riches à travailler pour le bien commun ? Qu’est-ce que la justice et qui en décide ?

Tout n’est pas toujours très adroit, mais le groupe d’ados n’a pas peur d’aborder de vrais sujets et de proposer des solutions qui, à leur grand dam, retombent dans les travers qu’ils dénonçaient. Conserver un semblant d’ordre en période de crise pousse les personnages dans leurs retranchements et questionne les limites de l’acceptable et la place de la force brute. The Society s’aventure notamment sur le terrain miné des armes à feu et, sans avoir la prétention de régler le problème, soulève les bonnes questions.

Cette mini-société adolescente reflète les principales failles du système américain et tombe finalement peu dans la caricature à ce niveau. Elle aborde aussi les questions de respect, de consentement, d’égalité homme-femme — sujet sur lequel elle n’évite malheureusement pas les clichés — et des différents types de maltraitances et d’humiliations, physiques et psychologiques.


Des prémices proches de The 100, une ambiance à Lost, huis clôt à la Under the Dome, The Society propose une étude de cas qui n’est pas sans rappeler The Leftovers, la poésie en moins. Bien que hautement perfectible dans son écriture, elle s’impose grâce à son propos pertinent et à ses personnages attachants comme étant l’une des meilleures séries à destination des jeunes adultes de Netflix.

Tags : Netflix The Society moins...
Spoiler Alert!
Veuillez suivre les règles suivantes concernant les spoilers dans les commentaires :
1. Sur la critique d'un épisode, ce qui concerne les épisodes à venir est considéré comme étant spoiler (idem pour ce qui concerne les saisons).
2. Vous avez le droit de mettre des spoilers dans vos commentaires, mais le contenu sensible doit être placé entre les balises <spoiler>....</spoiler> afin de protéger les autres lecteurs.
Critictoo Newsletter
Inscrivez-vous à la newsletter Critictoo pour ne plus rien manquer de l'actualité du site, des séries et plus.
©2006-2017 Critictoo, le webzine des séries TV - powered by Wordpress. Critictoo.com participe au Programme Partenaires d'Amazon EU, un programme d'affiliation conçu pour permettre à des sites de percevoir une rémunération grâce à la création de liens vers Amazon.fr.
Nos partenaires : DVD Series | Amazon | HypnoSeries | Tous nos partenaires

Critictoo dans ta boite mail !

Recevez notre Newsletter hebdomadaire pour suivre l'actualité, découvrir des séries et ne rien manquer tout simplement.
Inscris-toi !
close-link