The Sopranos – Made In America
Un évènement important allait se produire le 10 juin 2007 dans le petit monde de la télévision. La fin des Sopranos avait été arrêtée. Toute la presse américaine y va de son commentaire. Il faut dire qu’après 8 ans et demi et 6 saisons, cette série a fait plus que donner sa lettre de noblesse à HBO. Certains y voient plus que la fin d’une série, mais presque la fin d’une ère, celle de la grandeur d’HBO. Lors de son lancement, The Sopranos a ni plus ni moins changé la face de télévision américaine. Certains la qualifieront de meilleure série de tous les temps, d’autres se contenteront d’essayer de l’imiter, et d’autres encore, ne l’ont toujours pas vu, voir pire, n’y ont rien compris. Que l’on aime ou pas The Sopranos, il est indéniable que sa qualité d’écriture et de réalisation a eu un impact sur le reste des productions tv américaines. Chaque épisode est traité comme un petit film. Les décors, les plans de caméra, l’ambiance, tout est travaillé et mis en valeur par un casting hors norme, mené de main de maître par James Gandolfini qui a peut-être trouvé ici son seul grand rôle, mais quel rôle !

On a laissé Tony planqué, Bobby à la morgue, Silvio dans le coma, et on reprend au même endroit. Comme toujours, les choses ne vont pas trainer, et l’affaire se conclura dans un hangar froid et humide avec à la clé, la future mort de Phil, qui a poussé le bouchon trop loin. Une mort qui interviendra beaucoup plus tard dans l’épisode, mais qui aura le mérite d’être marquante. Ce n’est pas tout les jours qu’un gars, après avoir pris une balle en pleine tête, se la fait écraser par un SUV. Tony Carmela et les enfants retrouvent leur foyer. Meadow voit son avenir avec Patrick, le fils de Patsy. AJ décide de s’engager dans l’armée, mais Tony va réussir à le faire changer d’avis. Sa dépression n’est pas terminée, mais il commence à remonter la barre. La famille va mieux.

Mais Tony doit aussi s’occuper de son autre famille, et Paulie est le seul qui reste. Celui-ci vieillit et ne veut pas spécialement avoir plus de responsabilités. Il finira par accepter.

Les choses s’arrangent donc, la vie revient à la normale, mais il semble qu’il y a un manque pour Tony, sa thérapie. Quand il rencontre la psy d’A.J., il ne va pas pouvoir s’empêcher de parler de lui et de sa mère. Il est clair qu’il avait encore besoin du Docteur Melfi.

Le dernier épisode n’aurait pas pu être complet si nous n’avions pas vu l’oncle Junior. Tony se décide enfin à aller le voir. Bien que toujours énerver contre lui en arrivant, voir le vieil homme devenu sénile et ne pas se souvenir de lui va le toucher. Peut-être va-t-il commencer à lui pardonner ?

Comme vous le voyez, je parle de Tony et de ce qu’il peut faire, car oui, il ne meurt pas à la fin. En fait, on ne le saura pas. La vie continue et sa prochaine étape sera d’affronter le procès qui lui pend au nez depuis quelques saisons déjà. Peut-être finira-t-il comme Johnny Sack. On ne le saura pas. Certains parlent d’un film qui donnera une suite. Il faut dire que la fin a de quoi laisser perplexe sur le moment, mais prend tout son sens quand on y réfléchit. Tony est rejoint dans un petit restaurant par Carmela, puis A.J., tout ce passe bien, quand Meadow entre dans le restaurant, l’écran devient noir. Fin. Ce qui rend cette scène étrange, c’est que la majorité des clients sont filmés comme si ils étaient des menaces imminentes. Je ne vais pas faire dans le métaphysique, mais il est fort probable, et voyez là mon interprétation personnelle, qu’en filmant de la sorte David Chase est voulu symbolisé les menaces permanentes qui tournent autour de Tony et l’imprévisibilité qui les caractérisent et qui a d’ailleurs caractérisée toute la série. On peut y réfléchir longtemps, et là, David Chase a réussi à faire ce qu’il avait dit, marquer les esprits et faire parler les gens. Les articles sur le sujet, sur cet écran noir, sur cette fin, commencent déjà à foisonner sur le net. Géniale pour les uns, déroutante pour les autres, mauvaise pour certains, une chose est sure, cette fin ne laisse pas indifférent.

Je suis devenu fan de la série dès le premier épisode que j’ai vu. Il est assez dur d’accepter une fin, mais au début seulement. Je pense qu’une bonne série se doit de ne pas être éternelle. Pour les Sopranos, certes, on en aurait voulu plus, mais la série a fait son temps, et n’a pas fini de vivre pour autant. Une chose est sure aujourd’hui, la télévision américaine est en deuil. Plus les ans passent et plus je me demande ce qu’il va rester à regarder. Avec l’arrêt des Sopranos, la question prend de plus en plus d’importance. Elle a changé la façon de faire de la télévision, certes, mais il est clair qu’aujourd’hui, les séries qui pourraient revendiquer l’héritage des Sopranos sont elles aussi en voie de disparition. Les blockbusters envahissent nos écrans de télévisions, comme au cinéma. On entend plus que rarement un directeur de chaine, un créateur ou un producteur dire « je veux faire le nouveau Sopranos« , mais plus « Je veux faire le nouveau Heroes« . Tony Soprano est entré dans les livres d’histoire et son dernier dialogue avec son fils sera sur le fait de se concentrer sur les bons moments, d’essayer de se souvenir du bon temps. Un bon conseil à suivre, et surement un message de David Chase à ses fans, souvenez-vous de ses 6 merveilleuses saisons. On va le faire, pas de doutes là-dessus.