Chaque hiver, les networks américains commandent des centaines de scripts pour des pilotes de séries. L’été, un petit nombre de ces scénarios sont produits. De ces productions, un quart seulement est choisi et se retrouve sur la grille d’automne. Le reste ne voit jamais la lumière du jour. Ceci est l’histoire d’un pilote.

Mike Klein (David Duchovny) est scénariste. Il a donné le jour à un script de pilote : un jeune homme retourne chez lui après le suicide de son frère. Une histoire personnelle, son frère s’étant ôté la vie. Son pitch, son idée a été choisie. La machine est en marche.

En cours de route, il y a plusieurs occasions de s’arrêter. The TV Set décrypte le procédé d’évolution d’un pilote, de sa création à sa mise à l’antenne. Il tisse son histoire sous fond de critique du monde télévisuel tout simplement, et de son spectateur.

Le projet de Mike est personnel et original. Dans le processus de création, il est assisté par son manager Alice (Judy Greer) qui s’occupe de maintenir de bonne relation entre le scénariste et la chaine, incarné par Lenny (Sigourney Weaver) et Richard McCallister (Ioan Gruffudd). L’idée du film est simple et sans équivoque : montrer comme une idée artistique est complètement détruite par la chaine. Du choix des acteurs, au changement du pitch de base, jusqu’au  nouveau titre du show, nous aboutissons sur un produit commercial complètement différent de ce qui nous était proposé au début du film.
Nous suivons Mike tentant de lutter comme il peut, voulant conserver l’essence de sa série. Il sait qu’il ne fait pas The Sopranos, mais ce n’est pas une raison de participer au développement de la médiocrité. Il n’empêche, sa femme est enceinte de leur deuxième enfant, et il faut de l’argent. Ce n’est clairement pas ce qui primera, mais cela sera bien entendu un paramètre à prendre en compte.
La chaine donne son aval pour ses acteurs : une jeune femme, Laurel Simon (Lindsay Sloane) et surtout l’acteur principal, le débutant Zach Harper (Fran Kranz), qui prend progressivement la grosse tête et devient littéralement insupportable et imbu de sa personne. Cet acteur, Mike n’en voulait pas, mais a cédé à la chaine pour conserver l’idée du suicide du frère. Seulement Lenny n’aime pas cela, c’est trop triste, les gens n’aiment pas les enterrements. Mieux encore, c’est original, et l’originalité lui fait peur. Cette idée incarne parfaitement la difficulté d’évolution de la série télévisée en tant que programme où les chaines produisent toujours la même chose, car ce qui sort de l’ordinaire n’est pas ce que le public veut.

Le spectateur dit l’inverse : il dit vouloir des choses différentes. Ce dernier, bien que n’occupant jamais une place visible dans le fond, ne sera pas pour autant épargné. La chaine a un énorme succès : une émission de télé-réalité baptisée Slut Wars. Caricature de ce type de programme, où il faut un visage familier que les gens aiment, où il faut que cela soit sexy, Slut Wars est un hit. Un programme qui va à l’encontre de tout procédé artistique, une émission que tout scénariste un tant soit peu engagé ne peut aimer, car il s’agit de simple produit commercial sans une once de créativité. Le spectateur fait le succès d’une série, d’une émission, qu’elle soit bonne ou fortement mauvaise. Il lui arrive même, dans cette salle de test, de choisir le mauvais programme. Le public a aussi peur de l’originalité. Il en réclame, mais quand il en voit, il ne comprend pas.

La série de Mike va-t-elle se retrouver à l’écran ? Après avoir quasiment tout sacrifié, la série n’est pas sur la grille de programmes, il n’y a simplement pas de place. Un simple concours de circonstances lui permettra sa mise à l’antenne à l’automne, si son créateur accepte bien entendu les conditions de la chaine, c’est-à-dire, le pitch de base complètement modifié et un nouveau titre. C’est l’incarnation pure de la roulette russe. Il trouvait tous que c’était un bon pilote, ce n’est pas pour autant qu’ils lui ont fait une place sur la grille. C’est en apprenant ce qu’un concurrent allait programmer qu’ils ont dû faire des changements. C’est à ce moment bien précis que toute l’ironie de l’histoire et du processus de création apparaît, montrant que le dernier élément déterminant pour donner le jour à une série se nomme la chance.

The TV Set offre un regard ironique et réaliste sur les coulisses de la télévision. Considéré par certains comme pouvant faire office de documentaire sur le sujet, le film, contenant quelques défauts, nous offre le portrait d’un monde où la lutte est sans fin et quasiment perdue d’avance, où les grandes chaines détruisent des séries artistiques pour nourrir un public non regardant, ou simplement pour faire rentrer le programme dans les clous. Acerbe et malheureusement vrai.

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CaroleC
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