The Twilight Zone Saison 1 : Que vaut la nouvelle dimension de Jordan Peele ?

The Twilight Zone Saison 1

L’espace. Une porte s’ouvre. Une fenêtre se brise. Un œil. La voix de Rod Serling annonçant « you’ve just crossed over into The Twilight Zone ». Quelques flashs qui témoignent de l’impact encore vivace sur certains seriephiles de cette série diffusée entre 1959 et 1964 sur CBS. Au fil du temps, l’œuvre de Rod Serling a connu d’innombrables suites, remake et reboot qui ont marqué par leurs piteuses qualités.

Il n’y avait donc rien d’étonnant a revoir, une nouvelle fois, cette Twilight Zone sur les petits écrans américains. Surtout que, depuis quelques années, les séries anthologiques lorgnant vers l’horreur, la SF ou le fantastique ont la cote auprès du public. Que cela soit autour de saison entière consacrée a une histoire spécifique comme American Horror Story, Channel Zero, The Terror ou alors avec chaque épisode narrant une aventure différente comme Black Mirror ou Weird City. Bref, The Twilight Zone se devait de se rappeler à l’esprit du public et comment mieux le faire qu’en se payant le dernier prodige d’Hollywood ; Jordan Peele et une armada de scénaristes parmi lesquels Glenn Morgan (The X-Files, Space 2063), Heather Anne Campbell (Saturday Night Live, Corporate) ou encore Alex Rubens (Community, Key & Peele).

Apprêtez-vous à entrer dans une nouvelle dimension ou la voix suavement grave de Jordan Peele viendra murmurer à l’oreille les choses les plus inimaginables. Une dimension où vous serez témoins des événements les plus étranges, un podcast pouvant tuer, une caméra pouvant rembobiner le temps ou un enfant pouvant devenir président des États-Unis. Pour vous aider à remettre un peu de logique dans tout cela, il vous faut pénétrer cette dimension au travers d’un classement épisode par épisode, du meilleur au moins bon.

1. Blurryman (1.10)

 Je me dois de taire l’histoire qui entoure Blurryman. Tout simplement, car — dans la plus grande tradition de la série — cet épisode est à twist, et dans le présent cas on pourrait même dire à twist multiple. Une structure qui permet de capter et garder l’attention du spectateur prit dans ce récit qui injecte autant de mystère que de trait d’humour savamment dosé.

Sans trop en dévoiler, Blurryman interroge la nature profonde de The Twilight Zone. Faire un revival de la série de Rod Serling, c’est s’attaquer à une connexion intime entre le spectateur et le show. Comme d’autres avant et après elle, la série n’est plus seulement une création télévisuelle, elle est un objet de pop culture, un objet de culte pour certains, faisant qu’elle ne raisonne pas de la même façon en chacun de nous. Au cœur de cela, l’épisode pose une question : qu’est-ce que la Twilight Zone ? Peut-on réellement définir le show de Rod Serling ? Est-ce une œuvre d’art ? Un produit commercial ? À cela, Blurryman clame que la série est au milieu de tout cela, une œuvre populaire et exigeante, faite de défauts et qualités, de réflexions et de facilités. Autrement dit, un questionnement méta des plus extra.

2. Nightmare at 30,000 feet (1.02)

Un journaliste trouve sur son siège un lecteur MP3 dans lequel est enregistré un podcast relatant avec précision l’accident dont va être victime l’avion dans lequel il se trouve. Ce synopsis vous semble un brin familier ? Rien de plus logique puisqu’il s’agit d’une modernisation d’un épisode culte de The Twilight Zone avec William Shatner, déjà remaké par George Miller lors du film maudit de 1983.

Le récit diablement efficace s’avère riche en sous-texte, décortiquant les travers d’une époque d’hypercertitude où l’information pullule et où le recul n’est plus de mise. Adam Scott y campe un journaliste pris d’un désir profond de reporter ce qu’il sait, mais ne prenant pas la distance nécessaire. La paranoïa s’installe et laisse planer une menace, la Fake News. À cela s’ajoute la notion de pardon qui est ici agonisante. Elle démontre que l’époque n’épargne rien et tient responsables les mauvais personnages ou les raisonnements simplistes. En d’autres termes, un beau tour de force.

3. The Comedian (1.01)

Samir Wassan est un comique qui peine à convaincre le public. Pourtant, un soir, après une rencontre, il va parvenir à faire rire aux éclats son public en dispatchant des détails sur des personnes de son entourage sans se douter des répercussions que cela engendre.

Si l’épisode ne possède pas l’efficacité de Nightmare at 30 000 feet, il est tout aussi dense en thématiques. Critique acerbe d’une société qui n’accorde plus aucune importance au fond où se gaver d’un humour gras venant titiller nos instincts les plus primitifs. Autrement dit, se moquer d’autrui, de leurs malheurs, échecs ou défiances… une illustration parfaite d’une époque où le cœur se meurt. Au milieu de cela, une question : jusqu’à quel point peut-on concéder ses idées pour l’adrénaline du succès ?

4. Replay (1.03)

Nina, une mère afro-américaine, accompagne son fils Dorian dans sa nouvelle faculté. Immortalisant ses derniers instants avec une camera, elle réalise que celle-ci peut remonter le temps, une chose bien utile alors qu’un policier raciste se met à les suivre.

L’épisode conjugue deux thématiques majeures. L’une, spirituelle, évoque la notion de destinée. L’autre, politique, agrippe le sujet des violences policières envers la communauté afro-américaine. Tout cela entremêlé dans une boucle à l’apparence redondante. Or, ce récit qui reprend une structure similaire à Alien (3 actes puis un 4e inattendu), permet de souligner que quand on est afro-américain, il ne faut jamais baisser sa garde. Le sentiment de sécurité n’existe jamais, la peur ne s’efface pas, car l’oppression est institutionnalisée, être noir même dans The Twilight Zone, c’est risquer trois fois plus sa vie face à un policier qu’un blanc. Terrifiant.

5. Not All Men (1.07)

Une pluie de météorites enclenche un curieux changement chez les hommes, créant une terreur dans le reste de la population féminine.

Vous l’aurez aisément compris, l’épisode est évidemment à mettre en rapport avec l’émanation du mouvement #MeToo. Ici, la scénariste Heather Anne Campbell choisit l’approche la plus frontale au sein d’une narration digne de The Purge ou Get Out (oh tiens Jordan Peele). Dans cette attaque viscérale de la masculinité toxique, on aurait pu craindre que la pluie de météorites, événement fantastique, soit l’explication à tout ce qui aurait déresponsabilisé les hommes de leurs actions. Ce n’est pas le cas, Not All Men tend à prouver que tout est une question de choix, que c’est l’unique remède contre cette « maladie ». Autrement dit, si un homme se comporte mal, il en est le seul responsable. Dans le même temps, l’épisode illustre que se prétendre woke ne fait pas de vous quelqu’un de woke, l’apparence est simple à acquérir, c’est autre chose quand il s’agit de sa nature profonde.

6. The Blue Scorpion (1.09)

Après le décès de son père, un professeur, Jeff Storck, découvre un pistolet dont une balle est gravée de son nom. Fait étrange, il commence à rencontrer de plus en plus de personnes prénommées Jeff, alors que dans le même temps le pistolet semble l’appeler…

The Blue Scorpion ou l’épisode sur le danger des armes à feu de The Twilight Zone ? Oui, mais non. Disons que c’est bien plus complexe que cela. Bien sûr, le récit met en son cœur une histoire de flingue. Pourtant, plus la trame narrative avance plus le propos parait se dilater. Au travers de ce pistolet, Glenn Morgan — scénariste de l’épisode — tend à déployer une métaphore. Oui, les armes à feu tue, mais que ce qui tue de manière indirecte c’est le fanatisme envers un objet matériel. C’est ce matérialisme qui éloigne de la réalité, de l’humain, et qui fait naître la paranoïa. Sa scène finale, un brin facile, vient ajouter à cela l’impact des images sur l’inconscient et comment un objet peut devenir un jeu morbide.

7. A Traveler (1.04)

Un homme mystérieux apparaît soudainement dans une cellule d’un commissariat d’une petite ville d’Alaska la nuit du réveillon de Noël.

Sur le papier et dans la pratique, cet épisode s’avère bon. Il offre une histoire qui installe une vraie ambiance, nappant l’ensemble d’étrangeté, de frayeur et de crispation, bien aidée par une B.O diablement bien composée. Au cœur du récit, la peur et comment celle-ci permet de manipuler les êtres. Progressivement pourtant, l’épisode prend une nouvelle forme. La peur se voit remplacer par le mensonge ou la fake news. Il n’y a rien de plus beau qu’un mensonge, car celui-ci peut tout rendre possible. Il est donc un outil parfait pour manipuler et parvenir a ses fins. Tout cela prend une autre forme quand le fameux « traveler » dévoile son identité, rajoutant à l’ensemble l’évocation de l’interférence d’une puissance étrange — une sensation de déjà vu non ?

8. Point of Origin (1.08)

Une femme au foyer sans histoire découvre la vérité sur ses origines bouleversant ses certitudes et le regard de sa famille sur elle.

Indéniablement, cet épisode de The Twilight Zone est un tacle franc, direct et brutal à la politique migratoire de Donald Trump. Si Point of Origin manque de subtilité dans l’exécution de son récit qui emprunte allégrement au cinéma Peelenien et à la série The Handmaid’s Tale, il n’en demeure pas moins que son message est d’une efficacité redoutable. Au travers de cette mésaventure, c’est toutes les lacunes des connaissances historiques qui sont critiquées. Les États-Unis (mais pas que) sont pris d’une perte de mémoire faisant qu’ils oublient que l’une des racines de leurs pays est l’immigration. Le temps a fait son œuvre et l’oublie fait qu’aujourd’hui on rejette cette notion de melting pot. Mais, les politiques en sont aussi responsables et l’apparence ’50s dont se pare l’épisode est l’illustration d’une volonté gouvernementale de maintenir un « idéal » passéiste.

9. Six Degrees of Freedom (1.06)

L’équipage d’une mission spatiale pour Mars se retrouve seul quand un accident se produit sur Terre…

L’épisode repose sur un huis clos qui, dans son principe, rappelle des œuvres cinématographiques telles que Alien ou Moon. Plus contemplatif dans sa forme, il vise à étudier, scruter et décortiquer les méandres du tissu social mit sous pression de par cette isolation permanente et un avenir incertains. Six Degrees of Freedom réserve un twist qui fait basculer l’ensemble dans… une autre dimension. Sans rien en révéler, disons seulement qu’il génère un questionnement autour de la notion de vérité/réalité. Malheureusement, ce twist n’a pas le développement qu’il aurait mérité et se savoure comme une conclusion excitante, mais également frustrante.

10. The Wunderkind (1.05)

Et si un enfant parvenait à se faire élire président des États-Unis ?

Question centrale qui articule un épisode de The Twilight Zone se voulant telle une satire du monde politique actuel. Cet enfant terrible, c’est Donald Trump. Un outsider, une personne hors du système, hors de la sphère de Washington, qui peut ainsi se targuer d’un parler-vrai. The Wunderking tend à souligner que le sentimentalisme et la facilité des idées sont toujours plus séduisants que le réel, qu’un débat sur l’économie ou sur la politique étrange. Mais la candeur s’estompe, comme l’enfant devenant tyran. Si le propos est intéressant, on se heurte ici à une chose purement personnelle qui n’implique que moi. Je n’y vois qu’une situation ridicule qui s’enfonce un peu plus à chaque twist et ne me rend pas tangible cette quatrième dimension.

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