Les vampires vivent une vie publique depuis la création du sang synthétique True Blood qui leur a permis de sortir de l’ombre. Le ténébreux Bill Compton est le premier vampire à élire domicile à Bon Temps, Louisiane, et sa venue ne va pas laisser indifférente Sookie Stackhouse, serveuse chez Merlotte’s, qui a le don de lire dans les esprits. Au même moment, une série de meurtres mystérieux s’abat sur la petite ville.

Après avoir lu le livre de Charlaine Harris – La communauté du sud, en France – on peut difficilement prévoir ce qu’Alan Ball va pouvoir en faire. Du scénariste oscarisé d’American Beauty et créateur de Six Feet Under, on pouvait s’attendre à une histoire sophistiquée, critique subtile de l’American Way of Life et de son hypocrisie, le tout accompagné par une critique sur l’intolérance, et plus encore.

D’un côté, on n’en est pas loin, mais de l’autre, on ne pourrait pas en être plus éloigné. Adieux la sophistication, bonjour les bouseux. Les habitants de Bon Temps sont des résistants fiers d’eux-mêmes. Ce contre quoi il s’oppose, c’est le changement. On ne peut dès lors qu’imaginer l’étendue du cataclysme qu’a provoqué l’arrivée du concept même des vampires dans leur vie. Jusqu’à récemment, ce n’était qu’une frayeur bénigne, mais le monde moderne est peut-être effrayé par les Cajuns, il ne peut pas pour autant arrêter sa course, et c’est Bill Compton qui va ouvrir la brèche, entrainant avec lui bien plus qu’il ne voulait.

Bill n’est qu’un habitant de Bon Temps et ce n’est certainement pas le plus étrange, car Sookie Stackhouse est ce que l’on appelle une folle, car dans la région, ce qui n’est pas ordinaire est forcément hors du spectre de la raison.

C’est avec ce duo assez peu orthodoxe que Ball va entamer son histoire, suivant les lignes directrices imposées par l’œuvre qu’il adapte. Mais cela n’était visiblement pas suffisant pour lui, car il va rapidement prendre des libertés. Si au commencement, il ne s’agissait que de développer des personnages secondaires, plus la saison a avancé et plus il s’en est éloigné pour finalement ne plus tenir que par un fil les restes, en voie de décomposition, de ce qui représentait l’histoire de Charlaine Harris.

Le lecteur assidu va donc y perdre ses repères, mais il sera le seul, car le découpage de la saison en 12 épisodes a visiblement été soigneusement étudié pour que chaque épisode se termine plus ou moins avec un Cliffhanger. Cela forme donc un tout qui, pourtant, laissera un gout d’inachevé, Ball ayant été un peu trop enthousiaste sur sa fin, il a commencé sa seconde saison avant même de conclure convenablement la première.

Mais avant de se concentrer sur la fin, il faut quand même revenir sur ce qu’est True Blood, à moins qu’il ne faille plutôt partir de ce que cette série n’est pas. Globalement, on y trouve des gens simples qui doivent donc accepter d’évoluer et d’accepter leur prochain. On y parle d’évolution, d’intégration, d’amour, de haine, de passion, de mort, de sang, de sexe, et de stupidité. C’est une histoire fantastique noyée dans une chronique pittoresque. Ça n’est pas toujours très fin, ça l’est même rarement, tout comme on ne peut pas trop parler de complexité, car avec des personnages simples, presque binaires, il est difficile de construire une intrigue trop réfléchie. Pour noyer le poisson, on a le droit à des diversions, des dispersions, des développements pas franchement nécessaires et des personnages secondaires qui semblent là pour occuper les épisodes plus que pour nous dire quelque chose.

Bref, cette première saison use de mirages pour nous cacher le fait que son point de départ n’autorisait pas son intrigue à  jouer les contorsionnistes de manière aussi large. Du coup, la fin semble juste résumer une histoire que l’on avait oubliée depuis longtemps, de quoi boucler la boucle avant de partir sur autre chose.

En jouant avec des métaphores parfois légèrement grossières et en limitant au possible l’intrusion du fantastique dans son histoire, Alan Ball a réussi à fabriquer une série qui touche un large public, mais qui n’aura certainement jamais la profondeur et l’intelligence de feu Six Feet Under. Ce n’est, en soi, pas un problème, bien au contraire, car très peu de séries ne sont réellement destinées à suivre ce chemin, mais True Blood souffre également d’une ambition qui n’est pas en harmonie avec son potentiel. C’est là que tout s’emmêle et que le propos digresse légèrement. À croire que la série souffre d’une crise identitaire : l’adaptation qui veut devenir une création originale. Un problème que la saison 2 règlera peut-être, espérons-le.

La saison 1 de True Blood est disponible en DVD et en Blu-ray.