Trust Saison 1 : Getty, ton univers impitoyable

20 Juin 2018 à 12:00

Après Ridley Scott et son Tout l’argent du monde, le réalisateur Danny Boyle (Trainspotting, Slumdog Millionaire…) et son acolyte scénariste — et créateur du show — Simon Beaufoy propose avec Trust leur propre variante de l’enlèvement du jeune John Paul Getty troisième du nom. C’est pour FX et l’on pourrait globalement dire que c’est du Ryan Murphy upgradé. C’est exubérant, soapesque, thrillesque, en bref c’est un fouillis tout digne du style Boylien et c’est l’une des séries les plus jouissives de cette année.

La série débute en 1973, à Rome, John Paul Getty III, adolescent rebelle et petit-fils du magnat du pétrole J. Paul Getty se fait kidnapper, les ravisseurs demandent une rançon de 17 millions de dollars que Getty refuse de payer. Si vous ne savez rien de ce fait divers, je n’en dirais pas plus, mais au fond, Trust prend cet événement comme un prétexte, s’éloignant des séries true crime qui pullulent sur les écrans américains. La série de Simon Beaufoy est une fiction sur le fric, sa convoitise et sa déshumanisation.

Au centre de ces billets verts, J. Paul Getty impérialement campé par Donald Sutherland. Dès les premières scènes, on nous présente un être vieillissant, entouré d’un harem de femmes comme autant d’antidotes a ses érections de moins en moins vigoureuses. Simon Beaufoy fait de cet être réel une sorte de figure shakespearienne pervertissant ceux qui sont autour de lui par son désintérêt total pour la sensibilité.

Autour de cet américain qui, tel le roi Midas, transforme tout en or, le scénariste articule un véritable récit choral. On suit en simultané trois grandes intrigues : l’enlèvement de John Paul Getty III (Harris Dickinson), ses conditions de séquestrations et sa relation avec les malfaiteurs. Le combat de sa mère Gail (l’oscarisée Hillary Swank) et James Fletcher Chace (Brendan Fraser en pleine renaissance) pour parvenir à récolter l’argent et, bien sûr, le grand-père refusant de payer. Il prend tout cela pour un jeu — macabre — de négociation, faisant de son petit-fils un simple baril de pétrole à négocier au meilleur prix.

En réalisant les trois premiers épisodes, Danny Boyle impose toutes ses obsessions visuelles. Trust devient ainsi une sorte de laboratoire où l’on se permet tout, des élans les plus vertigineux aux effets les plus kitsch. La série est bourrée de split screen, de travellings, de zoom, de brisages de quatrième mur, de séquences clippesque, la photographie alterne entre une Angleterre froide où les gris sont à l’honneur et une Italie solaire dégoulinant de couleurs. Comme dans son cinéma, le réalisateur accorde une grande importance au montage et ne se prive pas pour faire rentrer le plus de musiques possible — on trouve Pink Floyd avec Money en ouverture, puis Bowie, Diana Ross, McCartney ou les Rolling Stones.

Cette mise en scène vivifiante est au service d’une écriture ingénieuse. Simon Beaufoy voit dans ce format sériel la possibilité d’expérimenter et il ne s’en prive pas. Refusant de faire rentrer son show dans une case définie il s’amuse comme un fou en alternant les genres — le soap, le thriller, survival, true crime —, mais surtout aimant changer de tempo. Le regard Beaufoy et Boyle sur cette histoire est imbibé par un certain cynisme.

Dénonçant les travers de ces affreux êtres vivants, ils s’en moquent avec un humour sous acide. Cela apporte de vrais coups de fouet à l’ensemble et cela se poursuit jusqu’à une conclusion peuplée d’ironie — malgré une scène finale empreinte de bienveillance. Notre regard sur les personnages est alors en perpétuelle évolution, on les trouve tour à tour pitoyables, méprisables, ridicules, terrifiants et touchants.

Car si Trust utilise le rire pour instaurer une certaine distance avec son sujet, elle n’est pas dénuée d’émotions. Dans ce dédale de fric et d’opulence, il y a des personnes en souffrance qui se perdent dans les drogues, dans l’obscénité, il y a des douleurs qui s’extirpent peu à peu donnant lieu à quelques belles scènes.

En bref, Trust c’est un peu comme si l’on vous enduisait le corps de paillette. Ça scintille, ça colle à la peau et même quand on croit qu’il n’y en a plus il y en a encore un tout petit peu. Mais derrière ces paillettes Boylienne, il y a un Simon Beaufoy qui profite de la folie de son ami pour expérimenter et offrir une série riche où l’argent est amour, où l’humour et drame, où les genres se collapse, où il surprend.

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