À Twin Peaks, le corps de la jeune Laura Palmer est retrouvé, emballé dans un sac plastique. Le meurtre va bouleverser toute la petite ville et le shérif va alors accueillir avec plaisir l’agent Dale Cooper du FBI qui va prendre en main l’investigation.

Voir Twin Peaks en 2011, ce n’est pas la même expérience que la découvrir dans les années 90. La télévision a changé et, pour une œuvre aussi atypique, le clivage culturel qui s’est formé en 20 ans peut devenir un véritable obstacle. Cela dit, la revoir plus d’une décennie après mon dernier visionnage apporte également son lot de nouvelles réflexions, bien qu’elles soient d’un tout autre ordre par rapport à la première fois, car je savais définitivement ce que j’allais regarder.

Avec les années, Twin Peaks a dépassé son statut de simple série tv pour devenir une sorte de légende de la pop culture. Une icône dont on parle encore comme une forme de souvenir indélébile, mais, étrangement, revenir dessus avec un œil critique n’est pas monnaie courante, car il n’est justement jamais très bon de toucher aux légendes. C’est un peu dommage, car juste déclarer qu’elle est un chef d’œuvre de la télévision, c’est faire une généralité facile et plutôt erronée.

Certains ont leur opinion sur l’ensemble de la série, la mienne est qu’elle n’aurait jamais dû dépasser la révélation de l’identité du tueur de Laura, après ça, elle a perdu la force de son pitch de départ et s’est quelque peu noyée dans le mélange de ses principaux ingrédients. Cela dit, aujourd’hui, il est question du pilote.

Réalisé par David Lynch en personne, ce premier épisode dure un peu plus d’1h30 et s’ouvre sur le célèbre générique avec la musique d’Angelo Badalamenti qui pose immédiatement une ambiance bien particulière.

La découverte du corps de Laura Palmer ne tardera pas et, avant même l’arrivée de l’agent Dale Cooper, la majorité des personnages principaux est introduite pour nous présenter un tableau relationnel assez solide et possédant déjà sa part de mystères.

Dale Cooper, justement, fait son entrée après l’apparition d’une seconde victime qui, elle, est toujours en vie. Il y a plus que la mort de la fille Palmer en jeu et cela permettra d’insinuer une dose de légère paranoïa que l’on percevra à travers le regard de Cooper qui, pourtant, parait plutôt distrait – notamment à cause de ses « discussions » avec Diane.

Twin Peaks possède une galerie de personnages plus ou moins excentriques. C’est un de ses éléments clés qui, mélangé avec la partie soap, rendra la série aussi unique. Ça et l’ambiance même de la ville.

En tout cas, même si Cooper est un peu étrange, il parvient à être un bon véhicule pour nous faire pénétrer dans ce microcosme où tout le monde semble connaitre tout le monde – c’est le lot des petites villes en quelque sorte.

Ce pilote va donc avoir une période d’exposition qui va profiter du temps imparti, mais dans le dernier tiers, l’investigation va commencer à sérieusement se mettre en route. Les premiers éléments clés sont introduits, nous révélant que les apparences sont très trompeuses et que les secrets des uns et des autres, à commencer par ceux de la victime, vont être de véritables obstacles.

Dans l’ensemble, le scénario est assez bien construit n’en dévoilant pas trop, mais suffisamment pour attiser la curiosité. Certaines scènes sont par contre trop aléatoires, car on manque d’information pour réellement saisir la pertinence de leur présence, ce qui, quand on revoit la série, n’est pas très gênant.

Au niveau de la réalisation, David Lynch est connu pour son style particulier qui, ici, est bien perceptible, mais moins prononcé qu’on aurait pu le craindre, rendant l’ensemble stylisé et relativement accessible.

Globalement, l’épisode est un bon pilote, posant les bases de l’histoire et les codes du show avec efficacité. Par contre, plusieurs éléments sont aujourd’hui assez lourds, à commencer par la musique qui se révèle trop envahissante et qui a tendance à installer l’ambiance de certaines scènes un peu trop tôt, éliminant de possibles effets de surprises. De plus, certains acteurs – parmi les jeunes – se montrent assez irréguliers, ce qui n’aide pas quand la tonalité devient un peu trop soap.

Ajoutons enfin que l’esthétique de la fin des années 80/début des années 90 n’est pas toujours très accrocheuse, au contraire. C’est un peu un problème inhérent à la majorité des séries de cette période de toute façon, même si Twin Peaks profite du décor naturel pour éviter le pire.

Au final, ce premier épisode est encore efficace et le temps l’a moins égratigné qu’on aurait pu le craindre, bien que j’avoue qu’ayant une certaine affinité avec la production de l’époque, j’ai tendance à être plutôt indulgent sur ce genre de détails. Au niveau de l’histoire, l’ambition est palpable, mais Twin Peaks est aujourd’hui devenue une source régulière de références et a été suffisamment imitée pour que les effets recherchés sonnent occasionnellement trop familier pour avoir la même force qu’il y a encore une bonne décennie. La rançon d’un succès à travers les âges, pourrait-on dire.

Twin Peaks revient aujourd’hui sur Arte et c’est donc l’occasion de la revoir ou de la découvrir. Son influence a été assez grande sur l’univers de la série tv et rien que pour ça, elle mérite d’être vue, même si, comme je le disais un peu plus haut, elle illustre aussi le problème des séries qui aurait dû s’arrêter plus tôt.