Terminée depuis 26 ans maintenant, comme vous le savez bien, Twin Peaks est devenue une référence de la télévision américaine. Son succès fut éphémère, mais son influence notable. Certes, elle était elle-même déjà bien influencée par les séries qui s’inscrivirent dans le sillon créatif ouvert par Hill Street Blues durant les années 80, mais le show de David Lynch et Mark Frost a su s’élever au-dessus du lot grâce à son style, sa narration, son emploi du surréaliste et sa personnalité particulière. Elle était quelque chose de réellement différent.

Cela dit, il est difficile de trouver beaucoup de monde qui pour célébrer la qualité du show sans y mettre un astérisque. Une fois que la fameuse affaire Laura Palmer a été résolue — pour autant qu’elle pouvait l’être —, les scénaristes ont rencontré des difficultés à rebondir. La traque de Windom Earle ne fut pas suffisante pour éviter quelques dérives dans le soap qui testèrent les limites des spectateurs — on pense à ce brave James par exemple.

Malgré tout, l’idée de retrouver Twin Peaks avait quelque chose d’excitant dans le sens où il restait des questions en suspens et les personnages étaient plus importants que le reste au final. Pouvoir voir ce qu’ils sont devenus intriguait.

Naturellement, avec David Lynch de retour aux commandes, la série pouvait également retrouver cette touche créative qui s’était progressivement effacée dans une certaine banalité il y a plus de deux décennies de cela.

Tristement, c’est le Lynch de Fire Walk With Me qui est de retour, pas celui de la série. D’ailleurs, la série en elle-même n’est pas de retour. À la place, nous avons « un film de 18 heures ». Personnellement, je ne connais personne qui est prêt à passer autant de temps devant un long métrage, mais on peut supposer que c’est le genre d’excentricité que l’on est en droit d’attendre de Twin Peaks. Après tout, il n’y a pas un show mieux adapté pour briser les conventions que celui-ci.

Le souci est que, en général, on sait de quoi veut nous parler un film après son premier acte. Nous sommes arrivés au premier tiers du dit film et il est encore difficile de discerner ce que Frost et Lynch tentent de nous livrer avec leur histoire. Une chose est certaine, reconnecter avec la ville de Twin Peaks est plus de l’ordre de l’arrière-pensée pour le moment.

La majorité des scènes nous replongeant dans les décors de la petite ville de l’état de Washington apparaissent être là pour remplir une fonction de fan service. On retrouve néanmoins la Black Lodge, Dale Cooper en plusieurs exemplaires et quelques agents du FBI que l’on ne peut qu’être heureux de revoir.

Le souci est que là où la série utilisa la mort de Laura Palmer pour fournir autant une porte d’entrée qu’une ligne directrice, la saison 3 n’a rien de tel. Kyle MacLachlan est présent, mais Dale Cooper pas vraiment. Comprendre ce qui lui arrive est ce qui doit visiblement nous motiver à poursuivre pendant que tout ce qui se passe à côté se développe, même si l’on ne nous explique pas pourquoi on devrait être intéressé.

Twin Peaks revient ainsi sous la forme d’une accumulation de bribes d’histoires qui manque de cohésion. Pour ne rien aider, Lynch parait plus intéressé par offrir un rôle à tous ses amis plus qu’à son intrigue. Nous assistons à un défilé continuel de guest stars qui devient rapidement étourdissant. À cela s’ajoute des séquences qui ne semblent jamais s’arrêter au bon moment, s’étirant systématiquement plus que nécessaire pour le récit.

Il est possible que, une fois que le film sera terminé, tout ceci aura un sens. Il se peut également et fortement que cela ne sera pas le cas. Une chose est certaine, cette troisième saison de Twin Peaks est indéniablement quelque chose de différent.

Différent n’est pas nécessairement une bonne chose quand cela n’est qu’une façon d’excuser le travail de scénaristes et d’un réalisateur en roue libre. Jeter les conventions par la fenêtre pour le simple plaisir de ne pas être conventionnel ne mène pas à grand-chose non plus. Frost et Lynch ont peut-être quelque chose à dire, une histoire à raconter et même une vision cohérente de ce qu’ils font, mais ils gardent tout cela pour eux pour l’instant.

En attendant donc de découvrir la conclusion de ce long film, on peut dire que Twin Peaks a de quoi laisser dubitatif au sujet de sa pertinence. C’est surtout un rappel qu’entre la série originale et son dernier long-métrage, Lynch était devenu un artiste bien différent et qu’il n’est peut-être plus le mieux équipé pour s’attaquer à une série. Après tout, c’est un film qu’il nous offre et, finalement, ceux qui regardent et aiment ses longs-métrages ne sont qu’une fraction de ceux qui ont suivi la série. Avec ce genre d’arithmétique, cette saison 3 trouvera surement son public, c’est certain. Il faut juste se demander si l’on en fait partie. Moi, probablement pas. Et vous ?