Un village français : Mémoires de guerre

Villeneuve, sous-préfecture du Jura proche de la ligne de démarcation, durant la Seconde Guerre mondiale. Entre occupation allemande et montée du communisme, les habitants de la petite bourgade vont s’aimer, se dénoncer et surtout vivre au fil des terribles événements qui les attendent.

Un village français est donc une radiographie de ce qu’était cette terrible période de l’Histoire, créée pour France 3 par Frédéric Krivine, Philippe Triboit et Emmanuel Daucé (qui officient également comme scénariste, réalisateur et producteur) avec notamment la participation de l’historien Jean-Pierre Azéma pour maintenir une vraisemblance dans les intrigues au long fil.

Diffusée de juin 2009 à novembre 2017 pour sept saisons (72 épisodes), elle débute en juin 1940 quand l’armée allemande débarque en France. L’occupation démarre et va durer quatre ans. Quatre ans pendant lesquels Daniel Larcher, Marcel Larcher, Marie Germain, Lucienne Borderie, Raymond Schwartz ou encore Henri de Kervern vont évoluer dans un quotidien où se côtoie la peur de l’ennemi, la privation alimentaire, le danger de la déportation ou encore la révolte résistante.

Ici, il n’y a pas de héros, seulement des habitants confrontés à des événements tragiques. Ils réagissent comme n’importe qui aurait pu réagir face au nazisme et ses conséquences. Ainsi, la vie quotidienne est bouleversée du jour au lendemain et chacun doit se positionner pour ou contre le nouveau pouvoir en place afin d’assurer sa propre survie. On découvre alors les failles de l’humain, ses zones grises et les compromissions à faire.

Entre la résistance incarnée par Marie Germain (Nade Dieu), Marcel Larcher (Fabrizio Rongione) et Suzanne Richard (Constance Dollé) et la soumission volontaire (Jeannine Schwartz, incarnée par Emmanuelle Bach) ou involontaire, notamment celle de Daniel Larcher (le grand Robin Renucci), tout un nuancier se développe. Au centre, nous avons les femmes et les hommes qui veulent simplement maintenir la communauté ensemble ou garder leur train de vie.

La première des notions se matérialise avec Lucienne (Marie Kremer), institutrice qui, malgré son amour pour un beau soldat allemand, va maintenir les apparences pour garder son école à flots, à l’aide de son mariage avec Jules Beriot (François Loriquet). À l’autre pôle, Raymond Schwartz est déchiré entre son confort personnel en tant que directeur de la scierie, importante usine pour Villeneuve mais aussi les Allemands, et ses élans personnels pour la tête de la résistance, Marie. Un village français, c’est cela : personne n’est ni totalement bon ni totalement mauvais, il fait selon les circonstances quand elles sont banales ou extraordinaires.

Un village français, c’est un devoir de mémoire à l’échelle de l’intime. Durant les sept saisons, nous restons confinés dans la petite commune comme étant une synthèse de la France pendant la guerre, chaque habitant incarnant un visage de la lutte ou la collaboration et ses nuances. Il n’est pas question d’occulter un passé que la France et ses dirigeants ont voulu passer sous silence, que ce soit le militantisme jusqu’au-boutiste d’Anselme par exemple, mais surtout la collaboration active ou passive.

Ainsi, le personnage d’Hortense (formidable Audrey Fleurot) est probablement un des plus intéressants portraits faits durant ces cinq années d’occupation. Bourgeoise confortable de Villeneuve, elle tombera amoureuse d’Heinrich Müller, un allemand nazi, et dédiera sa vie à son amour, de l’opulence que sa position donne sous la guerre, à la décadence quand celui-ci s’enfuit. Audrey Fleurot impressionne dans ce rôle plus que nuancé et qui terminera sur une note amère, symbole des ravages que la guerre a pu avoir sur l’humain.

Quand la série touche à sa fin, les morts sont nombreux et les vivants doivent apprendre à vivre avec leurs cicatrices. Il n’est pas question d’une quelconque rédemption ou d’assister à une happy end : ces événements sont inscrits en eux jusqu’à la fin, la dernière saison nous emmenant dans le futur (voire notre présent) pour compléter cette photographie de la société française, les tragédies intimes qui s’y jouent.

Que devenons-nous quand notre libre arbitre nous est enlevé ? Qui sommes-nous désormais que nous épousons notre part sombre ? Que faire quand on opprime les siens ? Ce sont quelques-unes des questions auxquelles Un village français a voulu répondre durant sept saisons, n’éludant aucune des inconfortables réponses qu’elles peuvent faire émerger. On a vibré au fil de ses vies déchirées et Villeneuve restera alors comme un miroir exceptionnel de cette France abimée entre fierté et honte.

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