Upstairs Downstairs : Le retour peu convaincant de Maitres et Valets

Inspiré par le succès rencontré par Downton Abbey sur ITV, la chaine britannique BBC One décide de rouvrir les portes de la demeure du 165 Eaton Place, en donnant le jour à une suite à la classique série des années 70, Maitres et Valets — de son titre original Upstairs Downstairs — en 2010. Cette dernière vient tout juste d’être diffusé sur Chérie 25 en France.

Tout commence ainsi en 1936, lorsque Sir Hallam Holland (Ed Stoppard) et sa femme Lady Agnes (Keeley Hawes) héritent de la demeure au 165 Eaton Place. Le couple s’y installe et recrute l’ancienne servante Rose Buck (Jean Marsh) pour les aider à réunir des domestiques de qualité. Lady Maud (Eileen Atkins), la mère de Hallam et Lady Persie (Claire Foy), la sœur d’Agnès, viennent également vivre sous ce toit.

Époque différente. Dynamique familiale qui l’est tout autant. Ce nouveau Upstairs Downstairs est peut-être né de l’envie de reproduire le succès de Downton Abbey (elle-même inspiré par l’originale Maitres et Valets), mais l’approche se révèle bien différente.

La première saison — ne comprenant que trois épisodes qui furent diffusés pour les fêtes de fin d’année — est enveloppée d’un étrange sentiment de nostalgie mal placée. 35 ans se sont écoulés depuis la conclusion de l’œuvre originale, contre seulement 6 sur papier. Un décalage inévitable émerge, à l’aide de longs plans évocateurs d’un passé fortement exagéré.

Sous la direction de la scénariste Heidi Thomas, Upstairs Downstairs est définie par la romance trouble et l’approche de la Seconde Guerre mondiale. L’Histoire prend parfois un peu trop le dessus, au point de créer le sentiment que ce qui arrive aux personnages n’existe que pour mieux expliciter une situation historique complexe.

Dès lors, la romance entre le roi d’Angleterre et Wallis Simpson, ainsi que la montée du nazisme sont au cœur de la série, avec une tension inévitable émergeant du comportement irresponsable de Lady Persie. Cette dernière devient rapidement l’une des figures majeures de la série, femme complexe avec un don pour l’auto-destruction poussant à l’exploration de ce qui pouvait attirer vers l’idéologie allemande de l’époque. Claire Foy réussit à maintenir le juste équilibre entre l’agacement et la sympathie, la jeune femme prenant les pires décisions possibles, mais restant attachante par son côté créature blessée par la vie.

Upstairs Downstairs s’affirme vite comme une fiction historique sérieuse un peu trop étouffante. De gros problèmes de rythme affaiblissent la narration et limite l’immersion dans cet univers. Une mauvaise gestion des personnages ne fait que créer une distance inévitable au visionnage, en empêchant de développer une cohésion entre maitres et valets, et surtout de bien assimiler qui ils sont.

Autant dire qu’Upstairs Downstairs est une œuvre imparfaite qui rencontra qui plus est, quelques difficultés en coulisses, spécifiquement auprès des deux créatrices de la série originale — à savoir Eileen Atkins et Jean Marsh. La première, qui dominait l’écran en saison 1 dès qu’elle était présente, quitte la série entre deux saisons, pour désaccord artistique. La seconde, qui incarne Rose Buck, ne pourra apparaitre que dans deux scènes de la seconde saison, après avoir souffert d’un accident vasculaire cérébral avant le début du tournage.

Cela entraine des changements, à commencer par l’intégration d’Alex Kingston au casting dans la peau de Blanche, la demi-sœur de Maud et tante du couple. Elle aura pour rôle d’assurer que quelques notes d’humour puissent venir à l’occasion perturber la monotonie grave de la série. Bien que la seconde saison se compose de 6 épisodes, et donc a plus de temps pour mieux développer ses intrigues, les lenteurs seront encore bien trop présentes. Cette version d’Upstairs Downstairs se cherche une identité et un rythme quasiment jusqu’à la fin ou presque.

Son penchant pour la politique — alimenté par la carrière de diplomate de Sir Hallam et le comportement de Lady Persie — offre une direction à l’œuvre, mais pas à tous les personnages. En effet, Heidi Thomas échoue à fournir du matériel pertinent à trop de personnages, qu’ils soient maitres ou valets, et pire, elle s’accroche parfois à de mauvaises idées — comme la relation entre Lady Persie et Sir Hallam. D’ailleurs, Upstairs Downstairs peine à créer une romance convaincante à un moment ou un autre, que ce soit avec les servants Beryl (Laura Haddock) et Spargo (Neil Jackson) ou les amours de Blanche.

Dès lors, la distribution aide à éviter que la série s’enfonce dans ses dérives, tirant le meilleur de ce qu’on lui donne. Alex Kingston fait partie des rares à réussir à insuffler un peu de fraicheur dans une série qui en manque beaucoup. Nico Mirallegro, dans la peau de Johnny, surprend le plus alors qu’il a un temps plus que limité à l’écran. Anne Reid, dans la peau de la cuisinière Clarice Thackeray aidera à créer une sorte de cohésion pour le personnel de la demeure, et délivrera dans les derniers épisodes ces lignes de dialogues avec un entrain indéniable. Sans oublier, Ed Stoppard, excellent d’un bout à l’autre, et Keeley Hawes, qui hérite d’un matériel peu riche, mais brillera comme elle en est capable, dans l’ultime épisode de la série.

Ce retour au 165 Eaton Place, pour seulement 9 épisodes, ne fut donc malheureusement pas vraiment à la hauteur. Upstairs Downstairs est une série qui se révèle bien trop froide et calculée, semblant prisonnière d’un passé — celui de l’originale et celui d’une époque sombre — qu’elle ne parvient pas à exploiter comme elle se doit.

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