Interne en chef des urgences, le docteur Mark Greene finit son tour de garde de nuit par un petit repos réparateur dans une chambre libre. La pause est de courte durée. L’infirmière Lydia Wright vient le réveiller pour ausculter un patient particulier : son collègue, le docteur Douglas Ross, qui revient d’une longue soirée particulièrement arrosée. Son cas n’est pas trop grave. Il a tout simplement besoin de cuver son vin et Mark peut réintégrer son repaire en attendant la fin de son tour de garde. Mais l’équipe de jour arrive porteuse d’une terrible nouvelle : un immeuble vient de s’effondrer dans le centre-ville de Chicago. Tous les blessés vont être rapatriés d’urgence vers l’hôpital. Le service mobilise toutes les énergies disponibles et il n’est plus question pour le docteur Greene de rentrer chez lui…

Dans ma mémoire, Urgences est associée au dimanche soir. Il se trouve que c’est légèrement faussé, car la série ne s’installa pas tout de suite dans cet case horaire, même si c’est là qu’elle passera la majorité de sa vie.

C’était en fait un jeudi 27 juin 1996 que je découvris pour la première fois Urgences. France 2 lançait la série en prime-time, et diffusa d’affilée les deux premières saisons, à coup de deux épisodes par soirée. Si ce n’est qu’à l’époque – il y a plus de dix ans – la France ne connaissait pas trop le système de saison.

Il était tout à fait naturel que les séries arrivent deux ans plus tard sur notre écran, et pour tout dire, nous savions à peine qu’elles avaient déjà deux saisons derrière elles. Si ce n’est qu’Urgences n’était pas un programme comme un autre, débarquant avec de la publicité et surtout une presse assez importante. C’était alors principalement la série de Michael Crichton, l’homme ayant écrit Jurassic Park, et voulant donner le jour à un programme réaliste sur les fameuses Urgences. Pour ceux trop jeunes pour s’en souvenir et n’ayant pas lu un livre de l’auteur, Crichton était médecin et a par ailleurs financé ses études à l’aide de ses romans.

Quoi qu’il en soit, au point de départ, cela aurait dû être un film, réalisé par Spielberg. Celui-ci a lâché ER au profit des dinosaures, puis y est revenu pour aider au développement de la série, servant de producteur sur la saison 1. C’est d’ailleurs lui qui a insisté pour que Julianna Margulies devienne une régulière dans le programme.

Bref, passons sur l’historique – même s’il y a encore beaucoup à dire – pour revenir sur l’épisode en lui-même, écrit par Crichton himself (il n’aura scénarisé que 3 épisodes de la série). A vrai dire, avant ce revisionnage, j’avais dû voir cet épisode pilote deux fois, et jamais en V.O. Mes années ER se sont passées en VF sur France 2, et c’était donc la première fois que je le regardais dans la langue de Shakespeare.

Enfin, que reste-t-il des Urgences 16 ans plus tard ? Le temps a passé, les acteurs ont sacrément vieilli (mention spéciale à Anthony Edwards et Noah Wyle) et la série médicale a connu House et Grey’s Anatomy. Malgré tout cela, j’avoue que ce qui m’a étrangement frappée, ce n’est pas tant son aspect médical – les premières années paraissent aujourd’hui inégalables et inimitables – mais la narration pour nous familiariser avec les personnages.

La série dispose de 1h20, pratique plus courante à l’époque, et cela devrait presque redevenir à la mode, car le temps offre la possibilité de réellement instaurer tous les personnages. Comme beaucoup de shows médicaux, il y a du monde : Mark Greene, Susan Lewis, Doug Ross, Carol Hathaway, John Carter, Benton, Morgenstern, et j’en passe. À l’exception de quelques lignes de dialogues un peu poussives, l’épisode réussit à bien intégrer tous ses protagonistes, des principaux aux secondaires, et à donner une réelle idée du rôle de chacun au sein des urgences. De quoi rappeler à notre bon souvenir la hiérarchie – de l’infirmière au médecin, en passant par les responsables –, et qui n’a depuis jamais été aussi bien représentée.

Aujourd’hui, certaines scènes ont une autre saveur : l’arrivée de Carter n’a plus le même effet, et surtout, c’est avec une certaine malice que Crichton avait fait de lui le petit nouveau qui ne sait rien faire, victime de ces précédentes formations, aucune ne l’ayant décemment préparé à sa troisième année, à ce poste et au fond, à Benton. Le médecin en lui faisait là une critique évidente.

Dans le même genre, la scène – un peu too much – où Benton (toujours lui!) nous révèle son salaire minable est là pour trouver tout son sens plus tard, quand Greene se rendra de l’autre côté de la rue, pour un entretien d’embauche dans une clinique lui offrant voyage et argent à faire envie n’importe qui. Si ce n’est que la passion du métier n’a pas de prix.

24 Hours se déroule, comme le titre nous le dit, sur 24 heures. De quoi fournir des moments mouvementés et de calme. Cela pose le fameux rythme et nous introduit aux scènes médicales qui participeront à la notoriété de la série. Disons-le, la première partie de l’épisode est extrêmement bien menée, réussissant à insérer différents cas médicaux – graves à bénins – pour nous donner un avant-goût de ce qui passe au Cook County. On atteint l’apogée avec la tentative de suicide de Carol, offrant par la même occasion la possibilité à Mark de s’illustrer en tant que médecin.  Entre passages intenses et scènes de simples points de suture, la première heure va réellement tenir le rythme.

Ce n’est pas grand-chose, mais les dernières 20 minutes vont se révéler un peu trop faiblardes, encaissant difficilement le coup de fatigue que connaît forcément une partie du personnel encore présent.

Cela fait donc maintenant presque 16 ans que le pilote d’Urgence a vu le jour. Lancée un 24 septembre 1994 sur NBC, la série qui allait révolutionner le genre médical s’offrait un pilote de qualité, incarnant parfaitement les changements que le programme allait entrainer.

Oui, l’image a vieilli, la réalisation n’est plus aussi surprenante qu’elle le fut en son temps, et les visages ne sont plus des inconnus, mais des acteurs que l’on a côtoyés pendant des années et qui sont aujourd’hui plus que familiers. Malgré tout cela, le pilote d’ER donne clairement le ton. Difficile de ne pas avoir envie de se replonger dans les premières années de la série qui n’a toujours pas trouvé d’égal.