Urgences, retour sur une incontournable des séries médicales

20 Juil 2018 à 17:00

En cette période estivale, l’équipe de Critictoo profite du calme dans l’actualité des séries pour se tourner vers un sujet primordial : nos incontournables, ces séries à côté desquelles on ne voudrait surtout pas être passées et on ne peut que les recommander.


La rentrée 1994 a marqué un tournant dans l’histoire des séries médicales. CBS annonçait un drame très attendu avec David E. Kelley à sa tête et un casting qui regorgeait d’habitués du petit écran, Chicago Hope. De son côté, NBC ressortait du placard le vieux script du pilote de la série ER, renommée Urgences pour les bons francophones que nous sommes, écrit par le romancier Michael Crichton (Jurassic Park) et produit par Steven Spielberg qui avait pendant un temps envisagé d’en faire un film.

La suite, on la connaît tous. Contre toutes attentes, Chicago Hope qui était programmée directement face à Urgences déçoit, tandis que la série NBC devient un succès immédiat et connaît un accueil critique dithyrambique. Diffusée jusqu’en 2009, elle a accompagné toute une génération. En quinze saisons et 331 épisodes, elle récolte pas moins de 21 Emmy Awards, 1 Golden Globe et quelque 314 nominations diverses.

Une nouvelle approche

Un épisode d’Urgences, c’est quarante minutes effrénées où s’entremêlent drames médicaux, histoires de vie et joies administratives. Jamais une série n’avait décrit une telle frénésie continuelle, il a donc été nécessaire de faire évoluer les codes, autant narratifs que formels.

En ce qui concerne la mise en scène, Urgences emprunte beaucoup au théâtre dont est originaire le producteur exécutif John Wells. Notamment à travers l’utilisation de la caméra pour retranscrire au mieux l’ambiance oppressante des lieux. Cette dernière devient extrêmement mobile, afin de créer de long plans séquences d’une extrême fluidité, et nous balade sans temps morts d’une salle à l’autre.

Pour ce qui est du scénario, le pitch s’inspire de la propre expérience de Michael Crichton en tant qu’interne. Pour peaufiner le tout, un médecin urgentiste, Lance Gentille, est embauché pour apporter son expertise. Gentille démontre rapidement que son champ de compétences s’étend bien au-delà du jargon médical et des anecdotes croustillantes. Il intervient dès lors dans l’écriture des quatre premières saisons et co-signe en particulier deux épisodes mythiques – Blizzard (1.10) et Love’s Labor Lost (1.19).

Un casting incroyablement réussi…

Urgences, c’est avant tout l’histoire des médecins et des infirmières du Cook County. Au niveau de la distribution, Anthony Edwards (connu pour Top Gun) interprète Mark Greene et prend sur le papier la tête d’une bande de presque inconnus. Dans les faits, l’alchimie du groupe est incroyable et l’ensemble s’avère incroyablement homogène.

Au détour des portes battantes, on s’identifie sans mal au jeune interne prétentieux mais attachant John Carter (Noah Wyle), on adore détester son mentor mal léché Peter Benton (Eriq Lasalle) et la pétillante Susan Lewis (Sherry Stringfield). On découvre aussi George Clowney, propulsé au rang de star dans la peau du dragueur invétéré Doug Ross, et Julianna Margulies qui campe l’infirmière en chef Carol Hathaway et fait déjà étalage de son talent.

…mais des renouvellements difficiles

En quinze ans, le casting d’Urgences a connu de nombreux bouleversements. La première vague de médecins se fait peu à peu remplacer par la seconde génération avec notamment Elizabeth Corday (Alex Kingston), Luka Kovač (Goran Visnjic) et Abby Lockhart (Maura Tierney). La dixième saison sonne elle aussi le début dans une nouvelle ère avec les jeunes recrues Gregory Pratt (Mekhi Phifer), Archibald Morris (Scott Grimes) ou encore Neela Rasgotra (Parminder Nagra).

Malheureusement, les nouvelles équipes auront du mal à faire leur place et à supplanter les héros des débuts, malgré une qualité d’écriture à l’épreuve du temps et d’excellents personnages. Le départ du héros de cœur, John Carter, en saison 13 ne pardonne pas et sonne de début de l’essoufflement du concept.

Des problématiques sociétales multiples

Au-delà des sujets médicaux classiques, Urgences n’avait pas peur d’émettre une opinion, de prendre parti et de choquer si cela était nécessaire, comme lorsque cela touchait à la discrimination, au harcèlement ou au suicide. A travers ses patients, mais surtout ses médecins, la série se fait porte-parole d’une société qui va mal, et ce, avec beaucoup de force et de talent.

Urgences, c’est aussi les problèmes d’immigration, la guerre en Irak et les conflits au Darfour. Ce sont des blagues sur les politiciens en place, une virulente critique de la protection sociale, des prises de position dans les débats houleux sur l’euthanasie et l’homoparentalité. Véritable témoin d’une époque, c’est en jouant sur tous les tableaux que la série gagne son statut de produit culte et générationnel.

Une série bouleversante… et meurtrière

Dans un temps où ce n’était pas encore la norme de faire disparaître les héros dans d’atroces souffrances, Urgences s’en donnait à cœur joie. On se souvient évidemment du cancer de Mark Greene et de la lutte acharnée de Romano avec les hélicoptères, de l’explosion de l’ambulance de Greg Pratt ou de la mort en couche d’une patiente dans l’épisode Love’s Labor Lost qui traumatisa toute une génération de futures mamans.

Déverser des litres de sang ne suffit pas à rendre le drame marquant et c’est là qu’Urgences tire son épingle du jeu. C’est en effet grâce un parfaite maîtrise de la rupture de ton et de l’ironie dramatique que la série nous touche profondément, le meilleur exemple étant Lucy Knight se vidant de son sang alors que le pot de la Saint-Valentin bat son plein. Un grand moment de télévision.

Chaque saison était ponctuée par des épisodes spéciaux qui permettaient à la série de se renouveler. Fusillades, Ouragans, scènes de guerres, les prises de risques scénaristiques mettant les héros en situations délicates sont nombreuses, et efficaces. Ces moments s’accompagnent également souvent d’innovations techniques, notamment avec un épisode tourné en direct ou l’intervention de grands réalisateurs comme Quentin Tarantino.


Revenir sur Urgences n’est pas une mince affaire tant ce programme a marqué le petit écran sur bien des aspects. Quinze ans après sa diffusion originale, la série reste cruellement d’actualité et – croyez-en mes deux revisionnages complets récents – elle se regarde toujours avec le même plaisir.

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