Victoria saison 3 : Sale temps pour la monarchie

Après presque deux ans d’absence, la plus charismatique et égocentrique des reines britanniques revient sur nos écrans. Après un début de règne houleux pour Victoria et les premières années du couple royal, la série romantico-historique de Daisy Goodwin s’attaque à une période sombre de la Couronne britannique. Les révolutions populaires qui frappent dans toute l’Europe dès la fin des années 1840 ne tardent pas à traverser la Manche et à semer le trouble en Angleterre. Entre crises politiques et familiales, cette saison annonce une rupture franche avec le passé et peine à convaincre.

Quand l’Histoire dessert l’histoire

Victoria s’ouvre donc sur une période de grande fébrilité, le peuple est dans les rues et les complots émergent de toute part. Opportunité de choix pour les aspirants au pouvoir, cette instabilité politique permet à de nouveaux personnages de prendre le devant de la scène, notamment le ministre Palmerston (Laurence Fox) et Feodora (Kate Fleetwood), la sœur de Victoria. Ajoutez à cela un exil en province, une épidémie mortelle et des visites royales à tout-va, les problèmes se multiplient et les scénaristes sont dépassés.

Oscillant continuellement entre drame historique et soap classique, Victoria ne statue jamais et se contente de survoler le contexte social — pourtant passionnant — en le simplifiant à l’extrême, et se concentre plutôt sur les conflits internes de la Cour. Un vrai gâchis, surtout que, malgré le talent de leurs interprètes respectifs, Victoria (Jenna Coleman) et Albert (Tom Hughes) deviennent cette année des caricatures grossières qui s’embourbent et tournent en boucle sur leurs dilemmes égocentriques.

La saison court sur trois années très denses maladroitement condensées en huit épisodes. Tout va très vite et les ellipses s’enchaînent sans que nous parvenions réellement à les ressentir. La plastique des acteurs reste inlassablement identique depuis les débuts de la série et les personnages ressassent encore et toujours les mêmes problèmes. Plus que les saisons précédentes, on fait alors l’expérience paradoxale d’une série fortement ancrée dans une époque, mais en dehors du temps.

Des personnages qui frôlent dangereusement la parodie

Au-delà de son écriture maladroite, cette saison 3 de Victoria est tirée vers le bas par ses personnages rarement sympathiques et souvent incohérents. L’enclume de cette saison est sans aucun doute Albert. Ce dernier n’a jamais déchaîné les foules de par son charisme et sa bonne humeur, mais provoque cette année des envies de meurtre à chaque mot prononcé. À ses côtés, Victoria a le mérite de rester fidèle à ses principes, et nous offre quelques pétages de plombs mémorables.

La romance royale, au centre de la série depuis ses débuts, va mal. C’est ce que l’on essaie laborieusement de nous faire comprendre, à l’aide d’ascenseurs émotionnels d’une lourdeur sans nom et de scènes de ménage forcées. On peut cependant noter l’alchimie incroyable entre les deux acteurs, en couple à la ville, qui rend cette chute un peu plus supportable. On se rabat alors sur un couple de seconde main, une romance interdite classique entre le valet beau gosse (David Burnett) et la belle héritière mariée (Lily Travers) qui ne convainc jamais vraiment.

En ce qui concerne les petits nouveaux, Feodora joue constamment la carte du mystère, ce qui en fait un outil scénaristique creux et sans intérêt. Le personnage du Duc (Nicholas Audsley) est un psychopathe caricatural, bon à enfermer, le petit Bertie (Laurie Shepherd) rentre dans l’écriture classique de l’enfant-objet de série et le ministre Palmerston, malgré une prestance indéniable, laisse de marbre.

Un drame historique pas désagréable, mais fade

Ce bilan est jusque-là très négatif, mais tout n’est pas à jeter dans cette saison 3 de Victoria. L’ensemble est plus décevant que particulièrement mauvais. Quelques très bons éléments sont notamment soulevés à propos de l’éducation et des violences faites aux enfants. La série en profite pour aborder de façon plutôt pertinente la dyslexie de Bertie. L’autre réussite de la saison est l’épidémie londonienne de choléra. Cette crise sanitaire est intelligemment traitée et permet de croiser de nombreuses icônes de la médecine moderne.

Victoria amorce depuis sa deuxième saison un tournant narratif, cherchant à se décentrer du pouvoir pour peindre un portrait plus large de la société anglaise du XVIIIe siècle. Là où Dowton Abbey excellait — du moins au début — dans la multiplicité des points de vue, Victoria est moins concluante sur ce point. Les tentatives de créer du lien avec les serviteurs ne fonctionnent pas, et leur insistance en devient même irritante. La série devrait se défaire de cette idée, et investir le peu d’épisodes à disposition pour offrir une poignée de personnages plus restreinte, mais cohérente et attachante.


Cette saison 3 de Victoria n’est pas mauvaise, et les amateurs de drames en costumes seront ravis de retrouver cette ambiance caractéristique et ces personnages grandiloquents, mais c’est une saison qui enchaîne les mauvais choix. Au lieu de se concentrer sur ses atouts, elle a voulu explorer de nouveaux terrains et ça n’a malheureusement pas payé. Heureusement pour nous, la prochaine décennie s’annonce plus simple à porter à l’écran, et nous réserve pour sûr quelques moments forts… Reste à voir si l’équipe créative saura apprendre de ses erreurs.

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