Wanderlust : mariés, deux enfants, libérés ? (sur Netflix)

La rentrée séries britannique est un cru assez exceptionnel avec des propositions engagées (Black Earth Rising), habituellement propres (Vanity Fair) et résolument contemporaines (Bodyguard). Mais là où Wanderlust, série en six épisodes de Nick Payne pour BBC One, se distingue, c’est par son thème, universel : le sexe.

Joy Richards (Toni Collette), thérapiste pour couples notamment, trouve que le sien avec Alan (Steven Mackintosh) ne fonctionne plus sexuellement. Elle lui propose alors de tester la relation libre et sincère. Chacun expérimente de son côté, Alan s’attachant à sa collègue Claire (Zawe Ashton) alors que cette expérience fait remonter à la surface un trauma pour la psychiatre.

Une réflexion sur le couple, le sexe et l’alchimie se dessine alors au cours de ces six épisodes, se focalisant en premier plan sur Joy, Alan et Claire. Chacun tente de trouver sa place dans cette nouvelle configuration du couple moderne, y trouvant à la fois des avantages et des inconvénients, un jeu qu’ils prennent plus ou moins au sérieux. Wanderlust, c’est le désir puissant, l’envie incontrôlée de s’explorer.

En ce sens, toute la partie d’acclimatation et d’expérimentation que Wanderlust met en avant lors de ses quatre premiers épisodes fonctionne réellement, apportant une fraîcheur qui bénéficie à notre sympathie pour les personnages, aidée par une écriture enlevée et maîtrisée. On est pris dans cette fuite en avant des personnages qui tentent de conjuguer l’hédonisme et la stabilité, la modernité et l’impulsivité.

Mais cette réflexion ne s’arrête pas là. Leurs enfants sont aussi (brièvement) sous le feu des projecteurs et ce qui s’engage pour leur fils — loin des clichés adolescents, mais explorant la timidité d’un jeune homme qui se cherche — est réellement intrigant et il est dommage que cela n’aille pas plus loin.

Il faut dire que le trauma de Joy prend beaucoup de place, peut-être un peu trop. Il se dévoile petit à petit au fil de la série, par des flashbacks, des souvenirs et au détour des conversations avec sa psychiatre. Ce levier à sa prise de conscience de ce qui ne fonctionne pas dans sa vie permet d’explorer les inhibitions qui gâchent la vie, pas uniquement les siennes tant sa volonté de changer fait ricochet sur sa famille et ses patients. Cet effet domino est plutôt bien mis en avant et aurait même mérité d’être accentué.

Ce double rapport à la psychiatrie n’est peut-être pas la partie la plus subtile que Wanderlust aurait pu développer au départ. Elle devient est intéressante dans le sens où elle permet de rajouter de la profondeur à un récit qui en a déjà, en explorant les traumatismes des patients, mais aussi celui de Joy. Au fur et à mesure qu’avance l’histoire, le sujet se fait plus large qu’une insatisfaction sexuelle à combler. Joy fait face à un problème de contrôle d’elle-même, de sa vie, de vide.

En cela, l’épisode 5 nous ouvre toutes les possibilités du problème qu’elle rencontre dans un face à face éprouvant entre elle et sa psy (Sophie Okenodo). Elle la met face au mur de ses petits arrangements avec son mari alors que l’insatisfaction chronique n’est toujours pas comblée. Il n’y a plus d’amusement réel, mais une façon d’échapper à sa culpabilité. Elle n’est pas responsable pour le drame qui hante sa vie (un suicide) et ne parvient pas à lâcher cela, ce qui la mène à faire n’importe quoi pour se sentir exister.

Il est dommage alors de les voir engager cette introspection vers un tournant plus dramatique. La dynamique de la série s’en trouve modifiée, beaucoup moins piquante et stimulante, plus amère et bancale. Le déséquilibre émotionnel voulu pour les personnages se répercute sur la série et elle délivre alors deux derniers épisodes moins pertinents même si cela reste à un niveau tout à fait honorable.

Comme dans un mariage qui tangue, nous voyons alors peu à peu des défauts à la série, même si nous n’allons pas au point de rupture. Tics dans la réalisation, personnages secondaires un peu trop effacés, thérapie trop succincte… l’ensemble peine à reprendre du poil de la bête, mais tient toujours grâce à cette merveille qu’est Toni Collette et qui porte Wanderlust jusque dans ses derniers instants.

Au final, il s’agit moins de sexe que de complexes et de traumas à dépasser dans Wanderlust. Portée par la magistrale Toni Colette, la série réussit pendant quatre épisodes à donner corps à un récit novateur, intéressant et bien emballé, qu’elle dilue malheureusement dans un final plutôt plat, mais qui n’enlève rien à ce qui a été accompli et qui mérite qu’on la regarde avec plaisir.


L’intégralité de cette saison 1 de Wanderlust est mise en ligne sur Netflix en France ce vendredi 19 octobre.

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