When We Rise : Un manuel d’Histoire capital, mais ennuyeux

Dans la lignée de Harvey Milk, Gus Van Sant et Dustin Lance Black nous proposent When We Rise, mini-série événement diffusée en quatre soirées sur ABC et partiellement inspirée par le livre éponyme de Cleve Jones. Revenant sur l’histoire du mouvement LGBT et son combat, la série suit trois personnages, trois destins sur trois périodes différentes où s’entremêlent coming out, racisme, l’apparition du SIDA et protestations. When We Rise réussit-elle pour autant à être pertinente ?

La première partie de la mini-série couvre les événements après les émeutes de Stonewall en 1969 et nous introduit à Cleve, un jeune homme arrivant à San Francisco et futur activiste ; Roma, militante pour le droit des femmes ; et Ken, militaire noir et gay. Trois histoires qui vont s’entrecroiser pour nous montrer les bases puis l’évolution du mouvement des droits civiques aux États-Unis et de la vie LGBT à travers plusieurs décennies.

Militantisme, racisme et prostitution, les deux premiers épisodes brassent beaucoup de thèmes pour essayer d’installer le contexte social qui a mené ces personnages à rejoindre le mouvement pour les droits des homosexuels. Mais dès le départ, tout cela se fait de manière trop didactique pour emporter. Individuellement, chaque thème résonne avec force, mais mis en parallèle, ils tombent rapidement dans la répétition et piétinent.

Cette mise en place brouillonne aurait pu être oubliée avec les sauts dans le temps. Malheureusement, si elle ne fait pas réellement de faux pas quand elle aborde l’homoparentalité ou le SIDA, When We Rise ne réussit pas à fournir du matériel dramatique suffisant pour donner corps et coffre à son propos. Oui, le casting est irréprochable et fourni régulièrement de beaux moments (Rachel Griffiths et Mary Louise Parker en prime), notamment sur la famille, l’homoparentalité qui définit une identité, toute une vie personnelle et moins militante.

Cependant, l’investissement reste minimum face à la faiblesse de l’écriture, surtout dans la partie transversale de Cleve Jones (Austin P. McKenzie, puis Guy Pearce). Son engagement politique, si primordial qu’il soit, reste trop didactique et attendu par son traitement de la « voix d’un mouvement ». Le propos sur le mariage homosexuel, dans la dernière partie en 2008, résonne certes de manière contemporaine, y est plus nuancé par les auditions judiciaires, mais peine à dépasser le simple exercice d’Histoire.

Il faut alors se tourner vers l’histoire de Ken (Jonathan Majors, puis Michael K. Williams) pour trouver du matériel vraiment pertinent — sa confrontation au SIDA par son petit-ami touche par sa brutalité et ses conséquences immenses même si déjà racontées maintes fois. Surtout, c’est son parcours de militaire et de la politique du « Don’t Ask, Don’t Tell » qui donne un point de vue peu représenté jusqu’ici. La honte, le secret et le renoncement à sa vocation font de son histoire la plus prenante des trois et probablement la plus juste.

Suivre les parcours personnels des personnages en même temps que l’évolution du combat idéologique offre l’opportunité de constater les changements et le chemin restant encore à parcourir. Cependant, ce fil conducteur n’empêche pas la redondance, chose dommageable sur huit petits épisodes. Malgré l’approche émotionnelle des destins particuliers, When We Rise déroule son programme sans surprise, collant à l’histoire contemporaine avec beaucoup trop de prévisibilité pour marquer.

L’histoire est importante à raconter, ne serait-ce que pour se rendre compte des oppressions qu’ont connues les personnes homosexuelles et de la création d’une communauté. Mais justement, c’est par celle-ci que l’équipe aux commandes aurait pu se démarquer et ne le fait finalement jamais. Les personnages sont assez isolés les uns des autres et, si c’est intentionnel un temps, il n’y a rien de fait pour créer un sentiment d’union nécessaire.

Avec ses images d’archives entrecoupant le récit, la réalisation se fait classique, pédagogique et joue un peu trop du registre pathétique pour nous faire adhérer à son propos. Peu de place pour la nuance, on suit un combat juste, mais qui aurait mérité de ne pas être constamment souligné par un arrangement musical court-circuitant les quelques audaces de Gus Van Sant et son équipe.

Alors oui, When We Rise est nécessaire pour son propos qui mérite d’être entendu et propagé, mais le contenu peine à convaincre. Si l’on retient un parterre de stars et d’inconnus à l’aise dans leur partition, cela a du mal à être autre chose qu’un appât pour un scénario didactique, convenu et même ennuyant par moments. En d’autres termes, la mini-série événement retombe comme un soufflé pas mauvais mais dont la recette n’excite les papilles à aucun moment.

Spoiler Alert!
Veuillez suivre les règles suivantes concernant les spoilers dans les commentaires :
1. Sur la critique d'un épisode, ce qui concerne les épisodes à venir est considéré comme étant spoiler (idem pour ce qui concerne les saisons).
2. Vous avez le droit de mettre des spoilers dans vos commentaires, mais le contenu sensible doit être placé entre les balises <spoiler>....</spoiler> afin de protéger les autres lecteurs.
Critictoo Newsletter
Inscrivez-vous à la newsletter Critictoo pour ne plus rien manquer de l'actualité du site, des séries et plus.
©2006-2017 Critictoo, le webzine des séries TV - powered by Wordpress. Critictoo.com participe au Programme Partenaires d'Amazon EU, un programme d'affiliation conçu pour permettre à des sites de percevoir une rémunération grâce à la création de liens vers Amazon.fr.
Nos partenaires : DVD Series | Amazon | Tous nos partenaires

Critictoo dans ta boite mail !

Recevez notre Newsletter hebdomadaire pour suivre l'actualité, découvrir des séries et ne rien manquer tout simplement.
Inscris-toi !
close-link