Comprendre ce que cherche à accomplir TNT en terme créatif n’est pas chose aisée. Sous la direction de Kevin Reilly, le network américain a décidé de se redéfinir en s’éloignant des séries procédurales comme Rizzoli & Isles et de se réinventer à l’aide de shows tels qu’Animal Kingdom ou Good Behavior.

À l’heure actuelle, TNT est une sorte de joyeux bordel duquel il est difficile de voir une image précise se détacher. Cela part dans tous les sens, multipliant les séries aux ambiances et aux tons les plus improbables au même endroit. Will est alors la dernière à venir s’ajouter à la liste.

Cette série de Craig Pearce s’intéresse au début de la carrière du célèbre William Shakespeare. L’histoire nous ramène à Londres en 1589 pour suivre le nouveau venu Laurie Davidson dans la peau du dramaturge britannique à l’époque où il rêvait de changer le Monde avec ses mots.  Pour réaliser son rêve, il délaisse sa femme et ses enfants et monte à la capitale pour se faire une place dans le monde du théâtre londonien.

Will établit sa crédibilité à l’aide de noms qui ont auparavant prouvé leur capacité dans le genre, dirons-nous. Fréquent collaborateur de Baz Lurhman, Pearce s’est déjà frotté à Shakespeare en co-scénarisant Romeo + Juliette (1996). Derrière la caméra, on retrouve Shekhar Kapur à qui l’on doit les deux films Elizabeth avec Cate Blanchett.

L’association de ces deux hommes sur papier ne devrait pas donner le jour à un premier épisode si ordinaire, et c’est pourtant ce qui se passe. Lorgnant du côté de Lurhman en terme rythmique sans pour autant posséder le même dynamisme, Will est coloré pour un résultat qui est étrangement édulcoré.

Pourquoi ? Car Will se repose sur des ficelles aujourd’hui usitées qui ne sont plus suffisantes pour faire opérer la magie. Pour preuve : l’arrivée de Will dans la capitale sur « London Calling » de The Clash. Il était difficile de faire plus évident en la matière. La musique anachronique à l’époque qui est représentée à l’image n’est plus suffisante aujourd’hui pour impressionner et emporter. Il n’existe plus de choc dès lors que le procédé est devenu si commun.

Cette introduction de Will veut imposer une vision contemporaine et rock’n’roll du dramaturge sans grand succès. Au lieu de cela, elle déroule le récit commun d’un jeune premier qui s’attire des ennuis, mais se voit aussi offrir la chance de sa vie au théâtre de James Burbage (Colm Meaney). Ce dernier a besoin d’une pièce pour se sauver de la ruine qui l’attend s’il ne convainc pas son public qu’il peut les divertir dignement.

Le public est déchainé, collant parfaitement au monde chaotique que Will veut retranscrire. Comme c’est souvent le cas dans ce genre d’histoires, c’est pourtant quand le public se tait, que le rythme se calme et qu’on arrête l’esbroufe que l’on peut voir le potentiel pointer le bout de son nez.

Les intrigues politiques et religieuses, les rivalités et la décadence qui va avec, et l’exploration de la scène théâtrale et de l’art sont des sujets qui peuvent alimenter sans difficulté une série. Derrière le faux brillant semble alors se dissimuler une série au moins honnête qui pourrait dire des choses si elle parvient à ne pas trop se disperser. C’est chose moins sûre, tout dépendra de la direction qui sera choisie.

Avec également Jamie Campbell Bower, Ewen Bremner, Olivia DeJonge, Jasmin Savoy Brown et Max Bennett au casting, Will nous introduit un dramaturge ambitieux, mais qui manque encore singulièrement de prestance.

Will est diffusée sur la chaine TNT à partir de ce lundi 10 juillet.

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CaroleC
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