Considéré comme l’un des plus grands poètes, dramaturges et écrivains de la culture anglaise, William Shakespeare est indémodable. Son influence sur le théâtre moderne (et sur le roman) est toujours bien visible et on ne cesse de revisiter son œuvre, que ce soit fidèlement ou non, avec une vision moderne ou non.

Shakespeare lui-même suscite une certaine fascination qui lui vaut d’être parfois le sujet de films ou de séries. À l’occasion des 400 ans de la mort du dramaturge, BBC Two a produit la comédie Upstart Crow, avec David Mitchell dans le rôle-titre, à l’époque où il préparait Roméo et Juliette.

De son côté, TNT s’est associé avec Craig Pearce dans le but de revisiter les débuts de carrière de Shakespeare avec une série intitulée Will. L’histoire nous ramène à Londres en 1589 pour suivre le nouveau venu Laurie Davidson dans la peau du dramaturge britannique à l’époque où il rêvait de changer le Monde avec ses mots. Pour y parvenir, il délaisse sa femme et ses enfants et monte à la capitale pour se faire une place dans l’univers du théâtre.

Shakespeare dans tous ses états

Will se présente comme un period drama avec un twist : la série se veut rock’n’roll et contemporaine, racontant la vie de Shakespeare sur une soundtrack moderne. Cette approche n’a rien de révolutionnaire, rappelons que Craig Pearce est un fréquent collaborateur de Baz Lurhman qui a co-scénarisé Romeo + Juliette (1996).

Ce traitement moderne donne le jour à un rythme parfois frénétique qui est cependant loin d’être retranscrit dans le scénario. Malgré sa volonté d’approcher son sujet sous un angle contemporain en terme esthétique, Will se révèle conventionnel sur un plan scénaristique.

Elle mélange problématiques religieuses (aboutissant souvent sur de la violence) et artistiques dans un Londres en ébullition sans parvenir à trouver, après 5 épisodes, un juste équilibre. William Shakespeare est donc un jeune auteur dans tous ses états, tiraillés entre ses obligations familiales, ses ambitions professionnelles et ses sentiments pour Alice, la fille de son employeur.

Au théâtre !

Si Will est placé au cœur des évènements, le jeune dramaturge manque d’un charisme certain et ne se révèle pas être vraiment le sujet le plus accrocheur de la série. On pourrait presque arguer que l’équipe créative elle-même n’est pas si intéressée que cela par Shakespeare en tant que dramaturge.

Le contexte historique attise néanmoins la curiosité malgré les errements narratifs et laisse entrevoir un show qui aurait bien des raisons de simplement utiliser sa figure principale comme une excuse pour explorer le monde du théâtre.

Les problèmes financiers de James Burbage sont, par exemple, bien plus attractifs. Celui qui fut à l’origine de la construction de The Theatre permet de jeter un œil pragmatique sur la place du théâtre et de son développement à cette période de l’histoire.

Un sujet qui trouve une extension notable avec la troupe, et spécifiquement son fils acteur Richard. Il est alors navrant que ce dernier soit coincé dans un rôle si unidimensionnel de l’acteur destiné à de grandes choses qui est pour le moment limité dans ses déplacements par sa vanité.

Un manque de tragédie

Si l’équipe créative de Will peut se reposer sur son style pour imposer un traitement se voulant contemporain, elle rencontre bien des difficultés à donner du relief à ses personnages et ses enjeux. Ces derniers sont limités dans leurs mouvements, pris au piège de situations qui se répètent, mais qui n’aident pas pour autant à explorer leur condition – que ce soit sur un plan économique ou relationnel.

La série ne craint pourtant pas de jouer des excès auprès du tortionnaire Richard Topcliffe pour mieux représenter le fanatisme religieux ou d’autres de nature différente en compagnie du dramaturge Christopher Marlowe. Les deux personnages ouvrent des portes, entrainent dans des coins de Londres inconnus du jeune premier qu’est Will. L’univers du show en devient plus chargé en sous-entendus et en possibilités. Ce n’est pas suffisant pour que l’ensemble prenne son envol.

***

Arrivé à mi-parcours de Will, il n’est pas question de sortir les tomates, mais nous sommes aussi bien loin de l’envie de jeter des fleurs. Les épisodes sont souvent plus brouillons que nécessaire, l’équipe créative se disperse trop et ne parvient pas à faire de William Shakespeare cette figure centrale et attrayante vers lequel toutes les histoires convergeraient naturellement.

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CaroleC
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