Avant la série 12 Monkeys, il y avait le film L’Armée des douze singes

10 Jan 2015 à 11:08

12 Monkeys (L'Armée des douze singes)

SyFy est dans le business des improbables adaptations de films en séries et a donc lancé cette année la série 12 Monkeys qui se base ainsi sur le long métrage éponyme de Terry Gilliam – lui-même inspiré par La Jetée de Chris Marker.

Là où Légion s’imposait comme une introduction qui laissait une porte suffisamment ouverte pour que Dominion puisse naturellement s’inscrire dans sa suite, 12 Monkeys raconte une histoire qui est bien plus complète.

Sorti en France en 1995 sous le titre L’Armée des douze singes, ce film de science-fiction met en scène Bruce Willis dans la peau de James Cole. Celui-ci vit dans un futur où un virus a annihilé la majorité de l’espèce humaine qui doit alors résider sous la surface. Cole est un détenu qui est sélectionné pour être envoyé dans le passé afin de faire des observations pour donner aux scientifiques de son temps les indices nécessaires pour qu’ils puissent trouver un remède.

Son premier voyage l’entraine à la mauvaise époque, en 1990, où il se fait interner. Là, il rencontre la psychiatre Kathryn Railly (Madeleine Stowe) et un autre patient, Jeffrey Goines (Brad Pitt). Si la mission est un désastre pour Cole, il a une deuxième chance et il est par la suite envoyé en 1996 où il retrouve Kathryn et Jeffrey dans des circonstances bien différentes qui le mèneront vers la vérité sur le virus.

Néanmoins, il y a un piège. Tout le film repose sur le fait que, quoi qu’il fasse, James ne peut pas changer le passé. Celui-ci est figé et il ne peut que rapporter ses observations pour modeler le futur.

Passé, présent et futur deviennent ainsi des notions encore plus complexes qu’à l’accoutumée dans ce scénario dystopique qui nous offre plusieurs niveaux de lecture. Étant donné qu’il s’agit d’un long métrage de Terry Gilliam, il n’est pas surprenant d’avoir le droit à un commentaire acide sur la société.

Ici, il s’amuse allégrement avec le concept de définition de la normalité imposé par la masse. Ceux qui sont différents sont déclarés fous et sont enfermés, puisqu’il est préférable de ne pas leur laisser le temps de contaminer les autres avec leurs propos perturbateurs. Que ce soit à l’hôpital psychiatrique ou non, le sujet revient de façon incessante, car Kathryn rationalise les choses ainsi jusqu’à ce qu’elle comprenne que James n’est pas le fou dans l’histoire. À ce niveau, celui-ci a fini par accepter l’idée qu’il avait justement perdu la raison, étant donné que cela lui offre une place logique dans le monde.

Jeffrey : If all of these nuts could just make phone calls, it could spread insanity oozing through telephone cables, oozing to the ears of all these poor, sane people… infecting them. Wackos everywhere. A plague of madness. In fact, very few, Jim… Jim, very few of us here are actually mentally ill. I’m not saying you’re not mentally ill. For all I know, you’re… crazy as a loon. But that’s not why you’re here. That’s not why you’re here. That’s not why you’re here! You’re here because of the system.

Véritablement fou, Jeffrey pousse la réflexion encore plus loin en apprenant à jouer avec les apparences. Brad Pitt est d’ailleurs brillant quand il débite les propos les plus rationnels tenus par Jeffrey en ayant l’air totalement instable, et inversement – avec lui, la folie est réelle, mais quand elle est bien maquillée, elle ne dérange pas.

À côté de ça, 12 Monkeys nous propose un commentaire assez inattendu sur le cinéma. Plus précisément, sur la redécouverte d’une œuvre.

James : Like the past. The movie never changes. It can’t change. But every time you see it, it seems different because you’re different. You see different things.

La remarque est d’autant plus intéressante dans un tel long métrage qui demande justement d’être redécouvert, car connaitre la fin encourage à avoir une nouvelle perspective sur les évènements. Concrètement, jamais on ne pourra revivre l’expérience de la découverte, même si c’est le film est identique au bout du compte.

Bien entendu, par-dessus tout cela, 12 Monkeys nous livre une histoire de voyage dans le temps qui pourrait se suffire à elle-même. Néanmoins, elle n’est qu’un outil dont la principale qualité est d’offrir à Gilliam l’opportunité de donner forme à sa vision artistique personnelle que l’on reconnait immédiatement. Décors et mouvements de caméra, dialogues et ambiance, la touche du réalisateur s’impose sur chaque plan et, en particulier, sur les éléments les moins conventionnels.

C’est d’ailleurs à ce niveau que la série devrait sans tarder se différencier du film. Du moins, c’est certainement ce qui sera le plus notable au premier abord. Pour ce qui est du commentaire sur notre société cherchant à faire taire ceux qui ne se fondent pas dans la masse, c’est probablement trop subversif pour SyFy, mais on ne sait jamais.

En tout cas, 12 Monkeys est un film riche et unique qui s’inscrit naturellement dans la filmographie de son réalisateur qui, comme il le suggère, gagne toujours à être redécouverte. On est changé par ses films et ses films changent avec nous.

L’Armée des douze singes est diffusé ce soir — jeudi 10 septembre — sur D17 à partir de 20h50 et sera rediffusé le 17 septembre à 23h05.
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