The Lone Ranger, adaptation explosive d’une série d’un autre temps

10 Jan 2014 à 14:39

The Lone Ranger

The Lone Ranger, qui est sorti en salle l’été dernier en plein cœur de la saison des blockbusters, est désormais bien connu pour avoir été un échec au box-office – même s’il a fini par rembourser son budget sur la scène internationale. Réalisé par Gore Verbinski (Pirates des Caraïbes) qui retrouve pour l’occasion une fois de plus Johnny Depp, ce film colossal s’efforce donc de transposer sur grand écran les aventures d’un des premiers héros de la télévision américaine.

Lancée en 1949 aux États-Unis, The Lone Ranger est sans surprise un show des plus archaïques. C’est un western trouvant son origine dans une série radiophonique et qui recycle éternellement le même scénario dans lequel le héros masqué portant le chapeau blanc pourchasse des criminels (aux chapeaux noirs) pour les livrer à la police, car il ne tue pas – ce n’est pas son style.

Une tonne d’épisodes plus tard (221 au total) et deux films à la fin des ‘50s, The Lone Ranger a pris sa retraite des ondes d’ABC et est simplement resté le symbole d’une télévision d’un autre temps. Étonnement, le show a apporté quelques évolutions qui ont aidé à modeler le système de production moderne de séries – c’était notamment la première série à tourner deux épisodes simultanément.

Quoi qu’il en soit, il est probable qu’aujourd’hui la popularisation de « William Tell Overture » de Gioachino Rossini, le thème de la série, se trouve être la marque la plus notable laissée par le passage de ce justicier masqué dans la pop culture américaine.

Malgré cela, Disney a décidé d’en faire un blockbuster et de gros moyens ont dès lors été mis en œuvre. The Lone Ranger a un budget de 250 millions de dollars et Verbinski a pris soin que chaque penny dépensé soit bien visible à l’écran. Le long métrage possède une esthétique léchée et délivre des scènes d’actions parmi les plus impressionnantes de l’année.

C’est un bel accomplissement, mais c’est aussi l’un des soucis du film qui souffre d’un problème de concentration certain, s’aventurant sur trop de terrains glissants en même temps.

The Lone Ranger

Le scénario débute pourtant de façon assez simple, étant donné qu’il reprend l’épisode pilote de la série. Un groupe de Texas Rangers part à la chasse du gang Cavendish et tombe dans un piège. Un seul en ressort en vie. Aidé par un indien appelé Tonto, l’avocat John Reid — incarné par Armie Hammer — arbore alors son grand chapeau blanc pour traquer ceux qui ont tué son frère et ses collègues.

C’est là où The Lone Ranger version 2013 se complique. Si l’exploration de relations que Reid entretenait avec son frère et la femme de ce dernier ajoute ce qu’il faut pour rendre les enjeux dramatiques personnels, ce qui aurait pu suffire à animer notre héros, ce n’est en réalité qu’un angle d’attaque parmi d’autres bien plus ambitieux.

Verbinski nous sert en effet un film politique qui s’en prend sans détour aux massacres sur lesquels l’Amérique s’est construite et qu’elle préfère ne pas trop évoquer. De l’exploitation de la main-d’œuvre chinoise à l’élimination sommaire de tribus d’Amérindiens, en passant par diverses corruptions financières et idéologiques, The Lone Ranger devient sans tarder une œuvre engagée. Cette approche est d’ailleurs totalement assumée avec l’utilisation d’un vieux Tonto racontant de son point de vue la véritable Histoire à un petit garçon qui peine à croire ce qu’il entend.

L’Indien, justement, n’est pas en reste non plus quand il s’agit de rajouter une couche. Personnage en apparence caricatural incarné par un Johnny Depp très en forme – le casting a été remis en question pour de bonnes raisons, mais l’acteur reste excellent dans ce type de rôle –, Tonto se révèlera être plus qu’un ressort comique ou un sidekick indispensable. Il a le droit à une backstory tragique qui alimente les différents angles narratifs exploités pour parvenir à mieux les réunir. Il sert également à tourner à la dérision tout le concept daté qu’est ce Ranger masqué, ce qui fonctionne vraiment quand on possède un début de notion de ce qu’était ce personnage et à quoi ressemblait les séries de son époque. En tout cas, bien que le second degré se révèle occasionnellement trop distrayant, les blagues sur le costume de John Reid, notamment à propos du masque, et sur Silver, son cheval formidable, font mouche pratiquement à tous les coups.

Drôle d’adaptation donc, puisque The Lone Ranger manquerait presque par moment de respect envers l’œuvre sur laquelle il se base. Néanmoins, cela apporte à ce divertissement familial le grain de folie nécessaire pour accrocher les jeunes spectateurs qui ne réaliseront probablement pas la gravité de certaines thématiques plus importantes qui ont indiscutablement un impact plus notable sur les adultes.

Le mélange est dès lors encore plus compliqué par ce besoin de séduire tous les publics. The Lone Ranger est ainsi plus qu’un grand spectacle où la démesure est de mise et flirte avec le steampunk autant qu’avec l’humour, c’est une œuvre surchargée par un auteur qui veut trop en dire et qui n’a indéniablement pas choisi la meilleure façon de le faire – une production Disney vient avec son lot d’obligations. Le résultat est bancal, mais il est aussi réellement épique, divertissant et réjouissant. C’est un long métrage imparfait qui réussit beaucoup de choses, parvenant d’ailleurs étrangement à être une bonne adaptation à sa manière, mais qui en fait juste trop pour son propre bien. Son plus gros échec est probablement de ne pas avoir été vu par assez de monde – même s’il a tout de même rencontré un succès en France, modéré, mais plus important que dans d’autres pays.

Aller plus loin …


Le film Lone Ranger – Naissance d’un héros est disponible chez nous en DVD et Blu-Ray. La série est, par contre, est inédite, mais des épisodes sont trouvables au format DVD en import US ou UK.

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