Night Call met à mal l’information avec l’aide de Jake Gyllenhaal

18 Avr 2015 à 11:00

Night Call (ou Nightcrawler)

Si Aaron Sorkin a profité de The Newsroom pour tirer quelques constats sur l’évolution du métier de journaliste, le créateur de The West Wing restait accroché à un idéalisme professionnel véhiculé par l’équipe de Will McAvoy.

Ce n’est clairement pas ce que cherche à faire Dan Gilroy qui, pour sa première réalisation, ne tente pas d’injecter une once d’optimisme dans Night Call – ou de son titre original Nightcrawler. Le film nous entraine avant tout dans les coulisses d’un journal d’information du matin aux côtés de Lou Bloom, incarné par Jake Gyllenhaal. Sans emploi et prêt à tordre les règles pour obtenir ce qu’il recherche, ce dernier se transforme en chasseur d’images-chocs après avoir vu une équipe travailler sur la scène d’un accident de voiture.

Night Call est portée par une figure principale à la moralité douteuse qui fascine par son sens d’adaptation, la noirceur de son âme et la place qu’il parvient à occuper dans le flux de l’information. Lou Bloom ne peut exister et s’épanouir que grâce aux défaillances économiques de son pays et au voyeurisme du spectateur que Nina (Renée Russo), responsable de l’information du matin, alimente autant que possible pour garder son travail.

Reposant alors quasiment entièrement sur les épaules de Jake Gyllenhaal, Night Call donne vie à un homme prêt à tout pour monter les échelons. L’acteur nous emporte dans la psyché d’un personnage qui dévoile au fil du film une capacité à violer l’éthique professionnelle tout en possédant des règles strictes et une perception affinée de son environnement. Déterminé, ambitieux et consumé par ses activités, Lou est comme un requin attiré par du sang. S’imposant comme un psychopathe à qui on donne une raison d’exister, Lou renvoie une image tragique et angoissante de la façon dont le monde de l’information fonctionne.

Pour cette raison, Night Call semble s’inscrire dans la lignée d’œuvres comme le classique Ace in a Hole (ou Le Gouffre aux chimères par Billy Wilder) ou encore l’incontournable Network (par Sidney Lumet) en nous plongeant dans le cirque sans fin de l’information qui se nourrit des drames sanglants qui se produisent la nuit dans les rues de Los Angeles. Et si Night Call repose autant sur son personnage principal et l’envoûtante performance de sa tête d’affiche, c’est parce que Gilroy a fait le choix de garder une approche neutre ; il est avant tout question d’exposer les rouages de l’information plus que d’y porter un regard critique.

Night Call a pour but bien précis de pousser le spectateur à contempler le résultat pour mieux s’interroger sur le rôle qu’il peut jouer dans ce cirque médiatique. Il est alors aisé de pousser la réflexion plus loin et de s’éloigner de l’information du matin pour simplement étaler la problématique à toutes formes d’actualité à une époque où il devient vital pour survivre d’attirer l’attention par tous les moyens possibles. On peut même s’interroger sur la responsabilité que l’on a dans l’épanouissement d’une personne comme Lou Bloom.

À la différence des films précités néanmoins, Gilroy maintient une certaine distance avec son sujet qui, à l’instar de celle qui semble exister entre Lou et la réalité des images qu’il filme, empêche le long-métrage de se montrer encore plus percutant. Si Night Call nous plonge dans un environnement nocturne rempli de gyrophares où l’opportunisme médiatique est au cœur de l’information, le récit finit par prendre une forme trop didactique pour faire son point. Quoi qu’il arrive, le réalisateur peut compter d’un bout à l’autre sur Jake Gyllenhaal pour maintenir l’attention comme il faut et marquer les esprits. Après le visionnage, l’information du matin fera inexorablement penser à Lou Bloom…

Night Call est disponible depuis peu en DVD et Blu-ray.

Spoiler Alert!
Veuillez suivre les règles suivantes concernant les spoilers dans les commentaires :
1. Sur la critique d'un épisode, ce qui concerne les épisodes à venir est considéré comme étant spoiler (idem pour ce qui concerne les saisons).
2. Vous avez le droit de mettre des spoilers dans vos commentaires, mais le contenu sensible doit être placé entre les balises <spoiler>....</spoiler> afin de protéger les autres lecteurs.
Critictoo Newsletter
Inscrivez-vous à la newsletter Critictoo pour ne plus rien manquer de l'actualité du site, des séries et plus.
©2006-2017 Critictoo, le webzine des séries TV - powered by Wordpress. Critictoo.com participe au Programme Partenaires d'Amazon EU, un programme d'affiliation conçu pour permettre à des sites de percevoir une rémunération grâce à la création de liens vers Amazon.fr.
Nos partenaires : DVD Series | Amazon | HypnoSeries | Tous nos partenaires

Critictoo dans ta boite mail !

Recevez notre Newsletter hebdomadaire pour suivre l'actualité, découvrir des séries et ne rien manquer tout simplement.
Inscris-toi !
close-link