Spotlight : Seuls face à l’Église

30 Jan 2016 à 18:52

Spotlight (2015)

Avec six nominations aux oscars, dont pour meilleur réalisateur et meilleur film, Spotlight se positionne clairement parmi les favoris cette année, même si la confrontation avec le monstre d’Iñarritu — The Revenant — s’annonce musclée. Le long-métrage, basé sur l’énorme scandale de pédophilie au sein de l’Église catholique révélé en 2002, nous propose de suivre l’équipe de journalistes (Spotlight) ayant mené l’enquête à l’origine de ces révélations.

Ce genre d’œuvre, inspiré par des faits réels et en bonne position pour une moisson de statuettes dorées, peut être un véritable piège pour le spectateur, leur qualité laissant très souvent place à un conformisme et un manque de prise de risque confondant. Spotlight est une de ces exceptions qui confirment la règle, et prouve avec passion que sa réputation n’est pas usurpée.

2001, Boston Globe.

Un nouveau patron est élu à la tête de la rédaction, et souhaite renforcer la position du journal sur le marché et dans le cœur des lecteurs assidus. Il confie à l’équipe spéciale traitant de dossiers plus pointus l’enquête concernant des prêtres pédophiles à Boston.

Avec un sujet difficile, le réalisateur Tom McCarthy (qui a joué le journaliste dans The Wire) évite à peu près tous les pièges que l’exercice pouvait lui tendre en se focalisant sur une narration bien établie qui ne déviera jamais de son objectif. Ainsi, Spotlight se concentre uniquement sur l’enquête et les journalistes qui la mènent. Dès les premières investigations, le long-métrage opère une montée en puissance et maintient en apnée jusqu’au dernier plan.

D’abord circonspect quant à des éléments troublants, l’équipe s’enfoncera de plus en plus dans l’horreur, à un point tel que certains en seront affectés personnellement. Là encore, pas question de dévier vers leur famille et un possible sentimentalisme, le film fait le choix de conserver un point de vue interne à l’équipe de Spotlight, et nous enferme avec eux dans une bulle. Cet angle d’approche voit son effet décuplé lors du 11 septembre, ou l’attentat terroriste apparaît comme une distraction dans l’enquête en cours, un évènement gênant qui retarde l’investigation.

Spotlight nous présente d’ailleurs des journalistes d’une détermination incroyable, qui surmontent au péril de leur vie sociale les différents obstacles posés sur leur route. Au-delà du coup de projecteur sur le scandale de l’église, le film sacralise le métier de journaliste et en fait régulièrement une fonction d’utilité publique. Cette passion qu’à McCarthy de traiter son sujet contamine donc également ses personnages, certes inspirés de modèles réels, mais évidemment indépendants sur certains aspects de l’écriture. À ce titre, il convient de saluer l’excellent trio principal incarné par Mark Ruffalo, Michael Keaton et Rachel McAdams (récemment vue dans True Detective saison 2), les deux hommes ayant même été jusqu’à reprendre des mimiques des journalistes de Spotlight (très réussi chez Ruffalo). Certains seconds rôles s’en tirent bien (brillant Stanley Tucci) d’autres un peu moins (Liev Schreiber, Ray Donovan), le plus souvent à cause d’un scénario qui s’intéresse peu à eux.

Le traitement de l’enquête va de pair avec une mise en scène qui rapproche fortement le métrage d’un documentaire, en répétant très souvent les mêmes plans et cadrages sur l’équipe (l’effet est criant dans leurs bureaux). Cette répétition peut agacer dans la mesure où elle ne propose quasiment jamais d’éléments intéressants pour le spectateur qui devra se contenter de 2 ou 3 plans symboliques, notamment avec deux des journalistes écrasés dans l’image par une église puis une cathédrale. Rien qui ne mérite une nomination aux oscars. Cela dit, cet élément n’est pas rédhibitoire, étant cohérent avec la démarche globale.

Il convient enfin de saluer une narration et un rythme qui ne faiblissent absolument jamais, tant et si bien que les 2 heures passent à une vitesse sidérante, paraissant en durer deux fois moins. Cette efficacité repose en partie sur des dialogues ultras efficaces et directs, qui pâtissent toutefois d’une artificialité légèrement criante par endroits, trahissant quelque peu l’ambiance documentaire de l’œuvre.

Pas de quoi crier au loup cependant, Spotlight est un film définitivement au-dessus du lot, faisant montre d’une passion certaine pour son sujet, qui aboutit logiquement à un métrage passionnant.

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