La 8e édition du Festival Séries Mania se déroule à Paris du 13 au 23 avril 2017. Présent sur place pendant quelques jours, Thomas couvre ainsi l’évènement et les séries qu’il découvre à cette occasion. Retrouvez tous les articles concernés en cliquant sur le tag Festival Séries Mania.

Quel rapport avons-nous avec la conclusion de nos séries chéries ? Quel rapport entretiennent les créateurs avec la fin de leurs œuvres ? S’il y a bien une chose qu’il ne faut pas louper quand on fait une série TV, c’est bien sa sortie, Damon Lindelof (Lost) ou Craig Thomas (How I met Your Mother) en savent quelque chose. Olivier Joyard, journaliste spécialiste des séries aux Inrockuptibles, réalise un documentaire passionnant sur la fin des séries, leurs causes, leurs conséquences et les traces qu’elles laissent dans l’imaginaire collectif.

Parti du ressassement de son entourage à propos de la fin de Mad Men, le journaliste tente de cerner notre rapport si spécifique aux séries et à ce qui les termine. Décidée de plein gré ou non, la conclusion d’une série engendre son lot de questionnements, de frustrations, de satisfactions et/ou de larmes. Étant donné que l’on s’attache désormais si facilement aux séries et aux personnages qui les font vivre, puisque regarder un show pendant parfois dix ans nous implique émotionnellement et qu’un Deus Ex Machina décide un jour d’y mettre fin, les créateurs sont soumis à la pression.

Interrogeant des fans, Olivier Joyard montre les débats virulents entre ceux qui ressentent le besoin de boucler la boucle et ceux qui souhaitent laisser la place à l’imaginaire, ne pas tout savoir. Si l’on part de ce constat, il apparaît d’ores et déjà impossible de satisfaire tout le monde. Revenant sur la conclusion de Lost et le torrent de haine qui a suivi (« terroriste émotionnel », « traitre », « idiot » a-t-il put recevoir comme amabilités), Lindelof confesse être entré en dépression après cet épisode. Pas à cause du poids sur ses épaules qui se détachait après la fin de ce show si populaire, mais bien à cause de la réaction — « légèrement » outrancière — des spectateurs. D’autres, comme Patrick McGoohan, cherchaient la polémique et la controverse en donnant cette fin à sa série Le Prisonnier, quitte à devoir se planquer dans la campagne anglaise pendant deux semaines pour ne pas se faire agresser en rencontrant des fans ultra mécontents.

Symbole de l’avènement de la série comme produit culturel de masse, c’est la sérialisation qui a imposé la nécessité pour les auteurs de mettre en place une fin digne de ce nom. Reconnues unanimement comme deux des fins de séries les plus cohérentes et satisfaisantes, les conclusions de Six feet Under et Breaking Bad sont décryptées par leurs auteurs. Vécues comme le moment le plus excitant, mais également le plus exténuant de leur carrière, Alan Ball et Vince Gilligan évoquent ce travail de fourmis, et surtout l’importance du collectif, où chacun, « à la vitesse d’une limace » comme l’explique Gilligan, va contribuer à poser sa pierre à l’édifice. Ils évoquent avec précision le fait de respecter une chose simple : la promesse de départ.

Quelle est la promesse de départ de Breaking Bad ? Un homme condamné à mourir. Pour écrire sa fin, Gilligan a fait ce constat simple : Walter White doit donc mourir. Idem pour Alan Ball : comment conclure une série qui n’a parlé que de mort pendant cinq saisons ? En montrant la mort des personnages principaux.

Entouré de spécialistes, universitaires et critiques, Olivier Joyard explique également le dilemme de la conclusion, trouver le juste milieu entre une fin qui explique tout et celle qui donne aux personnages une infinité de possibles ultérieurs. N’ayant plus rien à rajouter sur sa conclusion des Sopranos, David Chase refuse toujours de s ’exprimer sur la frustration engendrée par le sort en suspens de Tony Soprano, mais apporte son lot de réponses au sein même de l’ultime épisode : acculé de tous les côtés et arrivé au bout de sa trajectoire, Tony peut bien vivre ou mourir, cela ne changera rien, alors pourquoi choisir ?

Cherchant également à savoir ce qu’une fin provoquait auprès des acteurs, le réalisateur emmène notamment Hélène Filières, la cheffe de clan de Mafiosa, sur les traces du dernier épisode de la série de Canal +, et montre une séquence très poignante de l’actrice, en larmes, regardant les derniers instants de la série, et évoque “le spectre” que Sandra Paoli — son personnage — représente pour elle depuis.

De l’émotion, ce documentaire n’en manque pas, en nous remontrant les dernières secondes de nombreux shows (les spoilers vous sont annoncés, pas d’inquiétude) et les poils se hérisseront peut-être en revoyant les conclusions de Friends, Six Feet Under ou des Sopranos. Mais bien heureusement, Fin de Séries ne répond pas à la question que tout le monde se pose quand notre show préféré se termine et que personne n’a jamais mieux énoncé que Buffy : “Et qu’est-ce qu’on va faire maintenant ?”

Fin de séries, diffusé une première fois ce mardi 18 avril sur Canal+ Séries, rediffusé vendredi 21 avril à 20h50 et dimanche 23 à 13h15

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