Black Mirror : du meilleur de la satire au plus inoffensif, le classement des épisodes

17 Jan 2018 à 18:00

Black Mirror (logo)

Quel est notre rapport à la technologie ? Jusqu’où s’incruste-t-elle dans nos vies, jusqu’où le progrès peut aller ? C’est la question à laquelle tente de répondre Black Mirror, série anthologique de Charlie Brooker lancée par Channel 4 en 2011 et diffusée sur France 4 chez nous — et qui se poursuit à présent sur Netflix.

À chaque épisode son concept, son casting et son histoire. Black Mirror possède un parti-pris fort en possibilités et l’exploite sur les 19 épisodes qui composent la série pour le moment. Appelant à une réflexion profonde à partir d’éléments dystopiques, chaque intrigue construit autant une satire qu’une étude incroyablement réaliste de la société actuelle.

Cependant, certains y parviennent mieux que les autres, le message ne résonnant pas toujours au même niveau que les autres. Quels sont les plus pertinents ? Après la récente mise en ligne sur Netflix de la saison 4, voici donc mon classement des épisodes en débutant par le meilleur de ce que la série a à offrir :

Black Mirror - White Bear

White Bear (Saison 2, épisode 2)

Surveiller et punir. Michel Foucault en a rêvé, Black Mirror l’a fait.

Une jeune femme (Lenora Crinchow) se réveille amnésique et est aussitôt prise en chasse par un homme. Les passants assistent à la traque, ne levant le petit doigt que pour prendre la jeune femme en photo. Sans en révéler le twist final, White Bear est un épisode remarquable qui questionne la notion de justice et la place du citoyen dans celle-ci. Le message en est d’autant plus percutant qu’il met en avant une époque où, grâce à la télévision et au flux Internet, chacun se fait juge de l’autre.

Black Mirror - Saison 2

Be Right Back (Saison 2, épisode 1)

« Un être vous manque et tout est dépeuplé » : c’est un peu le point de départ de Be Right Back. Martha (Hayley Atwell) perd l’amour de sa vie. Un service en ligne lui propose de ramener son mari sous la forme d’un avatar grâce aux « souvenirs » qu’il a laissés sur Internet. Oui, mais cela ne remplace pas l’homme.

La seconde saison s’ouvre avec brio en exploitant le thème du deuil et du tabou que la mort représente dans nos vies. Internet ouvre la possibilité de l’éternité avec des réseaux comme Facebook et une mémoire infinie. Black Mirror nous montre alors de manière effrayante la difficulté du deuil, mais aussi ce qu’il adviendrait s’il n’était plus possible.

Black Mirror - The Entire History of You

The Entire History of You (Saison 1, épisode 3)

La jalousie est un vilain défaut, un des côtés les moins reluisants de l’homme. Et l’amour pousse à des choses bien étranges, comme enquêter sur un supposé adultère au moyen d’une puce implantée nous permettant de stocker nos souvenirs. Cet épisode, en plus de nous démontrer que la confiance est une denrée de plus en plus rare, nous prouve une fois de plus que le numérique peut nuire à votre couple et que celui-ci ne sera bientôt plus qu’un fantôme sacrifié sur l’autel de la curiosité.

Black Mirror - Fifteen Million Merits

15 Million Merits (Saison 1, épisode 2)

L’écran, premier interlocuteur de l’homme ? Oui, si l’on en croit 15 Million Merits. Dans cette dystopie particulièrement perturbante, de jeunes hommes et femmes sont vissés 24/7 devant des écrans diffusant des télé-réalités auxquelles ils sont destinés à participer pour avoir une vie « normale ». Mais qu’est-ce qu’est cette normalité à l’ère du « tout écran », de la starification instantanée et éphémère. L’épisode impressionne autant par son univers rocambolesque que par sa pertinence contemporaine, pointant du doigt autant la perversion du système audiovisuel que le carcan d’une société capitaliste nous poussant à vouloir toujours plus.

San Junipero (Saison 3, épisode 4)

Et si Black Mirror pouvait nous montrer un futur avec une happy-end ? Malgré ses univers dystopiques et ses chutes horrifiques, la série nous présente avec cet épisode sa première lueur d’espoir dans ce futur de brutes. En 1987, à San Junipero se rencontrent Yorkie et Kelly et tombent follement amoureuses, vivant une histoire passionnée et passionnante.

Construit comme une bulle de nostalgie, cet épisode mêle la tragédie amoureuse et son concept de science-fiction simple mais efficace dans une histoire amère mais lumineuse, portée par les superbes performances de Mackenzie Davis et Gugu Mbatha-Raw.

Black-Mirror - The National Anthem

The National Anthem (Saison 1, épisode 1)

Le Premier ministre britannique doit coucher avec un cochon à la télévision sinon une membre de la famille royale qui a été kidnappée sera exécutée. Avec son épisode d’introduction, la série frappe fort. Que ce soit son concept étrange et choquant et son exécution lapidaire, l’épisode marque les esprits même s’il reste un peu simpliste dans son dilemme. Cela ne lui enlève heureusement pas sa force d’impact et sert brillamment de manifeste à la série et son propos.

Black Mirror - White Christmas

White Christmas (Christmal Special 2014)

Dans cet épisode, Jon Hamm incarne Matt, un Américain qui vit dans un refuge avec Potter (Rafe Spall). Un soir de Noël, ils se remémorent leur passé. Cet épisode s’appuie sur les Zed-eyes, des implants oculaires permettant, entre autres, de bloquer les gens avec qui on ne souhaite plus avoir de relations. Véritable labyrinthe narratif mêlant trois récits connectés aux autres, cet épisode se révèle aussi captivant que trop gourmand. La partie impliquant le personnage d’Oona Chaplin n’exploite pas pleinement un potentiel qui aurait pu donner un épisode à lui seul. Les 70 minutes se révèlent alors bien trop courtes pour contenir une telle ambition narrative, bien qu’elle parvienne sans mal à nous terrifier une nouvelle fois.

Hang The DJ (Saison 4, épisode 5)

Seconde et dernière histoire sans retournement d’estomac ou de cerveau pour Black Mirror avec Hang The DJ où dans un monde où l’application de rencontres dicte la durée et le processus d’une relation amoureuse, deux personnes se rencontrent et tombent amoureuses. Or, ils n’ont que 12 heures à vivre ensemble et d’autres relations moins enflammées suivront.

Si l’épisode ne brille pas par son traitement assez schématique, il emporte par l’incroyable alchimie de son couple principal et ses interprètes, Joe Cole et Georgina Campbell. Cette histoire d’amour contrariée se suit avec un plaisir assez rafraîchissant dans une saison moribonde et, malgré un twist final qui altère un peu son propos sur le libre-arbitre contre la machine, fait chaud au cœur.

USS Callister (Saison 4, épisode 1)

Dans l’USS Callister, personne ne vous entendra crier. Le capitaine Robert Daly (Jesse Plemmons) mène son équipage d’une main de fer, sans gant de velours, dans leur périlleuse exploration de la galaxie et de planètes inconnues.

Fort d’un scénario inventif et d’une réalisation intéressante, USS Callister diverge un peu du côté horrifique de la série (bien que toujours oppressant) pour délivrer une heure de divertissement intelligent mais fonctionnant bien trop comme un épisode de SF excitant que comme une nouvelle variation de Black Mirror. Un mal pour un bien.

Nosedive (Saison 3, épisode 1)

A l’ère des réseaux sociaux où chacun juge l’autre, Lacie veut tout faire pour obtenir la vie de ses rêves. La seule chose sur son chemin est la note moyenne que son entourage lui attribut, dépendant rapidement d’une amie d’enfance populaire avec laquelle elle reprend contact.

La course à la popularité prend ici un tournant encore plus angoissant quand notre vie est régie par le regard des autres. Tout s’achète par celui-ci mais tout se perd aussi. La lente plongée dans la folie de Lacie (Bryce Dallas Howard) fait peur car est totalement contemporaine. C’est également ce qui enlève de la force à ce concept pourtant bien employé : nous sommes déjà dans ce futur que Nosedive dépeint et la chute nous paraît moins percutante (mais tout aussi réelle). Un bon épisode sans surprise.

Black Mirror - The Waldo Moment

The Waldo Moment (Saison 2, épisode 3)

Waldo, c’est l’avatar animé fanfaron de James Salter (Daniel Rigby), un comédien de seconde zone qui se retrouve candidat aux élections locales après un échange musclé avec un élu du Parti conservateur.

Exploitant le thème du quart d’heure de gloire et de son aspect toujours plus éphémère à l’ère d’Internet, The Waldo Moment tente de jouer sur un désir qui habite la plupart d’entre nous. Malheureusement, l’épisode se déroule de manière trop linéaire et simpliste pour donner pleinement corps à une réflexion totalement pertinente et se perd en cours de route. Dommage que l’épisode ne parvienne pas à bâtir une satire de la politique spectacle digne des autres épisodes.

Black Mirror Volume 1
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Metalhead (Saison 4, épisode 4)

Dans un univers post-apocalyptique, en explorant un entrepôt abandonné, trois pillards déclenchent une course poursuite où un monstre de métal veut leur mort. Le pitch est aussi fin que le scénario de cet épisode où les quarante minutes sont consacrées à la course de Bella (Maxine Peake) pour survivre.

Avant sa chute aussi vaine que tragique, Metalhead se laisse regarder surtout pour son esthétique noir et blanc où la vie et la mort se chevauchent sans émotion, à l’image de l’ennemi qui fait monter la tension. L’épisode se suit sans déplaisir, avec une certaine angoisse, mais laisse peu d’impression tant il est décontextualisé. Dommage.

Black Museum (Saison 4, épisode 6)

Black Mirror est la digne héritière des Contes de la crypte et The Twilight Zone, rien de surprenant à ce qu’elle s’essaie alors à l’anthologie dans l’anthologie avec Black Museum. Dans ce musée au fin fond du désert, une jeune femme se fait conter trois histoires des dérives technologiques jusqu’à un final bien évidemment surprenant.

L’exercice aurait pu être excellent, une mise en abîme de la série qui reste satisfaisante pour ses détails et son ambiance, mais qui effleure trop son sujet pour fonctionner. Chaque histoire individuelle a les prémisses d’un épisode dans lequel on aurait aimé plonger (notamment la seconde) et est emballé dans une intrigue générale avec un fort potentiel, mais une prévisibilité rédhibitoire.

Hated in the Nation (Saison 3, épisode 6)

Les séries scandinaves ont fait beaucoup de petits et il est logique que la série s’y attaque avec un twist dont elle a le secret. Ici, un tueur sème la mort en condamnant des personnes sur Twitter, par un hashtag, l’enquête étant narrée par Karin Parke (Kelly Macdonald). Sauf que le tueur est un essaim d’abeilles numériques commandées.

En utilisant l’univers policier, la série capitalise sur un environnement familier et pourtant ne parvient qu’à de rares moments à proposer quelque chose de neuf, s‘empêtrant trop dans ses références et son propos sur la société et sa morale pour totalement emballer.

ArkAngel (Saison 4, épisode 2)

Que se passe-t-il quand une mère a la technologie de son côté pour sécuriser son enfant et la protéger de toute forme de violence ?

Si le postulat de départ est intéressant et la confrontation à la réalité pertinente, ArkAngel peine surtout à se révéler surprenant. Tout y est divertissant et captivant, à commencer par la partition de Rosemarie DeWitt sous la coupe de Jodie Foster, mais du déroulement à l’issue, l’épisode reste prévisible, ce qui lui enlève de son impact.

Playtest (Saison 3, épisode 2)

Pour financer son tour du monde, un touriste est choisi pour tester un jeu vidéo d’horreur avec pour particularité d’être lié à son cerveau et donc  le plus immersif possible. Il va alors vivre une partie plus intense que jamais.

En faisant appel à Inception, eXistenZ et à l’univers vidéoludique, Black Mirror veut faire plaisir, mais se plante. Paresseux dans sa construction et sa narration, Playtest ne profite pas de ses atouts (Wyatt Russell, Hannah John-Kamen et Wunmi Mosaku) pour nous faire adhérer à ce futur prédictible, tout comme la fin si tant est que l’on est amateur de ce genre de film.

Shut up and Dance (Saison 3, épisode 3)

Kenny (Alex Lawther), Hector (Jerome Flynn) et d’autres personnes sont victimes de chantage après un piratage qui menace de voir leurs vies ruiner et doivent suivre des instructions absurdes pour s’en sortir.

Vivre dans un monde où la moindre information est désormais publique, où les questions de moralité se déplacent vers le monde virtuel, telles sont quelques-unes des marottes de la série. Et pourtant, encore une fois, cette saison 3 peine à dépasser sa simple idée pour délivrer un discours percutant, plombé ici par une réalisation mollassonne.

Man Against Fire (Saison 3, épisode 5)

Dans monde après-guerre, une unité militaire doit tuer les « cafards », des humains dégénérés qui se cachent. Un des nouveaux soldats va malgré lui découvrir la réalité cachée par son équipement d’avant-garde suite à des dysfonctionnements.

Encore une fois, la série revient sur la façon dont la technologie peut modifier notre perception de la réalité, mais se heurte à une approche trop stéréotypée et attendue, brisant le côté immersif que la série peut avoir. Cet épisode se complait dans une exposition constante de ses enjeux et ennuie rapidement, même pas rattrapé par sa chute tragique, mais pas vraiment efficace.

Crocodile (Saison 4, épisode 3)

Que faire quand le concept ne porte plus rien ? Un bel objet complètement vide. Crocodile part d’un principe basique de Black Mirror : Shazia, une enquêtrice d’assurance, peut récolter les souvenirs récents d’accidents pour clore des affaires. Elle déterre alors le terrible secret de Mia, une architecte, et entraîne une spirale de violence.

Hormis la performance sympathique d’Andrea Riseborough, Crocodile n’a pour lui que les belles images scandi-noir de John Hillcoat et ne parvient à aucun moment à tirer parti de son concept pour proposer quelque chose de renversant ou au moins divertissant. La tension monte artificiellement et le twist final, bien qu’horrible, ne permet plus d’excuser l’ennui profond dans lequel cet épisode nous plonge.

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