The Dresden Files
Les adaptations littéraires sur notre petit écran se font de plus en plus courantes. La télévision prend exemple sur le cinéma, et a constaté que la littérature était un puit d’idées sans fin.
Cette année, The Dresden Files et Dexter en sont les deux parfaits exemples. La saison 2007/2008 nous offrira Gossip Girl.
Le phénomène s’amplifie, mais permet-il de produire des séries de qualités ou au contraire, des séries au rabais ? Cela satisfait-il les fans de l’œuvre sur papier ? Le public novice apprécie-t-il la série ?
Aujourd’hui, nous allons donc nous intéresser au sujet d’un peu plus près, en inaugurant le thème avec la série The Dresden Files dont le premier tome est sorti il y a peu dans notre pays.

The Dresden Files voit le jour sur Sci-Fi, s’inscrivant dans la nouvelle politique de la chaine : des séries à stand-alone, plus ancré dans la réalité actuelle, c’est-à-dire, avec moins de vaisseaux.
La série raconte les aventures d’Harry Dresden, magicien détective privé, travaillant aussi pour la police dans le cas d’affaires mystérieuses.
Sa collaboration avec la police se fait par l’intermédiaire de l’inspecteur Connie Murphy, jeune femme pragmatique et sceptique, ne sachant que peu de choses du monde de Dresden.
Harry partage d’ailleurs son appartement avec le fantôme de son oncle Bob, emprisonné dans un crâne, qui l’aide dans ses affaires. Mais Dresden doit aussi faire face au « High Council », ordre supérieur magique chargé de faire respecter les règles de la magie. Morgan est l’intermédiaire du Haut Conseil auquel Harry doit faire face quand quelque chose ne va pas.
La série jongle avec tous ses éléments, servant l’univers de Dresden et donnant un style à la série. L’ambiance est en général bon enfant, Dresden étant quelqu’un d’assez cool, tentant du mieux qu’il le peut à régler les affaires qu’on lui confie, mais a clairement un don pour attirer les ennuis.
Aucune prétention ne se dégage ici, et il s’agit avant tout de divertir le public, avec de l’action, de l’humour, et des histoires un minimum original.
La recette est assez efficace, car la saison 1 se révèle assez plaisante à regarder, à l’exception d’un ou deux épisodes de mauvaise qualité.

Harry Dresden voit le jour en 2000, sous la plume de Jim Butcher. Cela aboutira à une série de huit livres, encore en cours.
La série a donc tiré son univers des livres, mais seulement le premier tome a pour le moment été adapté en épisode.
Le créateur de la série posera ses marques tout au long des 13 épisodes qui lui ont été accordés. Le Dresden de la télévision ne pouvait pas être à l’identique du Dresden du papier, chaque adaptation devant s’adapter à son support.
Le premier obstacle fut Bob. Dans le livre, Bob se trouve être un simple crâne. Il est coincé dedans, mais n’apparaît pas sous forme fantomatique. Les yeux du crâne s’illuminent, pour montrer que Bob est bel et bien là. Cette version de Bob fut, je crois, tentée, mais le résultat sur écran n’était pas convaincant, il a donc été jugé préférable d’opter pour un acteur en chair et en os. Ce n’est d’ailleurs pas la seule chose qui a changé chez Bob. Dans le livre, le personnage est, disons-le clairement, un obsédé qui organisait des orgies. Et qui en réorganise dès que Dresden le libère. C’est un pervers, qui trouve du plaisir à concocter des philtres d’amour. Notre Bob télévisuel joue plus sur la corde du cynisme, et se révèle être d’une nature plus respectable que celui du livre.
Son personnage est un des points forts de la série. Incarné par Terrence Mann, Bob est attachant et manque quand il n’est pas présent. Il est alors libre à chacun de choisir sa version préférée de Bob. Je penche plus facilement vers celui de la série, mais le Bob du livre a son style bien à lui.
Murphy, l’inspecteur avec qui doit traiter Dresden, a elle aussi subi quelques changements. Karrin Murphy serait inspirée d’une flic du même nom et au physique similaire. Pour éviter une trop grande ressemblance avec la réalité, un changement de prénom a été effectué (Karrin devenant Connie), ainsi que le choix d’une actrice au physique opposé à la description faite dans le livre. D’une petite blonde, elle est devenue brune latino.
Ceci n’est en soit qu’un détail. Pourtant, la différence ne s’arrête pas là. La Murphy du livre est une femme au caractère fort, avec une présence bien plus importante que la Murphy de la télévision. Au final, cette dernière parait presque frêle et fade face à son opposé.
Le rôle est endossé par Valérie Cruz. Dans les premiers épisodes, le personnage est peu utile, et met un peu de temps à s’installer. Sa présence à l’écran dans certains épisodes ne dépassant pas 5 minutes, cela n’a donc pas aidé.
Morgan et Dresden sont peut-être ce qu’il a de plus proche. Le premier est tout aussi froid et borné dans les deux versions alors que le second conserve son attitude de type sympa.
Si Conrad Coates dans la peau de Morgan devait sans doute représenter un quota racial, l’acteur réussit à faire oublier cet aspect si « hollywoodien » et bien que son physique soit à l’opposé de celui du livre, niveau peau et couleur de cheveux, l’acteur a réussi à s’emparer entièrement du personnage.
Finalement, le changement majeur qui influera sur la série plus que toute autre chose est la magie, celle utilisée autour de Dresden, celle utilisée par Dresden.
Quand on rencontre Harry pour la première fois dans la série, nous ne connaissons pas son niveau de magie et le premier épisode se révèle assez frustrant à ce niveau là. Peu d’utilisation, et quand elle est là, on ne comprend pas toujours son utilité. Cela sera, par la suite, beaucoup mieux géré. Mais l’impression que Dresden tâtonne, découvre au fur et à mesure l’univers dans lequel il évolue s’incruste. Il faut dire qu’il ne semble pas toujours bien au courant de ce qui se passe.
Nous avons donc affaire à un Dresden presque débutant.
C’est la différence notoire avec le livre : là, Harry est un magicien affirmé, l’un des plus puissants qui existe. Il connaît tous les tours, malgré une mémoire défaillante (il fait appel à Bob pour la réalisation de potions).
Au lieu de nous offrir un personnage fort, ne pouvant pas douter de ces capacités, nous avons sur écran affaire à un Dresden beaucoup moins compétent. Il semblerait que cela soit un choix narratif voulu, et qu’il s’agirait de montrer Harry avant l’acquisition de tous ses talents – si l’on peut le dire ainsi – soit avant les livres.

Le fan du monde littéraire de Dresden peut être un peu perplexe devant l’univers télévisuel, mais le tout reste finalement assez fidèle à son matériel de base.
Pour Jim Butcher, il s’agit surtout d’une transposition de son univers plutôt que d’une adaptation.
En effet, l’esprit et l’ambiance sont bien retranscrits et seulement les puristes pourront vraiment trouver à redire. La série est donc aussi distrayante que le(s) livre(s) et les libertés prises avec l’univers ne trahissent pas le support de base.
Le novice appréciera aisément la série, sans avoir lu les livres. Seul le Haut Conseil (appelé la Blanche Confrérie dans la traduction française) parait assez mystérieuse, mais le premier livre ne fait pas plus de lumière que la première saison sur ce point.

The Dresden Files réussit son passage du papier à l’écran, offrant une vision rafraichissante et distrayante du monde de la magie.

Les deux premiers tomes de la série Dresden ont été publié en France, tandis que Sci-Fi a bel et bien confirmé l’annulation de la série.

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CaroleC
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