Introduction à Twin Peaks

Twin Peaks

Comme on en parlait il y a peu, un grand nombre de classiques mérite et doit être encore regardé à cause de leur pertinence dans l’histoire des séries ou du simple fait que ce soit de bonnes séries. Cette nouvelle chronique, Introduction aux classiques, est donc là pour paver le chemin en offrant une présentation de ces œuvres mémorables et/ou importantes.

L’histoire : Les habitants de Twin Peaks, petite ville forestière située au nord-ouest de l’État de Washington, sont sous le choc quand le corps sans vie de la jeune et populaire Laura Palmer est retrouvé sur le bord de la rivière. L’agent spécial du FBI Dale Cooper arrive sur place pour diriger l’enquête. Rapidement, il découvre que Laura n’était pas celle que tout le monde croyait connaitre et que, comme elle, beaucoup de ses voisins ont des choses à cacher.

Quand j’ai commencé à m’intéresser sérieusement aux séries TV, à dépasser le simple visionnage pour en apprendre plus sur le sujet, ce que je pouvais lire me ramenait à un show en particulier qui était plus ou moins établi comme étant la référence de l’époque : Twin Peaks. C’était donc les années 90 et, au moment où j’ai découvert son existence, la diffusion était terminée depuis quelque temps – comme la chaine qui l’avait diffusée, La Cinq. Il faut dire qu’en 1991, quand elle fut donc programmée en France, je n’avais que 10 ans et la création de David Lynch ne risquait de toute façon pas vraiment de me parler. Cela dit, Série Club la rediffusa quelques années plus tard, et elle ne fut pas la dernière à le faire puisque Arte l’avait sur sa grille en 2011, 20 ans après qu’ABC l’ait annulé.

Dans son genre, Twin Peaks est un bel exemple de succès éphémère. Si la première saison, composée de seulement 8 épisodes, a entrainé le show vers des sommets, la seconde commença en haut de la liste des séries les plus regardées pour terminer tout en bas. L’annulation était ainsi inévitable, mais cela n’empêcha pas la création de Lynch et Frost d’imposer de manière indélébile sa marque dans la culture populaire.

Son point de départ parait à présent assez standard, tout particulièrement de nos jours où ce pitch, permettant de passer l’Amérique au microscope, fut copié et adapté à toutes les sauces. Ce qui rendait la série unique à l’époque était son ambiance, ses personnages et son approche narrative. Quand ils l’ont créée, David Lynch et Mark Frost s’intéressaient plus à la vie des habitants de Twin Peaks qu’à l’investigation. D’ailleurs, ils n’étaient pas d’accord au début sur la résolution à donner à cette affaire, voulant au final ne simplement pas la conclure. Ils avaient peut-être raison, puisqu’après que l’identité du tueur fut révélée au milieu de la seconde saison sous la pression des responsables de la chaine, les audiences qui faiblissaient déjà légèrement ont dramatiquement chuté. Découvrir le coupable et ses motivations était ce qui avait accroché les spectateurs dans cet univers atypique et sombre et, une fois qu’ils ont obtenu ce qu’ils attendaient, ils ne sont juste pas restés.

Ce qui caractérisait Twin Peaks se trouvait cependant plus dans Laura Palmer que dans ce qui provoqua sa mort. Cette jeune femme qui était en apparence l’adolescente parfaite cachait une double-vie tumultueuse. À différents degrés, cela s’appliquait également à tous les habitants de la ville qui camouflaient leurs secrets derrière une façade lisse qui commença à se fissurer au moment même où, aux côtés de l’agent Cooper, nous posons les yeux sur le corps sans vie de Laura. Quand David Lynch y impose en plus son penchant pour mélanger les genres et briser les codes, cela donne une série qui n’a simplement rien d’orthodoxe. Les excentricités sont traitées comme des banalités, la musique envoute et les dialogues hallucinent. Les règles régissant traditionnellement le soap opéra se joignent à la noirceur du polar noir avant de se heurter à de la comédie de situation pour mieux être plongées dans un univers fantastique où une allégorie sur la propagation du Mal s’exprime de manière plus que littérale. La recette est indéniablement déstabilisante, tout particulièrement quand la vie nocturne à Twin Peaks vire au sordide et qu’au petit matin le mélodrame sentimental domine avant qu’un petit déjeuner devienne un moment de poésie – et pas forcément dans cet ordre.

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À proprement parler, Twin Peaks est une série purement à part. À l’époque de sa première diffusion, la télévision américaine n’était pas en panne sèche d’un point de vue créatif, bien au contraire, mais rien ne pouvait être comparé à ce que le show apporta. Ses bizarreries n’ont pas débordé sur les autres programmes, mais sa capacité à briser les normes établies de la narration inspira une génération de scénaristes, aidant ainsi à modeler une nouvelle façon de raconter des histoires sur le petit écran. Mais c’est par-dessus tout la beauté de sa cinématographie qui subjugua et qui bouleversa les ambitions de l’industrie qui se retrouva remodelée, évoluant pour donner naissance ce que l’on reconnait aujourd’hui comme étant un standard en termes de qualité de réalisation, ouvrant la porte à d’autres cinéastes qui viendront à leur tour poser leur marque.

En soi, malgré et peut-être aussi à cause de tout cela, l’importance de Twin Peaks, ce qui en fait à présent un classique, est également ce qui précipita sa fin. Dès le départ, elle ne semblait pas faite pour durer. Elle était la première série à succès à totalement fonctionner de cette manière, offrant une histoire feuilletonnante en s’appuyant fortement sur un mystère dont la résolution ne pouvait pas éternellement être repoussée. Si elle avait été conçue comme une mini-série, il est probable que ses ambitions n’auraient pas eu de telles répercussions. Le fait est que ce n’était pas le cas et c’est ce qui fit la différence. Peut-être que l’intérêt du public s’évapora progressivement après la révélation de l’identité du tueur, mais elle se poursuivit tout de même avec une nouvelle intrigue qui permettait à l’agent Cooper de rester, prouvant que l’univers du show pouvait perdurer – et que personne ne pouvait vraiment quitter Twin Peaks. Le souci ici étant que l’excentricité de l’ensemble perdit de sa fraicheur et fatigua indéniablement les spectateurs de l’époque qui avaient de toute façon déjà obtenu la réponse à la seule question qui les intéressait réellement : qui a tué Laura Palmer ? Celle-ci devait pourtant se faire oublier au fur et à mesure que l’on s’investissait dans l’existence des habitants de la ville, mais ce ne fut clairement pas le cas.

Après ça, la vie de Twin Peaks fut encore un peu agitée – retirée de l’antenne, ramenée suite à une campagne menée par des fans avant d’être enfin annulée. À ce stade cependant, elle ne pouvait simplement pas être enterrée et oubliée. Elle a ainsi rapidement confirmé qu’elle était devenue un véritable objet de culte. David Lynch ajouta d’ailleurs une ultime pierre à l’édifice avec son film, Twin Peaks: Fire Walk with Me – à la fois prologue et épilogue –, qui divisa autant les adeptes du réalisateur que ceux du show.

En tant que série TV, Twin Peaks s’est incontestablement imposée, malgré qu’elle ne soit finalement pas des plus facile d’accès, comme une œuvre fascinante dans le fond et la forme qui délivre encore aujourd’hui une expérience de visionnage sans pareil. Même si sa formule fut émulée, améliorée et standardisée, elle reste unique, pour le meilleur et pour le pire, et c’est pour cela qu’elle est incontournable.

Plus d’informations sur Twin Peaks

Twin Peaks

Créée par Mark Frost et David Lynch.
2 saisons. 30 épisodes.
Avec Kyle MacLachlan, Michael Ontkean, Mädchen Amick, Dana Ashbrook, Richard Beymer, Lara Flynn Boyle, Joan Chen, Eric Da Re, Sherilyn Fenn, Warren Frost, Harry Goaz, Michael Horse, Piper Laurie, Sheryl Lee, Peggy Lipton, James Marshall, Everett McGill, Jack Nance, Kimmy Robertson, Russ Tamblyn, Kenneth Welsh et Ray Wise.

Conseils de visionnage : À regarder dans l’ordre et en VO, la version française étant à éviter (il y a des changements d’acteurs en cours de route). L’identité du tueur de Laura Palmer est révélée dans l’épisode 14 de la saison 2, il est donc recommandé d’aller jusque-là, l’intérêt des histoires se diluant par la suite, nous entrainant vers une fin ouverte modérément satisfaisante.

Le film Twin peaks, fire walk with me est optionnel à la compréhension de la série.

La série Psych a rendu un hommage en 2010 à Twin Peaks avec un épisode spécial intitulé Dual Spires qui réunissait Catherine Coulson, Dana Ashbrook, Lenny Von Dohlen, Ray Wise, Robyn Lively, Ryan McDonald, Scott Lyster, Sherilyn Fenn et Sheryl Lee.

L’intégrale de Twin Peaks est disponible en DVD chez TF1 Vidéo.

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