
Chaque jour, il doit organiser son existence solitaire dans une cité à l’abandon, vidée de ses habitants par une étrange épidémie. Un virus incurable qui contraint les hommes à se nourrir de sang et les oblige à fuir les rayons du soleil… Chaque nuit, les vampires le traquent jusqu’aux portes de sa demeure, frêle refuge contre une horde aux visages familiers de ses anciens voisins ou de sa propre femme.
Chaque nuit est un cauchemar pour le dernier homme, l’ultime survivant d’une espèce désormais légendaire.
Je suis une légende est un classique. Voir ainsi une adaptation sur nos écrans n’est pas une grande surprise. D’un point de vue littéraire, le livre est clairement excellent. L’auteur a du style et surtout convainc. L’histoire est prenante, la tension omniprésente, et le malaise de Robert Neville ne peut que nous envahir, tout comme sa recherche de la vérité.
D’un point de vue cinématographie, le film est très bon. Mais, comme beaucoup d’adaptations de livres de SF, il y a de grandes différences qui apparaissent, pour servir le film, ou pour rendre un peu plus d’espoir.
La première qui apparaît à l’écran est celle du chien. Bon, d’accord, c’est le fait que Will Smith soit noir, et non blanc et blond ! Donc, l’animal qui accompagne Robert Neville à l’écran se trouve bien dans le livre, le temps de 10 ou 15 pages. Il n’a pas de chien, il a une bouteille. Autant dire que si la folie de notre héros à l’écran fait mal, celle qui le consume dans le livre est encore plus intense. Au premier abord, j’avais peur que cet aspect, conséquence d’une très longue solitude, soit effacé, pour des raisons somme toute évidentes, vu qu’il s’agit d’un blockbuster. La retranscription à l’écran prend une voie différente, mais reste fidèle à l’esprit du livre. Le chien est alors là pour adoucir la solitude de Neville, et pour ainsi éviter d’avoir à montrer un état de folie plus avancée. C’est ainsi que la première partie du film, malgré les libertés prises, garde l’essence même du livre.
Bien sûr, on note aussi un changement majeur, plus ou moins déplaisant : dans le livre, Neville est assailli par les vampires, dans le film, ils ne savent pas où il vit. La relation qui le lie à la nouvelle espèce sur Terre n’est pas réellement développée à l’écran, sans aucun doute pour des raisons pratiques. Ce que les mots disent, l’image ne peut pas toujours le faire. Sa famille prend une place plus importante, surtout due aux flashbacks, alors que dans le livre, les indices sur leur destinée (différente) sont parsemés tout au long du récit.
Jusque-là , ces changements ne font pas de mal à l’histoire, ils sont bien faits, et ne change pas le message du livre.
Ma première déception se trouve dans les vampires, à l’opposé de ceux de l’ouvrage. Ils sont vifs et intelligents. Ils ne le sont pas dans le livre. Il y a une différence entre les humains contaminés, et ceux qui sont vampires de base. Si le film donne d’ailleurs une explication sur la propagation du virus, dans le roman, Neville cherche à comprendre ce à quoi il à affaire. L’aspect scientifique est alors développé ainsi. Il ne s’agit pas de recherche pour trouver une fin au syndrome, mais simplement de comprendre ce qui se passe.
La véritable déception arrive quand Robert Neville rencontre une jeune femme et son fils. Il y a bien une jeune femme, mais pas de fils dans l’ouvrage. C’est là que l’aspect humain prend le pas, et trahit l’œuvre principale à mauvais escient. On perd beaucoup du développement de Neville, et cela va aussi conduire à une fin complètement différente. Si tout ceci nous montre que Robert ne sait plus comment communiquer après tant de solitude, les personnes avec qui ils se trouvent en contact sont des humains. Ce qui n’est pas le cas dans le livre. Cette rencontre va entrainer la fin de l’ouvrage, et cet instant de fin qui va donner tout son sens à son livre. Ainsi, pas de possible note d’espoir. À l’époque de Matheson, c’était plus que courant d’offrir un regard noir sur l’espèce humaine, et surtout d’offrir des fins tristes, pessimistes. Pas de doute, la fin du livre reste en mémoire. La fin du film, par contre, est trop hollywoodienne, et en complet désaccord avec son support original.
Si certaines trahisons au roman de Richard Matheson ne font pas souffrir le film, la deuxième partie se révèle décevante, car trop aseptisé. Je suis une légende, en tant que film à part entière, réussit très bien, en tant qu’adaptation, il se trouve pourvu de défauts non négligeables qu’on aurait aimé ne pas voir.
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