La compagnie – Du Livre à la Série

En résumé…

L’histoire débute en 1954 à Berlin, cœur même de la guerre froide où Harvey Torriti, le chef local de la CIA, surnommé  » le sorcier  » – et son assistant, Jack McCauliffe, tentent de faire passer à l’ouest des transfuges du KGB. Les informations que ces derniers peuvent livrer sont capitales ; elles concernent la présence d’une taupe aux plus hauts échelons de la CIA. L’échec d’une des principales défections apporte la preuve de cette trahison. Mais reste à trouver le coupable… Cette quête sera le combat personnel de Torriti et McCauliffe pour les années à venir, impliquant aussi bien le MI6, le Mossad, que le KGB… Mais une fois le traître découvert, les problèmes rencontrés lors des crises de Budapest puis de Cuba apportent à leur tour la preuve qu’il n’agissait pas seul. Une autre taupe, aussi dangereuse, met en péril toutes les opérations de « The Company », avec en réalité pour objectif la destruction définitive du camp occidental, grâce à un plan machiavélique…
Jack McCauliffe

Les Critiques

Ces critiques ont été écrites à l’époque de la diffusion américaine, et donc suivent son découpage en 3 parties. Publication originale : 22-08-07

Épisode 1

Basé sur du matériel solide et reconnu, à savoir le livre de Robert Littell, ce premier épisode ne réussit pourtant pas à convaincre. Suite d’évènements prévisibles, personnages translucides, on regarde sans jamais être surpris. En fait, il y a beaucoup de ressemblances avec The Good Shepherd de De Niro, mais Chris O’Donnell n’a pas le talent de Matt Damon. Michael Keaton et Alfred Molina reviennent heureusement sur le devant, mais trop tard pour nous sortir de l’ennui.

Épisode 2

La révolution en Hongrie en 1956 suivit de la Baie des Cochons, tout un programme. Malheureusement, cette seconde partie souffre des mêmes défauts que le précédent épisode. Des personnages sous exploités, dont Natasha MacElhone venue jouer les contacts avec la CIA le temps d’un demi-épisode. La partie hongroise est quand même assez claire et développée en comparaison avec la préparation et l’échec du débarquement de la Baie des Cochons. Le montage chaotique nous fait passer d’un préparatif à l’autre, mais en nous occultant la majorité. Le fait que l’on ne se fixe pas sur un personnage durant cette période, contrairement à la partie sur la Hongrie, cela nous laisse dans le vague. Jack arrive avec les révolutionnaires, puis il débarque. Les pontes de la CIA débattent. Et notre espion russe là-dedans ? Il est encore moins présent que dans la première partie.

Ce coup-ci ce n’est plus trop la déception, après le premier épisode on savait à quoi s’attendre, par contre, malgré le fait que l’Histoire de cette époque soit plus intéressante, on n’est pas plus captivé, ce qui est quand même dommage.

Épisode 3

Épisode centré sur la découverte de Sasha, le traitre. Je ne vais pas révéler qui il est, même si, pour ma part, je le soupçonnais depuis un bout de temps. D’ailleurs, en procédant par élimination, il est assez facile de le trouver. Pour ce qui est de cet épisode en général, il est meilleur que les précédents. Il semble que le fait que tous les protagonistes se trouvent, à peu près, au même endroit, nous a épargné le montage anarchique des précédents épisodes. Pour faire claire, on a moins l’impression de rater la moitié des évènements.

Le mot de la fin

Déception serait surement le mot qui définirait le mieux cette mini-série. Grosse production, un casting de qualité, un livre bien épais, et acclamé par les critiques et le public, comme matériel de base. Que fallait-il de plus ? Et bien, dur à dire, mais il est clair que c’était facilement perfectible.
Mother

Le livre face à son adaptation

La Compagnie, le grand roman de la CIA, est un livre de Robert Littell, publié en 2002 dans son pays d’origine, puis en 2003 en langue française. Le livre se divise en 6 parties, mais ces dernières ne correspondent pas avec celles de l’adaptation télévisée. J’ai donc décidé de traité l’ensemble de l’œuvre d’une traite.

Le début est assez fidèle, on retrouve les mêmes personnages, la retranscription des scènes allant parfois loin dans les détails, alors qu’à d’autres moments, c’est plus de l’ordre de l’ellipse. Certains personnages sont oubliés, mais à ce niveau dans la lecture, on ne se rend pas compte de l’impact que cela aura sur le reste de l’adaptation. En effet, il semble que la volonté du scénariste ait été de limiter les personnages, utilisant Jack MacAuliffe pour reprendre les intrigues des oubliés. Elliott Ebbitt III, dit Ebby, se trouve être au centre du deuxième livre, et donc de la première partie du second volet de la minisérie. Ebby fut donc, sur papier, celui qui vécut la révolution hongroise. À l’écran l’aventure en Hongrie de Jack reprend les évènements importants, mais change l’alchimie entre les protagonistes, tout comme la chronologie. Ebbit, Jack et Leo, recrutés ensemble, vont gravir les échelons de la CIA de concert, menant au final, Ebby à la tête de la CIA. Toute son histoire et ce qui découle du personnage est donc absorbé, distribué ou supprimé.

L’adaptation ne se fait d’ailleurs pas sur tout le livre, le dernier tiers disparaît plus ou moins totalement. Certains éléments sont gardés, mais la volonté de limiter le nombre de protagonistes est telle, qu’au final, une bonne moitié n’apparaitra pas dans la version TV.

Toutes les suppressions et modifications ne sont pas forcements à l’origine de ce que j’appellerais le semi-ratage de l’adaptation. Tout portage d’une œuvre aussi colossale se doit de faire l’impasse sur des évènements, et de modifier des passages, dans le but de rester cohérent. Le gros problème, c’est qu’à l’écran, ce n’est pas captivant. Les personnages ne sont pas franchement enthousiasmants, à l’exception d’Harvey Torriti, interprété par Alfred Molina, qui au final, n’a pas vraiment changé avec la modification du format. Jack et Evgueni sont les plus touchés, plus les modifications des évènements s’opéraient, et plus leurs personnalités étaient altérées. Ils deviennent des victimes de leurs métiers, ayant chacun sacrifié l’amour de leur vie pour leur guerre. Sur Papier, Jack sera marqué par la danseuse, mais fondera une famille, et sera heureux. Evgueni de son côté, regrette d’avoir abandonné Aza en Russie, mais sa croyance dans la Cause était plus importante que tout. SACHA, le traitre, dont je ne dévoilerais pas l’identité, sera finalement bien moins complexe dans la minisérie. En fait, dans le livre, lui et Evgueni ont le droit à une partie qui leur est presque totalement dédiée, l’histoire de la prise du pouvoir d’Eltsine. Une histoire qui permet de mieux les comprendre, d’étayer leurs convictions, et au final, de les dédiaboliser.

La compagnie est un livre captivant, bourré de détails, avec des personnages bien écrits. On y découvre le fonctionnement de la CIA, l’influence de la politique – partie éclipsée dans l’adaptation, car il faut le dire, les présidents américains ne sont pas montrés de manière très flatteuse – et la complexité du contre-espionnage. L’adaptation télévisée n’a pas su saisir l’essence du livre, préférant en faire une œuvre plus romanesque, et tentant de garder un certain romantisme dans le travail d’espion. Des choix artistiques pas vraiment judicieux, alors qu’il y avait matière à donner une série plus complexe, plus crédible et bien mieux équilibrée. Je vous recommande donc plus le livre que sa version TV.

La Compagnie, le grand livre de la CIA est disponible aux éditions Buchet Chastel et en édition poche chez Le Seuil.

Source Résumé : Allociné.fr – Photos : TNT