True Blood (Sookie et Bill)

Même si HBO avait mis les petits plats dans les grands pour sa dernière venue, True Blood, pour sa première saison, a connu un succès grandissant que la chaine n’avait pas vécu depuis bien longtemps. Une progression d’audimat plus importante que les Sopranos, une presse, qui, au fil des épisodes, se voit captivé par la série, alors qu’elle n’en disait pas forcément du bien à ses débuts… Bref, True Blood est sans discussion possible le nouveau hit d’HBO. Mais avant d’atterrir sur le petit écran, Sookie et son vampire Bill sévissaient déjà sur papier. À une époque, où, comme le dit Charlaine Harris, l’auteure de la série de romans, ce n’était pas autant à la mode les êtres avec des dents pointues (le premier roman date de 2001).

Nous voici donc face à une adaptation, ce qui implique forcément des fidélités et infidélités à l’oeuvre d’origine, parfois nécessaire, et à d’autres occasions, non, témoignant de la prise de possession de l’univers d’un auteur (Charlaine Harris) par celui qui le transpose à l’écran (Alan Ball). J’ai donc choisi de ne pas offrir un comparatif long et fastidieux, autant pour moi que pour le lecteur, mais plutôt de m’arrêter sur des détails précis, de façon à montrer clairement le travail réalisé dans l’adaptation. Ainsi, si vous n’avez pas lu l’ouvrage, votre lecture n’en sera pas le moins du monde gâché, et nous pouvons ainsi quand même avoir un aperçu des grandes ressemblances et changements entre les deux univers de Sookie.

Des différences

Ce qui froisse avant tout le lecteur, ce sont les différences, les libertés prises pour le bien de l’adaptation. La série ayant été développée en 2007/2008, cela a forcément entrainé des changements vis-à-vis du contexte, si on peut dire, le livre datant de 2001. Dans l’ouvrage, par exemple, Sookie n’a pas de téléphone portable, et Katrina n’a pas encore eu lieu. Ces changements sont souvent les moins gênants (à l’exception de Katrina, à cause d’une histoire dans un tome).  A moins d’opter pour placer la série quand le roman a vu le jour, ce sont des nécessités.

Le roman étant écrit à la première personne, l’histoire nous est racontée par Sookie, cela impliquait donc un travail différent, pour faire passer la série d’une unique point de vue à plusieurs. Ainsi, toutes les scènes où Sookie est absente sont du crû de l’équipe créatrice. Ce qui a alors  été totalement revu par Alan Ball, c’est la place occupée par les personnages secondaires dans la série. Dans les romans de Charlaine Harris, nous ne quittons jamais Sookie. Difficile ainsi de développer quelqu’un quand il est loin d’elle. Ce changement-là était bien prévisible, et c’est cela qui est avant tout source de surprise pour le téléspectateur, familier de l’ouvrage.

Extrait #1 : Tara et Lafayette (1.01)

Cette scène nous montre Tara et Lafayette, deux personnages issus de la même famille dans la série, mais qui n’ont rien en commun dans les livres. Le personnage de la jeune femme a été complètement modifié :

‘Brune aux yeux marron, elle allie à une peau de pêche et à une silhouette irréprochable une bonne dose d’intelligence qu’elle met à profit pour diriger Tara’s Togs, une boutique de prêt-à-porter féminin très classe (enfin, « classe » à l’échelle de Bon Temps, en tout cas)’. (extrait de La communauté du Sud, tome 4 : Les sorcières de Shreveport, p.103)

Ceux qui auront la version française des romans dans les mains vont avoir de grandes difficultés à faire la liaison entre les deux : Tara est absente du premier roman, fait sa première apparition au ¾ du second, et s’appelle Nikkie Thornton, et se trouve être une copine de lycée de Sookie, et non sa meilleure amie depuis toujours, comme dans la série.

Ce type de libertés prises est assez symbolique des adaptations. On ne peut pas, tout particulièrement pour une série, coller à l’ouvrage. Le personnage de Tara a alors été totalement revisité dans les épisodes, lui offrant un passé, un présent, et un futur loin de celle qui croise notre route dans les pages des livres.

Elle est le symbole de ce qui est fait de plus extrême sur ce plan-là, mais elle n’est pas la seule. Ainsi, des personnages comme Sam, Jason ou Lafayette connaissent leur propre développement dans la série, ce qui est absent dans les romans. Leurs traits de personnalité restent assez fidèles à l’ouvrage, surtout qu’ils évoluent de leur côté. Jason se voit rattacher à Amy, qui est vaguement évoqué dans le premier livre, en remplacement au Merlotte pour Dawn, mais le destin en décidera autrement pour elle. D’ailleurs, les effets du ‘V’, comme dépeint dans la série, ne sont pas du tout évoqués dans le premier roman. Lafayette n’est pas très présent dans le livre, alors qu’il aura ici le droit à une partie centré sur lui. Pour Sam, tout ce qui le relie à Tara est donc inexistant dans le premier tome, et à vrai dire, la série ne retranscrit pas très bien le personnage, qui apparaît par moment assez antipathique, surtout vis-à-vis de Bill, alors qu’il est clair dans le livre que, s’il n’aime pas le vampire, il sait que ce dernier ne fera pas de mal à Sookie. Le possible triangle amoureux a ici été développé sous un autre angle de vue.

Ces modifications/évolutions sont là avant tout pour enrichir l’univers dans lequel se déroule la série. Bon Temps, les vampires, la chaleur du Sud. Alan Ball et son équipe utilisent les différents protagonistes et développent leur personnalité au coeur de la mythologie. Des libertés sont prises, pour aborder des thématiques. Un angle de vue que l’oeuvre n’adopte pas. Dans cette optique, des bouts d’intrigues sont donc crées de toutes pièces, comme le procès de Bill, et ces conséquences. Des divergences ont été pris par rapport au roman, pour offrir une évolution différente, et nous faire découvrir un peu plus le monde des vampires selon Ball.

Ainsi, vous l’aurez compris, les scénaristes de True Blood se sont appropriés l’univers des livres. Mais pour cela, ils sont aussi restés fidèle à l’ouvrage… (La suite, page 2)

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CaroleC
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