Où se cache la vérité ? L’effet de Rashomon s’invite dans les séries

Rashomon

Il n’a pas été nécessaire d’attendre que Gil Grissom dans Les Experts insiste sur le fait que les preuves étaient plus fiables que les témoins pour savoir que tout le monde n’a pas une vision identique d’un même évènement. Certaines œuvres en ont par ailleurs fait leur principal moteur narratif et The Affair a été plus loin qu’aucune autre dans ce registre.

Cela dit, pour bien faire les choses, commençons par remonter jusqu’en 1950 au Japon avec Rashōmon qui fut réalisé par Akira Kurosawa. Notablement reconnu pour avoir permis la popularisation du cinéma japonais au-delà de ses frontières, ce film a également posé les bases d’un concept narratif mainte fois réutilisé depuis, de The Simpsons à CSI, en passant par The X-Files ou encore Veronica Mars.

Rashōmon nous parle ainsi d’un crime. Plus précisément, à l’aide de quatre témoignages, on tente de reconstituer les faits dans une sordide histoire de meurtre et de viol. Le problème est que chaque témoin nous raconte, l’un après l’autre, une version qui diffère inexorablement de celle qui l’a précédé. Quatre points de vue, mais où se cache la vérité et où se trouve le mensonge ?

C’est là que se situe la grande force du long métrage de Kurosawa, mais pas uniquement, puisque son intrigue tient certes du fait divers, elle témoigne surtout de ce qui se met en travers de la justice. Une pression sociale importante, notamment, pousse même les plus vertueux – ou simplement la victime – à réécrire l’histoire pour éviter d’être jugés. Le mal s’insinue de cette manière partout et le mensonge devient son arme.

Le film progresse en se révélant être relativement métaphorique dans son exploration de la valeur de la vérité, de ses conséquences et de son fondement. Les retombées paraissent alors prendre plus d’importance que le reste, entre une question d’égo et de devoir, tout devient flou et l’incertitude prend le pouvoir. L’un des témoins ira ainsi jusqu’à perdre foi en lui-même, convaincu qu’il s’est corrompu en refusant de contribuer à pleinement établir les faits, jouant un rôle involontaire dans la mascarade.

La popularisation de Rashōmon a fait du film l’illustration première de l’importance de la subjectivité d’un témoin dans la compréhension de la vérité.

De ce film est donc né ce que l’on nomme à présent l’effet de Rashomon. On le retrouve bien entendu dans d’autres longs métrages, mais c’est principalement dans l’univers des séries TV que le classique de Kurosawa est devenu une inspiration régulière pour les scénaristes.

Bien souvent, un épisode Rashomon débute avec la découverte d’un crime, bénin ou non. Ensuite, on suit une personne qui tente de reconstituer les faits, chaque témoin nous offrant bien entendu une version différente.

Par exemple, dans l’un des meilleurs épisodes de CSI, Rashomama (6.21), Nick (George Eads) se fait voler sa voiture contenant des preuves, tous ses collègues se retrouvent à livrer leur version des faits. En fonction du personnage, le ton change et la représentation des témoins et de leurs histoires varie.

The X-Files a fait de même en deux occasions et à chaque fois sur le ton de l’humour avec le classique Jose Chung’s From Outer Space (3.20), puis dans Bad Blood (5.12).

L’humour est d’ailleurs une approche étrangement récurrente avec ce type d’histoire. Ainsi, Farscape (The Ugly Truth – 2.17), NewsRadio (Catherine Moves On – 4.08), South Park (Fishsticks – 13.05), It’s Always Sunny in Philadelphia (Who Got Dee Pregnant? – 6.07) ou bien encore How I Met Your Mother (The Ashtray – 8.17) ont fait rire en revisitant les mêmes évènements de façon décalée.

A un autre degré, toute la saison 4 d’Arrested Development se repose sur cet effet Rashomon, tout comme la série britannique One Night et la récente The Affair sur Showtime, et ce, de façon plus sérieuse. Cette dernière a d’ailleurs fait évoluer son approche, élevant le concept à un nouveau niveau pour offrir une vérité qui dépasse les faits et qui enrichie les personnages.

Enfin, terminons avec quelques exemples dans le registre plus dramatique, mais moins ambitieux, puisque des séries comme House (The Mistake – 2.08), Star Trek: The Next Generation (A Matter of Perspective – 3.14) ou encore Magnum, P.I. (I Witness – 4.21) s’y sont également essayées.

Déjà publié en mars 2015, cet article est remis en avant après avoir été mis à jour.

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