Qu’est-ce qu’un Penny Dreadful ? De l’horreur sur papier à la série avec Eva Green

Penny Dreadful

Création de John Logan diffusée sur Showtime, Penny Dreadful fut présentée comme une série mettant en scène des figures emblématiques de la littérature d’horreur qui se débattent avec leur propre création. Si le récit se centre sur Vanessa Ives qui ne sort pas des pages d’un livre, le personnage incarné par Eva Green existe dans un monde où Dracula, Dorian Gray, Frankenstein existent. Vampires, sorcières et loups-garous peuplent les rues londoniennes pour donner des frissons. Pour Logan, il n’était pas que simplement question d’exploiter ses œuvres mythiques, mais également de reconnecter et rendre hommage à ce qui a permis au fantastique et à l’horreur d’évoluer pour prendre la forme qu’on leur connait aujourd’hui…

Les Origines du Penny Dreadful

Van Helsing : As literature it is uninspiring, but as folklore from the Balkans popularized, it is not without merit.

C’est au cours de l’épisode What Death Can Join Together (1.06) que Van Helsing tend un penny dreadful au docteur Frankenstein. Il nous parlera de Varney the Vampire dans le but d’introduire le concept du vampire. Ce ne sera pas la seule évocation que la série délivrera au sujet de la publication à laquelle fait référence le titre du show, mais certainement sa plus importante.

Nous sommes à l’époque victorienne en Angleterre et la montée du capitalisme et l’industrialisation entraineront les gens à dépenser plus dans le divertissement, facilitant la popularisation du roman. À la moitié du XIXe siècle, la demande se sera donc intensifiée drastiquement. C’est ainsi que les penny dreadfuls virent le jour. Ces publications de romans-feuilletons (de huit à seize pages) visaient la classe ouvrière et les adolescents. Elles sortaient généralement toutes les semaines, avec en première page une illustration crue pour attirer l’acheteur qui pouvait se procurer l’objet de mauvaise qualité pour un penny. Qui dit production peu élevée, dit auteurs mal payés. L’éditeur n’était pas regardant sur ce qui était écrit, tant qu’ils pouvaient remplir les pages et vendre. La série durait alors tant qu’elle restait populaire – car certaines choses ne changent pas. Le succès de certaines publications laisse supposer qu’un public plus aisé les consommait aussi, possiblement comme des guilty pleasures.

Comme leur nom l’indique, les penny dreadfuls – aussi appelés penny bloods – plongeaient le lecteur dans de sordides histoires, tirées de la littérature de colportage, qui prenaient régulièrement vie sur les planches des petits théâtres, ou relatant le récit de fameux criminels. Rapidement, le terme en vint à désigner les récits à sensation en tous genres.

Le mythe du Vampire

Penny Dreadful saison 1 episode 6

Si The Penny Story-Teller de William Strange fut le premier penny publié en 1832, il faut attendre encore deux-trois ans avec l’arrivée sur la scène d’Edward Lloyd pour voir la véritable popularisation du format.  Un des premiers et plus gros éditeurs de penny dreadfuls – parmi lesquels on trouve aussi E. J. Brett, George Purkess Snr et Hogarth House –, Lloyd commença en 1835 en sortant des œuvres plagiant Charles Dickens – les droits d’auteur n’intéressaient pas grand monde à l’époque –, avant de se lancer dans la publication périodique. C’est ce dernier qui éditera justement Varney The Vampyre, or The Feast of Blood, l’un des penny dreadfuls les plus longs et les plus connus. Écrit (certainement) par le prolifique James Malcolm Rymer, l’histoire publiée originellement entre en 1845 et 1847 s’étendra sur 109 semaines et racontera les tourments qu’inflige Sir Francis Varney à la famille Bannerworths, qui a plongé dans la pauvreté suite au décès de la figure paternelle.

Après la nouvelle Le Vampire (1819) de Polidori, Varney jouera donc son rôle dans le développement du mythe du vampire, principalement pourrait-on dire grâce à l’influence qu’il aura eue sur le Dracula de Bram Stocker, œuvre aujourd’hui emblématique du genre.

Rymer fera cela en devant remplir les pages pour satisfaire la demande, donnant assurément jour à un récit à la cohérence plus que discutable. À une époque où les gens étaient moins prompts à accepter les éléments surnaturels, une explication rationnelle vit le jour à un moment pour mieux replacer l’action dans la réalité. Ainsi, Varney révèlera avoir prétendu posséder des pouvoirs démoniaques pour effrayer la famille, avant de découvrir, surprise, qu’il est véritablement un vampire.

Varney s’attaque le plus souvent à ses victimes la nuit, devant alors fuir les lieux lorsqu’il est entendu, mais il ne craint pas pour autant le soleil, les croix ou l’ail. Il possède une grande force et il est très agile. Son immortalité vient de sa capacité à se régénérer sous les rayons de la lune. Il sera, tout du long du récit, tué à de multiples reprises pour « se réveiller » plus tard.

L’auteur développera donc au fil du temps une mythologie variée, que ce soit sur un plan plus humoristique (avec l’introduction d’un comte Polidori) ou plus sérieux en s’intéressant à la relation entre le vampire et sa proie. Naitra aussi l’image sombre du vampire dans son château ainsi que sa nature dépressive, trait qui sera exploité au XXe siècle. Aristocrate, Varney n’est pas décrit comme séduisant, mais avec un teint jaune, un long nez, des canines qui dépassent, de longs ongles et des yeux étranges. On retrouvera tout cela en 1922 dans le film Nosferatu.

L’apogée et le déclin du Penny Dreadful

Penny Dreadul

Les histoires publiés dans les penny dreadfuls ont sans aucun doute souffert de la réputation de la publication, à l’exception notable de Sweeney Todd, qui est par ailleurs répété par la troupe de théâtre du Grand Guignol dans Resurrection (1.03). Il est le nom le plus notoire issu d’un penny dreadful en France, grâce à de multiples adaptations, dont un film signé Tim Burton et écrit par John Logan, le créateur de Penny Dreadful.

L’auteur original qui se cache derrière le personnage de Sweeney Todd n’est pas vraiment connu, mais son récit fut si populaire qu’il fut repris en 1850, sûrement écrit par Rymer.

L’évolution de l’impression permettra avec le temps d’améliorer la qualité des publications ainsi que de la distribution. À partir de la fin des années 1830, certains penny dreadfuls sont réunis pour former un mensuel avec une couverture en couleur qui aidera les ventes. Pour attirer les gens, différentes techniques virent d’ailleurs le jour : la première partie d’une histoire était donnée avec la conclusion d’une autre ou certains penny dreadfuls étaient vendus avec des cartes à l’effigie des personnages. En somme, c’est ici que se trouve l’origine du cadeau fourni avec le magazine.

Avec le temps, les penny dreadfuls finirent par évoluer pour avant tout relater des récits d’aventures plus ou moins violents et parfois (dit-on) presque pornographique, suscitant une certaine controverse au sujet de son impact sur le public jeune visé. Ils s’inscrivent alors à la fois comme les ancêtres du comic book, mais aussi des histoires qui auront influé des auteurs comme Robert Louis Stevenson.

Le rythme et les conditions de publications ne laissent pas trop de doute sur la qualité d’écriture des récits que l’on retrouvait dans les penny dreadfuls. Ces derniers répondaient à la demande de l’époque avec pour but de capturer autant que possible l’imagination du lecteur. Les penny dreadfuls changèrent la façon dont l’horreur était alors définie pour faire évoluer le genre vers une forme plus viscérale que l’on retrouve dans Penny Dreadful.

Penny Dreadful, entre le conte et l’horreur

Tout commence en 1891 en Angleterre. La mystérieuse Vanessa Ives recrute le tireur américain Ethan Chandler (Josh Hartnett) pour un travail nocturne. Elle l’introduit à Sir Malcolm Murray (Timothy Dalton) qui est à la recherche de sa fille Mina Harker. Après avoir réussi à mettre la main sur une étrange créature, ils entrent en contact avec le docteur Frankenstein (Harry Treadeway) pour obtenir son expertise. Ensemble, ils vont tenter d’en apprendre plus sur ces monstres qui rôdent à Londres dans l’espoir de retrouver Mina.

C’est ainsi que Penny Dreadful nous introduit à son univers horrifique qui ne cessera de s’élargir au fil des saisons pour mieux revisiter les classiques du genre. Mélangeant poésie et monstruosité, la série s’inspire donc de différents éléments composant le penny dreadful (sa violence, son rapport avec le sexe autant que ses riches idées) pour donner le jour à une mythologie et une histoire prenante.

Vous pouvez retrouver sur le site plus d’articles consacrés à Penny Dreadful. Vous pouvez également vous procurer la série sur Amazon.

Un air de déjà vu ? Publié une première fois fin juillet 2014, cet article a été mis à jour avant d’être remis en avant.
Penny Dreadful - Saison 2
List Price: EUR 12,89
Price: EUR 12,89
Price Disclaimer
Spoiler Alert!
Veuillez suivre les règles suivantes concernant les spoilers dans les commentaires :
1. Sur la critique d'un épisode, ce qui concerne les épisodes à venir est considéré comme étant spoiler (idem pour ce qui concerne les saisons).
2. Vous avez le droit de mettre des spoilers dans vos commentaires, mais le contenu sensible doit être placé entre les balises <spoiler>....</spoiler> afin de protéger les autres lecteurs.
Critictoo Newsletter
Inscrivez-vous à la newsletter Critictoo pour ne plus rien manquer de l'actualité du site, des séries et plus.
©2006-2017 Critictoo, le webzine des séries TV - powered by Wordpress. Critictoo.com participe au Programme Partenaires d'Amazon EU, un programme d'affiliation conçu pour permettre à des sites de percevoir une rémunération grâce à la création de liens vers Amazon.fr.
Nos partenaires : DVD Series | Amazon | HypnoSeries | Tous nos partenaires

Critictoo dans ta boite mail !

Recevez notre Newsletter hebdomadaire pour suivre l'actualité, découvrir des séries et ne rien manquer tout simplement.
Inscris-toi !
close-link