The Romanoffs : Le meilleur et le pire de la prétendue royauté

1 Déc 2018 à 12:00

Un artiste peut-il être l’artisan d’un seul chef-d’œuvre ? C’est la question que nous pouvons nous poser en voyant le travail de Matthew Weiner et sa seconde série en tant que showrunner, The Romanoffs. Huit épisodes diffusés sur Amazon Prime Video où nous suivons des descendants légitimes ou non des tsars russes à travers le monde, chacun aux prises avec des crises existentielles et des petits problèmes domestiques.

En filigrane, on nous tisse la notion d’héritage et sa pluralité. Huit épisodes extrêmement disparates où des couples sous toutes les formes (traditionnels, une actrice et sa réalisatrice, une femme de ménage et sa patronne, etc.) vont s’affronter, Weiner souhaitant interroger ce qui nous lie les uns aux autres, pour le meilleur et le pire de l’humanité.

The Romanoffs est donc une anthologie, loin de la qualité que l’on était en droit d’attendre du créateur de Mad Men. Mais comme chez Critictoo, on aime bien les classements (voir celui des épisodes de Black Mirror), je vous propose d’aller au meilleur jusqu’au terrible carnage qu’aura été cette série.

1. The One That Holds Everything (1.08)

Parcourir le monde et être constamment déraciné, tel est le destin de Simon Burrows ce huitième épisode intitulé en français Celui qui détient tout. D’un train en France à Hong Kong, en passant par des amours interdites, on suit ce personnage dans son mal-être que les distances ne parviennent pas à effacer. L’épisode et le personnage sont portés par Hugh Skinner (Harlots, Poldark) magistral. Enfin dans sa série, Weiner laisse respirer ses personnages et s’attaque à un sujet beaucoup moins aisé pour lui et qui finalement lui réussit mieux. L’homosexualité (et la transidentité) n’est plus ce secret de polichinelle qu’il pouvait être dans Mad Men et est abordé ici à travers ce personnage en quête d’amour et de reconnaissance, alors qu’il doit dire adieu à un père imparfait (marotte de Weiner qui rappelle les grandes heures Sally et Don Draper). Les flashbacks sur son enfance mettent en lumière sans forcer son parcours, c’est profond et touchant, c’est ce que The Romanoffs aura fait de mieux, jusqu’à son excellente fin.

2. House of Special Purpose (1.03)

Une actrice se retrouve aux prises d’une réalisatrice tyrannique lors du tournage d’une mini-série sur les Romanoffs, perdu au fin fond de la campagne autrichienne. Là où les premiers épisodes laissaient peu de place à une douce folie propre à Weiner, House of Special Purpose (La maison à but unique) utilise ses actrices et son contexte pour se faire satire d’un monde artistique déconnecté de ceux qui y circulent. Si l’on aurait pu penser en voyant le casting qu’Isabelle Huppert allait une fois de plus prendre tout l’espace, elle a face à elle une Christina Hendricks d’une simplicité et d’une classe exceptionnelle qui se marie mieux que quiconque avec la réalisation léchée et l’écriture ciselée de cet opus qui fait enfin état du potentiel de la série une fois qu’elle se laisse aller dans un délire inattendu et bénéfique.

3. End of The Line (1.07)

Un couple s’autodétruit au cours d’un périple en Russie alors qu’ils vont chercher à adopter un enfant. Pour que The Romanoffs réussisse un épisode, il doit être compliqué et tordu (le 3ème épisode) ou simple et direct (celui-ci). End of The Line (Terminus) suit une trajectoire linéaire qui va nous montrer la paranoïa d’un couple incarné par Kathryn Hahn et Jay R. Ferguson alors qu’ils essaient de construire un avenir. La froide et corrompue Russie va accentuer alors la confrontation des nouveaux parents à leurs peurs et leur conception de leur entreprise. Lui est prêt au bagage émotionnel et génétique de cet enfant qu’il veut aimer et elle veut un enfant parfait, son fantasme qu’elle entretient d’illusions, perspective consumériste. Le parallèle n’est pas toujours des plus subtils, mais fonctionne par l’alchimie des acteurs, renforcée involontairement par la simplicité de la réalisation. Thématiquement, c’est peut-être l’épisode le plus novateur pour Weiner, le plus dur sur la nature humaine qui aurait mérité un bon quart d’heure en moins pour avoir toute la puissance nécessaire.

4. Expectation (1.04)

Qu’est-ce que l’on transmet de soi à son enfant ? Que reste-t-il de soi quand il est à son tour parent, qu’il n’a plus besoin de nous ? À travers le destin de la future jeune grand-mère (Amanda Peet), Matthew Weiner questionne dans Expectation (Attentes) la filiation et l’héritage dans un angle plus intime et direct que les épisodes précédents, mais avec un succès relatif. Si l’actrice est impeccable et trouve en John Slattery un partenaire sans défaut, l’intrigue tient sur une feuille de tabac et ne parvient pas à tenir l’heure que dure l’épisode. Sa temporalité hachée n’exploite pas son potentiel et devient alors un artifice inutile dans un récit voulant rappeler les grandes heures des Draper, mais ne parvient qu’à nous en rendre nostalgiques.

5. The Royal We (1.02)

Il faut à The Romanoffs de s’attaquer à un des sujets de prédilection de son créateur pour que sa saison décolle enfin un peu. Au sein du second épisode (Le nous de majesté), c’est le mariage de Shelly (Kerry Bishé) et Michael Romanoff (Corey Stoll) qui périclite alors que la première se rend sur une croisière destinée aux “descendants” des Romanoffs et y rencontre Ivan Novak (Noah Wyle) pendant que le second développe une obsession pour Michelle (Janet Montgomery), une femme rencontrée pendant qu’il est juré. The Royal We n’est pas exempt de faiblesses et de prévisibilité, mais nous donne une radiographie du couple intéressante, car portée par un casting investi. Ce qu’il manque d’originalité, il le gagne en crédibilité, jusqu’à sa fin douce-amère.

6. The Violet Hour (1.01)

Une riche et raciste héritière de la famille Romanoff (Marthe Keller) se trouve confrontée à une bonne musulmane (Ines Melab) à laquelle elle va s’attacher, provoquant l’ire de son neveu (Aaron Eckhart) et de son insupportable femme (Louise Bourgoin), avec Paris pour cadre. Et c’est à peu près tout ce que The Violet Hour (L’heure bigarrée) va accomplir pendant 1h30. Non pas qu’il n’y ait aucun potentiel dans ce choc des cultures et cette vieille acariâtre qui s’adoucit au crépuscule de sa vie, mais l’épisode ne parvient jamais à dépasser ce postulat pendant 1h15 et précipite une romance éculée, une succession trop simpliste et une transmission bâclée dans un dernier quart d’heure qui n’augurait rien de bon pour la suite. Introduction ratée.

7. Bright and High Circle (1.05)

Un professeur privé de piano pour familles aisées (Andrew Rannells) est accusé d’attouchements sexuels et Katherine Ford (Diane Lane), une descendante des Romanoffs (mais c’est tellement accessoire que c’en est insultant), mère de trois fils ayant pris des leçons, se questionne. Toute accusation est-elle fondée ? Quel intérêt une victime aurait-elle de mentir et jusqu’à quel point doit-on prendre en compte la présomption d’innocence ? C’est peut-être l’épisode qui montre le plus la vacuité du projet de Matthew Weiner. Il ne parle que de lui (l’agression sexuelle) en ne choisissant que des personnages qui lui ressemblent, sans apporter ne serait-ce qu’une once de diversité ou de danger. Cette heure et quart n’est qu’une version qui se veut plus intellectuelle et plus classe d’un épisode de New York Unité Spéciale, mais Bright and High Circle (Grand cercle) n’en atteint pas la sincérité ou la portée pédagogique. Diane Lane tente de surnager, mais se noie dans le vide du scénario.

8. Panorama (1.06)

Qu’est-ce qu’un Before Sunset vu par le constat doux-amer d’un Woody Allen donne chez Matthew Weiner ? Rien de bon, voire quelque chose de très mauvais. Dans un Mexico de carte postale, un reporter idéaliste (Juan Pablo Castañeda) tombe amoureux d’un de ses sujets, Victoria (Rhada Mitchell), maman d’un petit garçon tétraplégique. Le résultat est une déambulation d’une vacuité assez dingue, entre une paresse de réalisation et une absence réelle d’écriture. Weiner ne tente rien, reproduit les schémas de ses homologues cinéastes sans en comprendre l’essence, uniquement la substance. N’en reste qu’un récit sans direction, avec des dialogues à l’intérêt proche du néant et 1h20 que l’on ne me rendra jamais.


L’attente équivaut la déception, ce retour à la télévision de Matthew Weiner n’est clairement pas à la hauteur. Malgré un concept qui promettait une exploration intrigante et originale, il ne fait pas sien le concept de l’anthologie, se contentant d’aligner les frasques autocentrées de riches blancs aux quatre coins du monde avec comme prétexte fallacieux l’héritage des Romanoffs et ce que l’on veut léguer au monde.

Le manque de propos, qu’il soit social, politique ou artistique, est effarant venant de la personne qui nous a donné Mad Men. Weiner accouche d’une série traversée par ses problématiques, mais il ne parvient à aucun moment ou presque à en faire quelque chose de pertinent. The Romanoffs est, en dehors de deux épisodes, donc à éviter pour ne pas perdre de temps, en espérant que le scénariste renouera un jour avec son talent.

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